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LOIS PAR LESQUELLES NOS YEUX SONT CHARMÉS

La mode, l'ignorance, le mauvais goût peuvent, pendant tout un sièele, nous induire en erreur. Mais, quelle que soit la puissance

descauses qui faussent notre jugement dans l'appréciation du beau, la lumière renaît sans cesse après les jours de ténèbres. C'est que le vrai beau est immuable ; c’est qu'il a des lois éternelles, des lois que nos caprices ne pourront jamais détrôner. L'esprit, rebelle aux instincts de nos yeux, aura beau dire parfois : « L'astre de la nuit est plus beau que celui du jour »; l'organe de la vue, séduit par la lumière splendide du soleil, répondra à l'esprit : « Tu as menti.»

L'œil, ce mécanisme merveilleux, éprouve des sensations de plaisir où de peine à l'aspect de certaines formes, de certaines couleurs. La canse de ces différents effets est un mystère que nous ne chercherons pas à pénétrer Nous voulons seulement constater quelles sont les diverses choses qui, dans une œuvre de peinture, charmeront ou ne charmeront point de tout temps l'organe de la vue. Les besoins de l'œil font la règle.

Dépouillons-nous pour un instant de toute habitude, de tout préjugé; examinons quels sont les objets qui plaisent à l'œil, à l'œil vierge encore, à l'œil non corrompu par les modes et les conventions. Si je parle ici des impressions produites sur l'œil dépourvu de passion factice et passagère, c'est que ces impressions sont précisément celles auxquelles nous revenons sans Cesse après les siècles d'erreur.

Et qu'on ne dise pas que tous les yeux ne voient pas de même. Sauf des défauts d'orsanisation, le blane, le noir, le rouge, ne sontils pas pour tout le monde le blanc, le noir, le rouge? L'objet, petit où grand, droit ou courbe, w’est-il pas le même pour tout le monde?

Aussi longtemps que l'œil humain sera l'œil humain :

La ligne courbe sera préférée aux liones droites ;

* Rédaction de la 5° époque

La forme ronde, à la forme carrée :

La lumière, à l'ombre :

Le blanc, au noir;

Le rouge, au gris;

Les couleurs éelatantes, aux couleurs sombres; Le brillant, au mat:

Le poli, au rugueux.

L'ondulation, à la raideur;

Le fondu gradué, au fondu heurté:

Le mouvement, à l'immobilité :

La variété, à la monotonie:

Le vrai, au faux :

L'unité, au décousu:

L'ampleur, à la maioreur;

Le gracieux, an disgracieux ;

Le noble, au trivial ;

La richesse, à la pauvreté ;

L'harmonie, à la discordance ;

La concision, au diffus:

Les proportions, aux disproportions ;

La vigueur, à la faiblesse. —

Le beau, c'est la réunion complète de toutes ces qualités.

Croirait-on cependant qu'il est des époques où les modes nous cgarent de telle sorte que nos veux fascinés préfèrent le faux au vrai, le trivial au noble, les tons sales aux tons brillants, la clarté d'un ciel gris à la chaude lumière du soleil? La cause principale de cette anomalie est due à l’ignorance où nous sommes des choses qui constituent la beauté. L'absence de lois sur le beau laisse un champ libre à une sorte de brigandage artistique, à un laisser. aller où l'impuissance et la spéculation trouvent leur profit.

Ayons sans cesse sous les yeux la liste des beautés éternelles; ne nous laissons plus surprendre, Ce que nous venons d'énumérer plus haut, ce sont les principaux éléments qui constituent le beau; ce sont les matériaux épars des grandes œuvres, ce sont

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les ressorts, les rouages, toutes les pièces d’un ing

» SES) 1] g nisme, démonté et placé là sur le sol, exposé aux regards, ce n’est pas assez sans doute de les voir, de les compter; aussi allons-nous

essayer de les rassembler et de démontrer comment, dans une

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œuvre de peinture, les diverses qualités, désignées plus haut sous le nom de beautés éternelles, constituent les chefs-d’œuvre admirés des siècles.

La diversité des opinions sur le véritable sens de ces qualités causent la diversité de nos jugements dans l'appréciation du beau.

Personne ne contestera la forme de notre pot à l'eau. C'est qu'elle est fondée sur des lois également comprises de tout le monde, les lois de l'équilibre. I faut que les mots : dessin, harmonie, couleur, ete., soient clairement définis dans l'esprit de chacun ; il faut qu'ils le soient tout autant que les lois de léquilibre. Alors seulement la question du beau et du laid sera résolue. Alors seulement le beau sera le beau, pour toutes les nations, le beau sera le beau pour tous les individus, quels que soient leurs woûts, leurs caprices, leurs fantaisies. Le beau, enfin, aura ses

régles fixes.

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