‹ Œuvres littérairesChapitre 142 sur 262 · LORS · texte numérisé non relu

LORS

évidence’; qu'il sache que les sujets tranquilles où tumullueux, terribles ou agréables, gais ou mélancoliques, doivent se disposer, se composer et s'exécuter d'une manière convenable à leur caractère ; que tous les sujets ne

s de

doivent pas être traités du même style; qu'il faut que toutes les part l'art concourent à rendre l'expression générale du sujet; que c'est cette expression du sujet qui est la principale partie de l'art, et qu'il note bien que c'est en cela que consiste le vrai mérite; que pour l'expression l'artiste doit quelquelois tirer parti de la dureté, de la crudité, de la sécheresse et de la discordance ; qu'une belle couleur dans un sujet n'est pas une bonne couleur dans un autre; qu'il ne doit pas se laisser séduire par une exécution Iéchée dans un sujet où elle doit être heurtée ; que l'harmonie doit être

ou douce, ou ag

fable, ou tranchante, selon que le sujet le comporte ; que le iga

tableau est lotalement manqué si le sujet et l'expression n'y sont pas

lement rendus; enfin qu'un juge doit tre dépourvu de toute prévention et doil toujours se défier de soi-même. Ce n’est pas ce qui est conforme à Son opinion particulière, ce qui ressemble à sa manière ou au mauvais goût du temps, qu'il doit préférer, mais bien ce qui est conforme aux vrais

principes de l'art et à ce qu'en ont dit les grands maîtres; il ne doit pas dire : c'est bien parce que cela me plait, mais il doit dire pourquoi cela lui plait el en donner, selon les principes, des raisons démonsiratives el convaincantes ; les modes, qui s'insinuent dans la peinture comme en beaucoup de choses, ne doivent point le guider; il doit considérer qu'on lui a confit le s

du ridicule de soumettre le sort d'un individu aux caprices el aux opinions

oin de découvrir le mérite, el que ce serait le comble de l'injustice et

bizarres. Telles sont, selon moi, les choses qu'il doit principalement envi-

. de crois aussi que des juges, quelque habiles qu'ils puissent être, ne

peuvent, en une heure de temps, comparer, raisonner, entrer dans l'intention de chaque artiste, afin de connaître les causes qui l'ont déterminé

Le premier soin de Raphaël, quaud il voulait composer un tableau était de penser a l'expression; c'est-à-dire quel devait en être le sujet, et quelles passions devaient animer les personnages qu'il voulait employer; ensuite il calculait les degrés de ces passions et déterminait les personnages auxquels il fallait les donner, quelles espèces de figures il pouvait employer et en quel nombre ; à quelle distance il fallait les placer de l'objet principal pour concourir à l'expression générale et par ce moyen il concevait l'étendue de son ouvrage; si le champ qu'il devait remplir était grand, il prévoyait : combien l'objet principal ou l'expression des principaux groupes avait de rapport avec les autres ; si l'action se bornait au moment actuel ou si elle devait s'étendre au-dela ; si elle était d'une expression forte où faible; si elle avait été précédée de quelque événement antérieur où bien si elle devait être suivie de quelqu'autre ; si c'était un évêénement tranquille et ordinaire, ou bien un fumulte extraordinaire ; une scène agréable, d'une tranquillité lugubre, ou d'une tristesse tumultueuse.

Mexcs, Réflexions sur la beauté el sur Le gout dans la peinture

dans son choix. I faut voir plusieurs fois el plusieurs jours de suile: car il est bien difficile, en un instant, de mieux raisonner sur un objet, que celui qui y a pensé deux ou trois mois.

L'on doit donc convenir que le talent de juger n'appartient qu'à un trèspeut nombre d'hommes ; ce pelit nombre, quelque savant qu'il puisse être, a Loujours des opinions et des penchants particuliers, el ces penchants, malgré lui, influeront sur ses jugements. La peinture, comme toutes les choses humaines, éprouve des révolutions : tantôt elle s'élève jusqu'à un certain degré de perfection et tantôt elle tombe de nouveau, de sorte que ce qui, dans un temps, est l'objet principal de l'art, est regardé, dans un autre temps, comme à peine nécessaire. Le vil intérêt cause souvent la décadence de la peinture; généralement les artistes cherchent à plaire à la multitude, et pour plaire à cette mullitude il faut des choses à la portée de ses connaissances. Ainsi limitation servile d'un objet, un mécanisme faciie el agréable seront alors regardés comme parties essentielles de l'art. Ce sont ces parties qui constituent les tableaux que nous nommons genre. Nonseulement limitation des objets burlesques a l'avantage de plaire à tout le monde, mais encore l'artiste éprouve, en les produisant, Loute la facilité possible, et, comme le plaisir résulte de cette facilité, tout le monde s'en mêle ; alors la confusion des principes est tellement générale et le goût des fulilités tellement à la mode, qu'ils se glissent dans les ateliers des peintres mêmes, qui semblaient ne s'être destinés qu'au grand genre de l'histoire ; de sorte qu'il ne faudrait pas s'étonner si, dans les occasions où il faudrait décider du mérite d’un ou plusieurs ouvrages, on juge en faveur de celui qui fatte le goût général, si dépravé qu'il puisse être.

Heureux le jeune artiste ami des vrais principes, S'il nait dans un temps où les encouragements sont décernés par le bôn goût! Mais s'il naît dans un siècle où le mécanisme est préféré à l'expression et où l'invention et la composition ne sont considérées que comme peu importantes, alors il doil céder au torrent, ou avoir le courage, s'il peut, d'imiter le grand Poussin, de peindre pour la postérité et, luttant continuellement contre le mauvais gout, rester toujours pauvre, mais devenir grand artiste.

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