DE LA DIFFICULTE
DE JUGER LES OUVRAGES DE PEINTURE, ET DES CONNAISSANCES QUE CE JUGEMENT EXIGE.
Pour juger des ouvrages de peinture, il faut des connaissances si étendues el si profondes qu'il est impossible qu'un seul individu, ni même plusieurs puissent apprécier le juste degré de mérite d’un tableau.
Cependant, tout le monde veut juger. Sans vouloir m'ériger en connaisseur, ni poser des principes, j'essaierai de montrer la manière qui, selon moi, me paraît le plus convenable pour distinguer le mérite dans les ouvrages de concours.
La peinture est composée de plusieurs parties, plus ou moins essentielles, que l’on peut diviser en supérieures et inférieures. Celles du premier ordre sont l'invention, la composition, le dessin et l'expression. Celles du second ordre sont le coloris, limitation et tout ce qui tient au mécanisme. S'il se rencontre, dans un concours, que l’un excelle dans l'invention et l'autre dans a couleur ou limitation, il sera facile de faire le choix. Si deux artistes, dit Raphaël Mengs, ont atteint le même degré de perfection, l'un dans l'imitaion, l’autre dans l'idéal, il faut préférer le dernier; car celui qui ne possède que limitation n'est qu'un habile ouvrier. Ainsi, quoique le talent de Netcher, de Gérard Dow, de Miéris, soit supérieur à celui de Raphaël pour e coloris et limitation, ils ne peuvent cependant lui être comparés. Si, dans e concours, le mérite se balance dans les premières parties de l'art, c'est lus difficile à juger; alors il faut que celui qui doit être impartial ct Juste dans son jugement, connaisse bien le caractère du sujet, quelles
sont les parties de l’art qui y doivent dominer ou être plus ou moins en
© Journal d'Anvers du 24 août 1828. Le manuscrit de cet article anonvine est CONSÉEYÉ.