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cher? N'est-ce pas, au contraire, dans ce moment solennel que, entouré de tant d'ouvrages divers, opposés à son tableau, il sait mieux que jamais découvrir ses défauts ?
J'ai vu bien des peintres le jour d'une ouverture d'exposition, je ne me s pas d'en avoir rencontré un seul qui n'ait témoigné, en ce jour terrible, Le plus vif désir de recommencer son œuvre.
souvie
Ce jour est pour le peintre un jour de lumière, jamais il ne voit mieux, ne sent mieux, ne comprend mieux, jamais il n'a élé plus peintre, jamais il n’a été meilleur juge.
Il est remarquable que ce jour-là est précisément celui où me feuilletonistes disent aux infortunés artistes :
eurs les
« Nous y voyons plus elair que vous. »
Généralement les peintres propres intérêts : les feuilletonistes, y voyant plus clair qu'eux, étant de
sont un peu entêlés el connaissent mal leurs
meilleurs juges, pourquoi ne point eapliver leur amitié, afin de profiter constamment de leurs conseils? Un peintre serait assuré de produire toujours des chefs-d'œuvre si, toujours près de lui, planté là, à côté de son chevalet, un feuilletoniste voulait bien, à chaque coup de pinceau, apporter son jugement, indiquer ces corrections successives, sans lesquelles un lableau ne peut s'achever.
Car, si, comme le dit Waltelet, la peinture n’est qu'un continuel raisonnement, on ne peut douter qu'avec les heureuses dispositions dont messieurs les feuilletonistes sont doués, ils ne s'acquittassent merveilleusement de la tâche difMicile de peindre des tableaux.
Une seule objection se présente : — L'amour-propre des peintres céderat-il à l'idée de voir passer aux mains des feuiiletonistes la palette et les pinceaux? Si messieurs les feuilletonistes exposaient à leur tour leurs chefsd'œuvre, ne pourrait-il prendre envie aux peintres de s'emparer de la plume des feuilletonistes, el de faire de la peinture des écrivains une sévère et terrible critique? Les p
ions sont les mêmes chez tous les hommes placés dans les mêmes circonstances. Oserait-on assurer que les feuilletonistes remplaçant les peintres ne devinssent aussi furieux, aussi révoltés contre la critique des peintres, que les peintres le sont aujourd'hui contre la critique du feuilletoniste? Voici une chose plus grave encore : Quelle colère les feuilletonistes ne seraient-ils pas en droit de faire éclater à la lecture du feuilleton d'un peintre ? Comment l'homme de lettres pourrait-il contenir sa fureur si cet homme, étranger à l’art d'écrire, lui disait : « Vos passions, vos syslèmes, vos penchants particuliers vous aveuglent; vous ne pouvez juger une œuvre littéraire; jugez de la peinture, c’est 1à votre alaire; votre ignorance en cette malière vous le permet, de même que mon
— OT — ignorance en lillérature me permet de juger de ee qui appartient à volre profession. »
Au train dont vont les choses, il est à craindre qu'un jour messieurs les peintres el messieurs les feuilletonistes ne se brouillent sérieusement.
S'il n’est plus permis de citer le vieux proverbe qui dit : À chacun son métier, est-il impossible d'entendre un jour les feuilletonistes elles peintres se dire avec humeur des choses à peu près semblables à celles-ci : « Croyezmoi, mon cher, mêlez-vous de mes affaires, el laiss ne mêler tranquillement des vôtres,»
:Z-Moi, je vous prie,