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DE LA LITTÉRATURE BELGE

Tout le monde parle de la contrefaçon, de son abolhtion, de l'avenir de la littérature belge; je veux dire aussi comme tout le monde un mot sur cette matière.

Je ne dirai rien des intérêts matériels de nos écrivains, je parlerai seulement de choses qui intéressent leur gloire.

Serez-vous plus avancés, Messieurs, quand la contrefaçon sera abohe?

Serez-vous plus souvent imprimés ?

Serez-vous plus souvent lus?

Serez-vous mieux appréciés?

Serez-vous plus sûrement dans la voie du progrès?

Ces questions, je voudrais les débattre avec vous, mais je vous entends me répondre à tout cela par des raisons toutes remplies

\ d'un bruit d'écus, comme si ces pièces rondes devaient servir de | points et de virgules à chacune de vos phrases.

Mais la gloire, Messieurs, la gloire, vous n’en dites mot.

Si vous songiez à la gloire, vous diriez :

Les livres français sont plus souvent lus, plus souvent imprimés que les nôtres, parce qu'ils sont peut-être supérieurs aux nôtres.

Si vous pensiez à la gloire, vous diniez :

Les livres français sont nos maîtres, mais nous allons les combattre. Nos livres lutteront contre leurs livres, le talent va se mesurer au talent.

Si vous pensiez à la gloire, vous diriez :

Que la contrefacon reste. Les livres de nos rivaux seront plus faciles à se procurer pour les lire, les étudier et les combattre.

Et maintenant, Messieurs, voulez-vous savoir quel est votre plus redoutable ennemi dans cette affaire? Je vais vous le dire.

Votre plus redoutable ennemi est un monstre puissant, plus terrible que ceux qui résistèrent à la massue d'Hercule.

Ce monstre aux cent mille têtes, et qui sie on applaudit sans examen, ce monstre, c'est :

Le préjugé !

Oui, Messieurs, le préjugé. Le préjugé est pour vous l'ennemi le plus redoutable ; et voulez-vous que je vous dise quelque chose qui va vous surprendre, quelque chose de tout neuf, que l’on ne croira pas et dont on rira? Voici :

C'est que le préjugé, lui seul, peut-être, nous fait rechercher avec tant d'avidité, de passion, d'enthousiasme, la Httérature française ; c'est que le préjugé nous fait imprimer par légion tous les livres français.

M. Wiertz vient d'ouvrir un concours auquel sont appelés tous les écrivains de la Belgique. Il offre son tableau {4 E'smeralda à l’auteur de la meilleure brochure qui aura pour titre :

« Recueil des nombreuses absurdités, écrites sur la Belgique par les écrivains français

contenant les insultes, injures et vaniteuses plaisanteries adressées par eux aux écrivains, artistes, hommes d'Etat ou industriels de ce rovaume. »

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« Pour faire de la peinture nouvelle, il faut des sujets nouveaux. » Voilà ce que je conteste. La nouveauté des sujets n’apportera pas la nouveauté d'aspect. La nouveauté des sujets ne fera pas faire de meilleurs tableaux. La nouveauté des sujets, fussentils cent fois philosophiques, politiques, religieux, scientifiques, industriels, puisés dans Augustin Thierry, dans Henri Martin,

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dans Michelet, dans les événements de notre temps, si féconds en

hi efforts, en sacrifices, en dévouements; la nouveauté des sujets, je

el

| le répète, ne fera pas faire de meilleurs tableaux. M. Glaize est tout aussi ennuyeux, même plus ennuyeux que les autres.

k | Ce qu'il faut, Monsieur, pour réveiller notre attention, ce sont

(RL de meilleurs peintres.

| Le plus grand maître, selon vous, Monsieur, est celui qui trouve

un sujet qui vous intéresse. Quel mérite y a-t-il à cela? Comment

| | n’avez-vous pas songé qu'un sujet peut être donné par un ami ou

par un voisin ?

Autrenaiveté: vous trouvez tout d'un coup Horace Vernet le plus orand peintre : Horace Vernet a des sujets qui intéressent. Mais, dites-vous, s'il savait peindre, M. Horace Vernet serait, peut-être, un grand peintre. Voilà donc que, sans y songer, Vous VOÿeZ qu'il ne suffit pas, pour être grand peintre, de trouver des sujets qui intéressent.

Vous ne voulez pas que les peintres ressemblent à Raphaël, à

Titien, à Véronèse. C’est bien. Mais pourquoi ne reprochez-vous

pas à ceux-ci de ressembler à leurs maîtres? Raphaël ne res-

| semble-t-il en rien à Pérugin, Titien à Giorgione, Rubens à Titien ?

L'art, comme toutes les connaissances humaines, n'est point

l'œuvre d’un seul homme, mais de tous les hommes. Celui qui seul

voudrait créer une chose toute nouvelle ne ferait qu'une chose

incomplète, mauvaise. Tout ce que les plus grands hommes ont

| | pu faire de mieux, c’est de ressembler à ceux qui les avaient pré- |

| cédés, en ajoutant un peu de leur individualité.

Rien n'est moins original que Rubens, moins original que Raphaël, moins original que Titien.

Tout ce que nous devons exiger aujourd'hui des peintres, c'est qu'ils ressemblent à ceux qui les ont précédés, en faisant mieux. Forcer les peintres à ne ressembler à personne, c’est travailler

à faire pousser une nombreuse génération de petits Courbet.

UNE CURIEUSE EXHIBITION À L'ATELIER DE M. WIERTZ. Entrée gratuite.

Depuis quelque temps, le public se préoccupe d'une question curieuse, celle de savoir quelle est la valeur des œuvres de nos artistes comparées avec celles des anciens. Il n’y à qu'un seul moyen d'éclairer la question; c’est de placer côte à côte les tableaux anciens et modernes. Pourquoi côte à côte, dira-t-on ? Ne

peut-on comparer des œuvres séparées ? Non. Cela est ainsi. Les

peintres savent pourquoi. Aussi évitent-ils soigneusement de se trouver en contact immédiat avec les grands maîtres. Des tableaux de Rubens, de Raphaël et de Titien, placés au milieu de nos expositions, donneraient aussitôt la valeur de nos peintures modernes. Une exposition de ce genre, M. Wiertz l’a souvent sollicitée du ministre de l'Intérieur. Mais nos artistes se sont toujours vigoureusement opposés à la réalisation de ce projet. La comparaison des œuvres modernes avec les anciennes serait tout à la fois une leçon pour nos artistes et pour le publie. Les uns se corrigeraient de leurs défauts, l’autre se formerait le goût.

Une objection, ou plutôt un prétexte,se présente souvent à propos d'une exposition du genre de celle dont nous venons de parler. L'art ancien, dit-on, a des qualités qui lui sont propres; l’art moderne doit avoir aussi ses qualités individuelles. Ceci est une mauvaise excuse. Il n’y a qu'un seul beau, le beau éternel, le beau que la raison dicte, le beau qu'approuvent les siècles, le beau compris de Phidias, de Michel-Ange, de Raphaël, de Rubens.

Ces maîtres ont tous suivi la même route avec leur originalité respective. De nos jours, une mode ridicule invite nos artistes à ne

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