DU RÉALISME
Qu'est-ce que le réalisme ? Vous me demandez cela mon ami, avec un air aussi inquiet, aussi épouvanté que s'il s'agissait de l'apparition d’une épidémie. — Rassurez-vous, vous n'en mourrez pas. Le réalisme est une chose toute simple, toute innocente. Le réalisme n’est pas nouveau, c’est vieux comme la terre. Les premiers peintres furent réalistes. — Les pre-
miers essais furent du réalisme.
Est-il besoin de vous dire que ce mot réalisme n’est qu'un déguisement ? Vous savez que tout déguisement attire l'attention, pique la curiosité. Le mot qui se cache sous celui de réalisme serait trop commun, trop connu, s’il se révélait sans voile. C’est un ami qui, sous le masque, veut vous intéresser, vous faire courir après lui. S'il vous disait tout de suite : « C’est moi!» vous répondriez : « N'est-ce que toi ? » L'intrigue serait finie. Aussi, le mot en question se couvre le mieux qu'il peut, en se donnant les plus grands airs du monde. A ce que je vois, vous y êles pris, mon ami, le beau masque vous trouble la cervelle.
Eh bien ! il faut donc vous dire son nom. Apprenez que ce grand sei-
gneur, le réalisme, n’est autre qu'un petit mot composé de quatre lettres, juste la moitié du nombre de celui qui le déguise. Vous ne devinez pas ? Eh bien ! réalisme veut dire vrai. Le vrai vous a trompé, cher ami, en
s'affublant d'un air de jeunesse. Oh ! comme vous voilà désappointé !
On à l'habitude de dire à ceux qui cullivent les arts : soyez vrais, soyez vrais ; chacun pousse au vrai ou au réalisme, pour me servir du déguisement, autant que possible; mais qu'arrive-t-il ? que le réalisme ne se réalise que dans la partie facile et secondaire de l’art.
Le réalisme dans l'invention, le réalisme dans l'expression, le réalisme dans le beau, dans le grand, dans le sublime, ce réalisme-là, les Raphaël, les Michel-Ange, les Rubens, seuls, en ont connu le secret. C'étaient de
fameux réalistes ceux-là !
© Imprimé à la suite d'un compte-rendu de l'Exposition d'Anvers de 1838, par M. E. Van Malder, compte-rendu publié d'abord dans l'École belge, puis en brochure.
Le réalisme, disent les gens peu faits à l'argot des ateliers, le réalisme
comprend l'absence de toute convention, de toute règle.
S'il en était ainsi, le tableau d'un réalisme pur devrait :
19 N'avoir point de bordure : cela détruit le vrai; 2 point de trace de brosse ou d'oulil quelconque : cela détruit le vrai; 3° point de miroitement : cela détruit le vrai, S'il en était ainsi, le réalisme serait le trompel'œil purement et simplement. Or, si le trompe-l'œil exige l'absence complète de toute convention, de toute règle, il exige aussi qu'il n’y ait dans in, ni faute de modelé, ni faute de plan, ni
son ensemble ni faute de des
faute de justesse de couleur, ui faute d'expression, ni faute de perspective
linéaire ou aérienne, sans lesquels un tel tableau ne peut tromper. L’avez-vous jamais vu, mon ami ? Vous est-il arrivé qu’une toile entourée
d'une bordure dorée et pendue au mur fût une scène véritable de la nature?
Que les personnages représentés parus de véritables personnes aux-
quelles vous tendez la main ou ôtez votre chapeau? Non. Eh bien! evoyez-le, si le réalisme était l'absence de toute règle, de toute convention, il faudrait alors les conditions du trompe-l'œil.
Le peintre qui remplira les conditions du trompe-lœil n'est pas encore
fondu.