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XXVI. — Pensées et visions d’une tête coupée

Tryptique : première minute, — Deuxième minute. — Troisième minute 1855. — P. mate, sur toile. H. 2,65. L. 1,70.

! Peut-être mon tableau servira-t-il un jour argument contre .)

la peine de mort, je le souhaite. , (Lettre à un ami, 1

Sujet d'invention , remarquer l'originalité de l'idée. Abondance, imagination , composition pittoresque, coloris sombre, harmonieux, convenable au sujet. L'aspect général est imposant, mystérieux. La

troisième page étourdissante par le nombre d'idées ingénieuses. L'idée

de l'ombre du supplicié dans les bras de l'ange est peut-être ce que l'on

a fait de plus saisissant en peinture. Tableaux à corriger, ainsi que la légende.

L'artiste a écrit au bas de cette œuvre la légende que voici : Première minute. Sur l’échafaud.

« Tout récemment encore quelques têtes tombaient sous l'échafaud, Ce fut à cette occasion que l'auteur de ces tableaux eut l'idée de faire des recherches sur celte

question :

NDES LA

LA TÊTE SÉPARÉE DU TRONC CONSERVE-T-ELLE ENCORE PENDANT QUELQUES SE FACULTÉ DE PENSER ?

Voici le récit d'une expérience faite à ce sujet.

… Accompagné de M°° et de M. D., savant dans les expériences magnétiques, je fus introduit sous l'échafaud ; là, je priai M. D. d'employer les moyens nouveaux qu'il croyait propres à me mettre en rapport avec la tête coupée. M. D. y consentit. H fi quelques préparations, et nous attendimes, non sans émotion, la chute d’une tète humaine.

A peine l'heure fatale avait sonné que lhorrible couperet, après avoir ébranlé de sa chute toute la machine, fit rouler à travers l'affreux sac rouge la tête du supplicié.

A cet instant nos cheveux se dressèrent, mais il n'était plus temps de reculer. M. D... me saisit la main (j'étais sous son influence magnétique), me conduisit vers la tète palpitante et me dit: «Que sentez-vous ? que voyez-vous?» L'émotion m'empêcha de répondre

sur le champ, mais aussitôt, plein d'une agitation extrème, je nrécriai: « Horreur! la tête

pense ». Je voulus alors me soustraire à tout ce que j prouvais, mais j'étais cloué comme sous le poids d'un affreux cauchemar. La tête done du supplicié voyait, pensait, souffrait. Et moi, je voyais ce qu'elle voyait, comprenais ce qu'elle pensait, appréciais ce qu'elle souffrait. Combien de temps cela dura-t-il? Trois minutes, m'a-t-on dit. Le supplicié a dû croire que c’étaient trois siècles.

Ce que l’homme tué de cette manière souffre, aucune langue humaine ne peut le dire. Je me hornerai ici à transerire les réponses incohérentes, souvent sans ordre, que j'ai faites aux questions qui me furent adressées dans le moment où je me trouvais en quelque sorte identifié avec la tête coupée.

Voici ces réponses :

Un bruit horrible bourdonne dans sa tête.

C'est.le bruit du couperet qui descend,

Le supplicié eroit que la foudre est tombée sur lui et non le couperet.

Chose singulière ! la tête est ici, sous l'échafaud, et elle croit se trouver encore audessus, faisant partie du corps et attendant toujours le coup qui doit la séparer du tronc.

Horrible étouffement !

Plus possible de respirer !

Cet état est causé par l'apparition d’une main surnaturelle. gigantesque, qui pèse

comme une montagne sur la tête et le cou.

L'asphyxie devient plus violente,

La main monstrueuse appuie toujours davantage.

Le supplicié étrangle.

Un nuage de feu passe devant ses yeux.

Tout est rouge et scintille.

L'impitoyable main est parvenue à serrer le cou plus violemment encore.

Le supplicié croit lutter contre elle, il cherche à se dégager; ses mains s'attachent à cette main terrible, elles se cramponnent, se tordent, se déchirent.. vains efforts ! Quelle situation, mon Dieu! les parois du cou sont jointes par la pression. C'en est fait.

Cette main féroce, inhumaine, quelle est-elle donc? Le patient vient de la reconnaitre. La pourpre et l'hermine efleurent ses doigts.

Oh! des tourments plus horribles encore s’apprétent.

Deuxième minute. Sous l'échafaud.

La pression est devenue une coupure .

Voilà seulement que le supplicié a la conscience de sa position.

Il mesure de ses yeux de feu la distance qui sépare sa tête du corps et il se dit ceci :

Ma tête est réellement coupée.

Maintenant le délire redouble de force et d'énergie.

Daus l'imagination du supplicié, il lui semble que sa tète brûle et tourne sur ellemême: que l'univers s'écroule et tourne avec elle, qu'un fluide phosphorescent tourbillonne autour de son crâne en fusion.

Au milieu de cette fièvre horrible, une pensée insensée, incroyable, inouie, s'empare de ce cerveau mourant.

Le sroirait-on ? Cet homme dont la tête est tranchée concoit encore une espérance. Tout ce qui reste de sang bouillonne, s

gite et se précipite avec fureur dans tous les canaux de la vie, pour s'y raccrocher.

Dans ce moment, le supplicié croit tendre ses mains convulsives et pleines de rage vers sa tête expirante.

Je ne sais ce que signifie ce mouvement imaginaire. Attendez. Je comprends. C'est horrible !

Oh! mon Dieu, qu'est-ce done que la vie que cela se dispute ainsi jusqu'à la dernière goutte de sang?

Ce mouvement! Eh bien! c'est cet instinct qui nous porte à précipiter le secours de nos mains vers une blessure béante, Ce mouvement! c'est dans le dessein, l'épouvan: table dessein de replacer la tête sur le tronc afin de conserver encore un peu de sang, encore un peu de vie!

.. Je me sens un malaise extrême, je désire que cela finisse.

Voici des souffrances d’un ‘autre ordre qui commencent, les souffrances morales. Un foule d'images se présentent à l'esprit de l'homme tué par la guillotine et lui suggèrent ves pensées-ci :

« Je vois mon cercueil, on me place dedans, des milliers de vers m'y attendent pour » me dévorer.

» Les médecins m'entourent et regardent mon cou, c’est sans doute pour étudier.

Mes juges sont la aussi, mais plus loin dans un beau salon .. Je les vois à table, tran- » quillement assis, ils parlent de choses indifférentes. Est-ce possible !

» Aujourd'hui même, je serai à l'hôpital, ma tête du moins; on fera bien de singulières » expériences; on coupera dans mes chairs, il ÿ aura bien des curieux. C’est aujour- » d'hui aussi que l'on n''enterr

,il n’y aura point de prières pour moi; ceux qui seront là fuiront et auront peur.

Je vois ma famille: ma femme est morte, morte de douleur, mes enfants l'entourent ef pleurent.

J'ai beau leur dire de m'aider un peu, de rapprocher ma tète de mon cou, que le

temps presse, qu'il sera trop tard, que le sang coule toujours, ils ne m'entendent pas.

Je les vois maintenant bien loin, que font-ils là ? Ils sont agenouillés devant des gens qui semblent rire et danser.

» O mon Dieu!

c'est pour leur demander du pain.

» Le plus peli C'est bien lui; pauvre petit mc

rencontrer, HG

sein pour le couvrir de mille

de mes enfants est re ses cheveux blonds e : voit, me sourit et veu

baisers,

as ! l’une d'elles était

{té frist

ture

l'Op

Voila qu'il se retire en je

ant des cris d

ès de moi. Oh! comme je l'aime celui-là.

is, ses petites joues rondes et roses. Le

mbrasser. Trois fois je l'ai attiré sur mou

{rois fois nos têtes ont vainement cherché à se

oin.

’effroi. 11 regarde ses petites mainsselles se

sont rougies à Mon Cou. »

… Les yeux du supplicié ont roulé dans leur orbite sanglant.

… JS se sont fixés vers le ciel, il lui semble voir la voûte immense du firmiuñent se

déchirer en deux et les deux

jarties se retirer comme de grands rideaux. Derrière,

apparail dans des profondeurs infinies, une fournaise ardente, où les astres semblent

Jr

‘engloutir et se consumer pour jamais. E lui semble que l'air est imprégné d’une pous-

sière de feu €

ont chaque répond à une de ses douleurs. Au milieu de la grande

clarté des cieux, il voit un objet sombre, informe, qui, à chaque battement du cœur s'avance el grandit; du sein de ce fantôme étrange retentissent des ricanements odieux qui se prolongent et se changent graduellement en des accents lamentables et élouffés. Une grande obseurité s'étend de toute part. Le noir fantome a touché les pieds du sup-

plicié, il le sent s'étendre et s’appesantir comme du plomb sur tous ses membres

glacés. Tout le corps s’est fait granit C’est la mort...

Non, pas encore.

Troisième minute. Dans l’Elernité.

| Ce n'est pas encore la mort; la tête pense toujours et soufre,

Souffrance de feu, qui brûle, souffrance de poignard qui déchire, souffrance de poison qui engourdit, souffrance de membres qu'on scie, souffrance d'entrailles qu'on arrache, souffrance de chair qu'on hache et qu'on broie, souffrance de membres qu'on cuit à petit feu à l'huile bouillante, souffrance d'épilepsie, de rage, detétanos. Tous ces maux réunis ne peuvent donner une idée de ce que souffre le supplicié. Quand finiront donc ces épouvantables tourments ?

Un doute affreux glace ici d'eflroi le supplicié ; serait-il mort et cet état de souffrance serait-il eelui qu'il doit endurer toujours, toute l'éternité peut-être ?

Horrible pensée! La nouvelle phase dans laquelle il vient d'entrer n’a plus aucun sens pour l'homme vivant. Tout ici annonce la présence d’un monde inconnu, Ces nuages dans l'espace, ces sinistres lueurs, vacillantes et fugitives, tout ce chaos, enfin, où combattent sans cesse les éléments de vie et de mort, où tant d’épouvantables choses se reproduisent dans un éternel mouvement de rotation, tout cela serait-il le séjour futur où notre àme, après la mort, doit errer sans fin?

En cet instant, le misérable qui souffre est encore occupé des choses de la terre.

IL voit dans un coin obscur son cadavre pourrir et se dessécher ; puis, ce qui n'est donné qu'aux esprits d’un autre monde d’apercevoir, il voit comment s'accomplissent les mystères de la transformation. Tous les gaz qui composaient son corps, les matières sulfureuses, ammoniacales ou alcalines, il les voit se dégager de ses chairs putréfiées el servir ensuite à la formation d'autres êtres vivants. Plus loin, celui que la hache vient de tuer voit fomber dans uu abime de feu l'infâme guillotine avec ses bourreaux.

Cette dernière apparition serait-elle un de ces effets dus à la prescience habituelle aux mourants ? Si laffreux instrument de Guillotin doit être anéanti un jour, que Dieu en soit loué !

Maintenant les choses humaines disparaissent, elles semblent se fondre peu à peu dans

les ténèbres d'une nuit profonde, une légère vapeur se voit encore, mais la voilà qui

s'éloigne, s'affaiblit, s'efface… Tout est noir. L'homme guillotiné est mort.

Dans ces dernières apparitions, des personnes voient le chàliment éternel dû au coupable ; d’autres, plus humaines, "croient apercevoir dans le nuage du centre l'âme du supplicié recevant d’un ange le baiser de paix. »

XXVII, — Faim, Folie, Crime.

(Intérieur des cabinets.) 1855. — Huile. H. 1,50. L. 1,65.

Quand le peintre ne sera plus, on dira de ceci que c'est sublime d'invention. Toute une époque ici est caractérisée; ce sujet prète à bien des réflexions.

L'illusion est complète. Ne croyez pas que ce soit là l'effet de l'ouverture par laquelle on regarde; un choix savant de certaines formes, de certains effets de modelés, de certaines lignes perspectives, produisent le relief; d'autres peintures, non moins vraies que celle-ci et vues sans 4 que la magie du pinceau à

le secours de l'appareil, prouvent à:

fait ici tous les frais.

Les trous n'ont été imaginés que pour les sujets qui réclament un genre particulier d'examen.

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