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C'est dans les premières années d'étude que l'influence de son père
fut utile au jeune élève, Ses conseils à son fils sont d'un stoïcien; il lui recommande : le travail qui mène au succès, l'ordre, là modération des désirs, le renoncement à tout ce qui ne tend pas au but le plus noble de la vie, l'amour de la gloire. L'enfant n'a que 13 ans et son pève le traite en homme : « Je m'aperçois que vous devenez un homme de jour en jour, » lui écrit-il chez M. de Maibe. (20 août 1819.)
[l prend même, lui, illetiré, des artifices de forme pour rendre plus attrayants ses conseils. Un jour, il écrit à l'enfant un songe en trôis srandes pages. Le père à vu son fils chez M. de Maibe; il lui à trouvé une attitude plus aisée, des manières plus viriles : l'enfant a pris les usages du monde. On le complimente sur ses essais, il répond modestement « et sans être emprunté ». On se met à table, il attend qu'on l'engage à prendre place; il Sy assied et S'y tient en homme bien élevé. « Qu'il est changé, me disais-je, et j'étais si surpris que j'avais peine à me contenir dans le plaisir que je ressentais ». Le père alors se transporte en rêve dans la chambre de l'enfant et $y met « dans un pelit coin » pour observer. Tout y est propre ét bien rangé, « sans arrangement ni négligence ». — « Voici une chambre que des personnes respectables peuvent y entrer! » L'enfant arrive; sa joie redouble, car l'enfant sagenouille et prie : il demande à Ja sainte Vierge « de devenir un homme vertueux, savant et Gloquent dans la religion, la musique, les arts et les sciences... Et que je sois à même, un jour, d'être utile à mon pays et à ma patrie ». Puis, le père, écrivain sans orthographe, trouve une des formes les plus délicates de l'art et ajoute : «Ayant continué plus bas, je n'ai plus su rien comprendre; il m'a paru » cependant que vous profériez mon nom... Le brave enfant! il le » demande d'un trop bon cœur et avec une trop grande confiance, pour » que ses demandes ne lui soient pas accordées, me disais-je!» — Enfin, l'enfant se metà peindre, en faisant l'éloge du travail, etle père veut lui « adresser la parole sur le travail et l'application au bien » ; il S'éveille et ne trouve plus « qu'un songe au lieu d'une vérité aussi avantageuse. »—Ces pages se terminent ainsi : «Cependant, me disais-je, il est possible que mon fils accomplisse les grands avantages de ce rève, ilen est à mème... Enfin, depuis ceci, je ne ferai plus de bien que je ne vous aurai vu ct parlé, dans l'espoir que j'ai que mon songe à quelque
chose de vraisemblable, » 4849.
L'enfant répond X cette lettre, en annonçant à son père que M. de
Maibe «a écrit à Bruxelles à un peintre pour le placer. » EL ajoute en post-scriptum : « À l'égard du songe, il n'a beaucoup amusé, surtout pour la bonne tournure du discours. Ho! vous composeriez bien un livre! » (Lettre datée : mercredi 1819).
Ce n'est pas à Bruxelles, c'est à Anvers que M. de Maibe trouva à placer l'enfant. À Anvers, son père le fortifie contre tout obstacle. Les concours approchent-ils, qu'il ne se décourage pas s'il n'obtient pas le prix. Les vacances arrivent-elles, qu'il renonce au plaisir de rentrer dans sa famille, au bonheur qu'il peut procurer à sa mère et à son père, pour ne pas perdre une heure d'étude. Ainsi il parviendra à ce grand but d'honneur et de félicité (1).
« Servez de modèle à la jeunesse de la postérité, lui écrit-il, et qu'il » soit dit, dans la suite des temps, par les jeunes gens : Je vais » m'élancer à la gloire, comme a fait dans le passé le grand Wiertz, » qui a commencé à se distinguer à l'âge de 44 ans. » (21 janvier 1821.)
« Je vous le dis à vous-même, lui écrit-il un autre jour, à la fin » d'une longue lettre, votre bon esprit, votre bon caractère et vos » bonnes dispositions au bien me font toujours croire que vous avez
l'âge de 30 ans au lieu de 14. Cest ce qui fait que Je vous considère non-seulement comme mon fils, mais encore connne mon ami. »
Et depuis ce jour, 24 septembre 1820, ses lettres commencent par ces mots : « Mon très-cher fils et ami, » et sont signées : « Votre père et ami. »
Chose digne de remarque, cet ancien soldat de la République, ec Français qui a pris du service dans les Pays-Bas, n'a pas, dans sa longue correspondance, un mot qui rappelle les guerres de l'époque ; ce sont les grands peintres, non les grands généraux qu'il présente à l'enfant pour modèles; quand il parle de gloire, cest de gloire artistique, et jamais rien, pas même une comparaison, ne rappelle à l'enfant qu'il y ait une gloire militaire.
Un profond sentiment moral domine ces conseils :
« On a autant de peine à exceller dans ces principes (de vertu) que » l'on en a à exceller dans la peinture, et pour faire un grand homme
» accompli, il faut que l'un et l'autre soient réunis. Faites bien réflexion. » Car les grands hommes qui sont dans l'histoire n'ont pas fait une
(1) Lettre de son père, du 24 septembre 1820.
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» moindre faute qui n'ait été écrite et connue de la postérité comme de » Dieu. (98 oct. 1821). »
C'est ainsi que le pauvre gendarme formait l'âme de l'artiste.
L'enfant semblait né pour cette éducation. Son père lui demande s'il se plaît à Anvers; il répond : Oui, et il ajoute : « D'ailleurs, quand je » travaille pour la gloire, je ne regarde pas où je suis, quand même je » serais en prison. »
Cette même lettre finit par ces mots d'enfant : « Des compliments » affectueux à votre cheval, et que je embrasse (1). »
Ces sentiments remplissent toute sa correspondance :
« Quels plaisirs est-ce que je ne goûte pas en travaillant du matin » au soir pour m'instruire dans les arts! » (1 avril 1821.)
« Un caractère distingué et noble, joint à des talents extraordinaires, » voilà ce qui fait remarquer un homme et c'est de ces qualités que Je » M'OCCUPE..…
» Je ne suis pas ici pour perdre une minute...
» L'on me nommerait empereur de toutes Jes Russies, où lon me » conduirait innocent à l'échafaud, mon cœur ne battrait pas plus vite. » (3 juin 1821.) (2).
Un de ses camarades lui ayant prèté un squelette, il passe ses nuits à le copier, afin de ne pas déranger son travail de peinture; pour mieux étudier les os du corps humain, il les seulpte avec de la terre de potier, de sorte qu'il pourra continuer ses études d'après le squelette, quand il laura rendu. I raconte ces faits à son père et il parle de son
courage éternel. 2 février 4822,
(1) Lettre sans date, 1 é
(2) Un autre jour, il écrit à son père :
« Je m'amuse tant ici que je ne saurais vous l'exprimer. L'étude de l’art du dessin, voilà tout mon contentement ; une assiduité jointe à un courage naturel qui augmente au lieu de diminuer et ne se peut voir surpasser tous les jours. Je vois mes compagnons se dégoûter et se décourager en voyant les autres faire mieux qu'eux; je trouve cela si
singulier que je ne puis m'empêcher de leur en parler, et de leur faire voir leur peu de courage. Je voudrais même qu'ils en eussent beaucoup, c’est alors que j'aurais du plaisir à lutter contre eux ; car je ne cherche que les difficultés et à vaincre les plus grands courages. Quoique mes camarades n’en aient que de faibles, cela m'amuse; mais c’est un peu facile. Je tâche de leur en donner beaucoup, pour augmenter le mien; si je trouve pour deux liards de dificultés, j'achète pour un sou de courage. Cette comédie ne cessant jamais, vous ne doutez pas que je dois avancer beaucoup; par conséquent mes maitres sont contents de moi et ont du plaisir à me dire quelque chose. Je commencerai bientôt à peindre à l’huile, ce sera vers Pâques. Je commence aussi à composer de différentes manières ; tantôt des sujets d'histoire, et, pour varier, tantôt des sujets grotesques.…. ) Anvers, 2 février 1821
Une autre fois, parlant des élèves sans audace, qui reculent devant les grands maîtres, il écrit :
« Ils s'imaginent que ce sont des dieux inimitables et non des » hommes à surpasser. » (1° mai 1821.)
On retrouvera souvent ces idées dans la vie de Wiertz.
L'élève qui parlait ainsi à Anvers avait quinze ans. Aussi, avec quelques centaines de francs, garantis par son protecteur pour sa pension à Anvers, avec un subside annuel de 140 florins (1), qui s'élève successivement à 240 (2) et à 300 (3) florins, Wiertz put faire toutes ses études et obtenir le prix de Rome, qui lui permit de les compléter par des voyages.
Ici, se retrouve la grenouille du jeune Antoine; il en avait fait plusieurs; c'était un succès. Ses protecteurs en envoient une à Anvers. M. Herreyns « en est saisi » (4), et un premier subside est accordé à son père pour le faire instruire dans l'art de la sculpture, pour lequel il montre de si heureuses dispositions (5).
Il était temps que cette première éducation trempàt le cœur du jeune élève. En 1822 (6), il perd son meilleur ami, son père, et, bientôt après, son protecteur (7). Mais, dès ce moment, « sa force est en lui-même, son guide est saraison, » comme il l'écrit à sa mère (8). En dehors de ce qu'il paie pour sa table, « il est rare qu'il dépense deux liards par mois »(9).
Sa mère demande une pension pour la veuve du brigadier; elle ne peut l'obtenir (10). Elle doit reprendre le travail; mais son fils pourvoira bientôt à ses besoins.
Il s'exerce « à la composition » et « à nourrir son génie par de bons livres (11). » [travaille sans cesse; mais il varie ses travaux et prévient la fatigue : « Si jétudiais trop, ce ne serait plus ce qu'on appelle bien » étudier (42). »
(1) Arrêté royal du 4er février 1821.
(2) Février 1895.
(5) Arrêté du Le octobre 1825, renouvelé le 40 décembre 1827 et le 2 avril 1829. (4) Lettre à son père, 4 mars 1821.
(5) Lettre du ministre de l'instruction publique. 9 février 1824. (6) 16 mai.
(7) Fin de 1825.
(8) Lettre du 1% septembre 1824.
(9) Lettre sans date de 1825.
(10) Notilication de refus, du 9 octobre 1822 (11) Lettre à sa mère, 27 juillet 1825.
(12) Ibid.
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I copie Rubens (1) et fait des portraits (2). E compose divers sujets : un Saint Pierre martyr (3), une apothéose de Rubens (4), Apollon enseignant la flûte aux bergers (5), un tompe-lœil, premier tableau qui soit conservé de lui et qui est digne de l'être. L'artiste le décrit lui-même en ces termes :
« Je me suis mis dans la tête de peindre un enfoncement en perspec- » tive dans ma chambre, ct dans cet enfoncement ou niche, qui est
» placé en un endroit convenable, jai peint divers objets, comme des
) livres sur lesquels le crâne d'une tête, à côté une bouteille. J'ai » réussi à merveille limitation de la nature ; tout y est peint avec préci-
» sion, et les plus difficiles ont été tentés plus d'une fois de prendre la
» bouteille dans la niche où de lire dans ces livres. » (Lettre à sa mère, du 12 juin 182%.)
Un concours de composition arrive; le sujet donné est le martyre de saint Étienne.
» Alors, dit-il, mon esprit et mon imagination semblaient Sallier, afin » d'avoir plus de force. Je me raisonnais en moi-même et me suppo- » sais la force et la grandeur d'àäme du saint qui avait la fermeté de » mourir avec courage, sous le poids de la vengeance et de la rage de » ses ennemis altérés de son sang. Enfin, m'efforçant ainsi, ma pensée » qui semblait être bien éloignée de moi, revint tout à coup, comme » d'un profond assoupissement; je nrarrêle, je prends un crayon et
trace une des meilleures productions qui décidera de ma perte où de » ma gloire (6). »
Les succès ne lui manquèrent point, quoique « un cœur comme Île sien méprise des choses qui sont un peu plus que le néant (7). » Chaque année, il obtient un prix, le premier, le second, le troisième. En 1825, un prix extraordinaire de 100 florins est institué par le Roi pour un concours d'après nature. C'est lui qui l'emporte. Et son professeur lui rappellera encore, en 1838, ce « beau concours d'anatomie,
qui devait ètre pour lui d’un heureux présage (8). » En 1895, ses profes-
(1) Le Christ mort. Lettre du 12 juin 1822, Cette copie a été détruite (2) Lettre du 6 janvier 1824.
(5) Lettre du 27 juillet 4825. Détruit.
(4) Lettre du 2 décembre 1827.
(5) Détruit.
(6) 51 mars 1822, Esquisse détruite.
(7) Lettre à son père, 2 février 1822.
(8) Lettre de Van Brec; du 12 octobre 1858
seurs le trouvent capable de concourir pour le grand prix de Rome (1) ct lui prédisent le succès. Il sy refuse et le prix ne peut être décerné. En 1828, il balance la victoire (2). En 1839, il obtient le prix.
En 1899, il avait quitté l'académie pour aller à Paris (3): sa pension de 300 florins continuée, des portraits à 30 fr, pièce, à 70 fr. les trois, lui suffisent (4).
L'effet que produit sur lui le Louvre est grand: il en rend compte à son professeur Van Brée. Le premier tableau qu'il voit est le Déluge de Girodet. La gravure avait produit sur lui une impression plus vive. « Serait-ce ce coloris fade qui nr'indispose? » Le Naufrage de Géricault l'émeut davantage. Le Brutus de David le fait s'écrier :
€ Que tu es petit, à David! Tu ne peux donc jamais peindre sans la nombreuse escorte des mannequins, des modèles, des statues, des draperies et des fils d'archal pour les soutenir... Rubens, que Lu trailais de franc barbouilleur, en dit plus que toi en quelques coups de brosse. »
Raphaël l'arrète. Son maitre lui a recommandé de l'étudier. I se défie des louanges exagé
ées qu'on lui prodigue; il l'étudie et reconnait qu'il «a récllement mieux dessiné, mieux exprimé, mieux choisi dans la nature, » Mais il le trouve : « tantôt adroit plagiaire de l'antique, tantôt fidèle imitateur de la nature, » et il conclut : « Raphaël est grand, tant qu'il peut imiter; c'est là son génie. »
(1) « F'ai refusé et je suis beaucoup blämé par les professeurs. » Lettre à sa mère, du » juillet 1826.
(2) Le prix a été accordé à l'unanimité au n° 5, comme dépassant de beaucoup le n° 1, bien quele n° {, comme composition et expression, possède beaucoup plus de mérite que le n° 5. (Extrait du procès-verbal du jury.)
(5) Du 25 novembre 1829 aux premiers jours de mai 1852.
(4) «Je me suis arrangé avec le propriétaire (M. Tanret, marbrier, rue Amelot, 56). Je donne par jour 80 centimes pour mon logement, café, diner et souper compris, et 40 centimes suflisent pour nous procurer le chauffage pendant quatre à cinq jours. Car il ne fait pas froid à Paris. Le portier nous fait toutes nos petites commissions, arrange notre chambre et nous procure tout ce qui est nécessaire. En vérité, je ne fus Jamais si bien. Après n'être occupé de mes portraits (car j'en ai déjà fait trois ou quatre), je vais faire une promenade en ville, voir les musées. En revenant chez moi, après souper, nofre propriétaire nous reçoit avec beaucoup d'amitié à des petites soirées qui sont très-agréables. » Lettre à sa mère, du 50 décembre 1829.
— «Je vous prie de venir demain lundi, à 2 heures après-midi, pour me peindre, comme nous sommes convenus, pour 50 fr., 15 mars 4851. »
— ( Monsieur, je vous dirai que cette dame que vous avez vue hier ne peut donner que 70 fr. pour les trois portraits, ete., 27 mars 1854, » K.
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« Pétudierai Raphaël, dit-il enfin, et j'apprendrai comme lui à n'ap-
proprier adroitement les beautés des anciens ; il m'apprendra aussi à chercher dans la nature les belles expressions. Mais je me garderai
de prendre ses défauts pour des beautés et me souviendrai tou-
» jours qu'il n'est pas tout à fait Dien (L). » Les deux lettres à Van Brée qui contiennent ces lignes sont modestes
“pendant :
« Cherchant toutes les occasions de m'instruire, dit-il dans l'une,
) je me permets de vous communiquer les faibles idées d'un commen- » Gant. »
« Mon inexpérience, dit-il dans l'autre, le peu d'habitude de voir les » écoles étrangères, et surtout mes faibles connaissances me font pré- » sumer que, dans mes observations, peut-être trop hasardées, je suis » souvent tombé dans l'erreur. Mais n'est-ce pas par l'erreur que l'on » commence à s'instruire et, lorsque l'on est convaineu de ses fautes, ne » prend-on pas alors une marche plus assurée? »
La Révolution de juillet, qui le rend témoin oculaire de bien des choses terribles, ne change rien à ses habitudes, — rien que d'amener la pénurie des portraits.
[L a achevé diverses esquisses et des tableaux qu'il compte exposer en 1831 (2). Dans l'un, il s’est représenté lui-même peignant un modèle, une jeune femme, qui se découvre la moitié du corps avec toute sorte de coquetteries, pendant que l'artiste, distrait, ne pense qu'à son art el médite son œuvre. Dans l'autre, il a peint Adam et Eve, qu'il a voulu représenter après la chute et « méditant sur les maux qui doivent peser sur l'espèce humaine » (3). Le catalogue de l'exposition contenait l'explication suivante :
2138 « Adam et Éve. Assis dans un lieu d'où l'on découvre une » partie du Paradis terrestre, nos premiers parents semblent rêver aux » moments délicieux passés dans ce séjour. Le jeune Caïn, ignorant en- » core la malédiction divine, éprouve le désir naturel d'être transporté » dans ces beaux lieux, ce qui le porte à faire des questions auxquelles
» Adam et Éve ne peuvent répondre. »
(1) Deux lettres à Van Brée, avril 1850.
©) Ces deux tableaux sont à Dinant, dans la famille Disière.
(3) Lettre à un cousin (G. Disière). Wiertz ajoute : « J'ai ajouté le jeune Cain faisant des questions sur les causes qui les privent d'habiter le paradis, Cet état d'innocence
contraste avec la situation d'Adam. »
« Cet ouvrage, dira plus tard un journal belge (1), attira l'attention par la profondeur de la pensée avee laquelle il était conçu. »
L'annonce du concours pour le prix de Rome ramène Wiertz en Belgique. Ils sont six concurrents, tous de l'école d'Anvers : « Les étrangers n'ont plus osé s'y frotter (2). »
Il remporte le prix et son cri de victoire nous est conservé :
« Libre du poids de l'infortune, je vais pouvoir me livrer à mes ar-
» dentes inspirations! Je me consumais en vains projets ; je succombais,
» pour ainsi dire, sous le fardeau de mon imagination créatrice qui me » fournissait sans cesse des idées que je ne pouvais exécuter. Je puis
» enfin communiquer mes pensées (3). »
En effet, le Patrocle et la Révolte des Enfers (4) sont déjà esquissés : mais comment entreprendre de pareilles conceptions avec 800 florins de subside pour une dernière année et des portraits à 70 francs les trois ?
Une autre victoire est gagnée pour son cœur. Dès ses premières études, à ses pensées de gloire, il avait mêlé une idée plus touchante : » Alors, avait-il écrit un jour à son père, votre fils, qui travaille pour » la gloire, aura la satisfaction de récompenser ses parents des soins » qu'ils ont eus de son enfance. » (5) Son père n'est plus là pour jouir de son rêve accompli. C'est sur sa mère qu'il reporte tout son amour. Qu'elle ne se prive de rien, elle le peut maintenant. « Reposez-vous entièrement sur mes soins. » (6) Qu'elle ne s'inquiète de rien pour son fils : « Personne n'a autant de bonheur ni ne possède plus de moyens » de se tirer d'affaire en tout ce qui peut arriver (7). »
La mère de l'artiste n'était plus jeune alors ; au lieu de la virilité d'âme du brigadier, elle avait toutes les anxiétés de la vieillesse, toutes les faiblesses maternelles. Wiertz encourage, la soutient, lui résiste.
(1) L'Émancipation du 21 sept, 1839.
(2) Lettre du 4 mai 1852.
(5) Copie d’une lettre à G. Disière. 22 septembre 1832.
(4) « Je nai pas encore commencé le tableau des Géants, mais seulement les dessins, » (Lettre écrite d'Anvers le 29 octobre 1827). — « Laissez la Guerre de Troyes pour plus tard. » Lettre de G. Disière à Wiertz. 5 mars 1829. Ces premières esquisses sont conservées au musée.
(5) 50 décembre 1821.
(6) Lettres écrites de Paris et de Rome. Depuis 1822, il envoyait quelque argent a sa mère. Sur les 10,000 fr. quilui furent alloués pour ses frais de trois années de voyage et sur lesquels il dut prélever le prix de la toile du Patrocle, la location d’un grand atelier, sans compter un vol de près de 500 fr. qui lui fut fait à Rome, il réserva plus de 2,590 fr. pour sa mère, (Compte a ; par G. Disière, au 15 septembre 1857.)
(7) Lettre de Paris, 7 mars 1854.
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