PETITE RÉPONSE À DON QUIBLAGUE
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Un de ces soirs derniers, je me trouvais à ne rien faire, el cherchais un sujet de distraction quelconque. Tout à coup, il me tombe sous les yeux un journal de Liége, qui avait reproduit, sans les faire suivre de mes réponses, les attaques dirigées contre moi par un certain écrivailleur, surnommé, à juste Litre, Don Quiblaque. — Je me mis alors à tracer sur le papier les lignes suivantes qui me servirent de passe-temps et pourront réparer l’omission volontaire ou accidentelle du journal en question.
Beaucoup de gens m'ont blâmé d’avoir bien voulu répondre à Don Quiblague ,lors de la dernière exposition de Bruxelles, et me blâmeront sans ‘doute encore de lui répondre aujourd'hui. « Vous lui faites trop d'honneur, me dit-on. Pourquoi vous occuper de lui? Trouvez-vous done que l’homme z mal,
én vaille la peine? » Eh, bon Dieu, messieurs, que vous me connais: et que vous êtes loin de deviner ici mes véritables intentions! Meltez-vous bien en tête une bonne fois, je vous prie, que froisser l'amour-propre des orgueilleux, mettre à bout leur colère et leur haine, me faire de celle classe d'hommes autant d’ennemis et de détracteurs, tel fut de tout temps, et en tout lieu, mon bonheur suprême, ma joie el mes délassements les plus doux. Ces principes, me dit-on, ne sont pas d'une âme bien chrétienne. Ma foi, je nv puis rien changer, et le plaisir dont je parle ici es pour moi la bonne pipe de tabac, le petit jeu de cartes, le petit verre de cognac, ma petite distraction enfin.
Que voulez-vous donc que je fasse, messieurs, lorsqu'après huit ou dix heures d'un travail assidu, je sens la nécessité d'égayer mon esprit? J'aime peu les cafés, vais rarement au spectacle, fréquente moins encore les bals et les soirées ; or, peut-on raisonnablement m'en vouloir de me délasser par quelques petites distractions qui soient de mon goût?
* Autographié sur deux colonnes, sur une feuille volante, sans date et sans nom d'éditenr,
Il est des gens graves qui viennent vous dire sans cesse : « Ne vous occupez pas de ces petites choses-là; le Lemps pour vous est précieux; laissez, laissez dire les sots, les envieux, les orgueilleux et toutes ces légions d'imhéciles qui, désespérés de se voir dans la fange oubliés, se mangent les poings, se tordent les bras et mordent les talons de ceux qui blessent leur vanité.
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