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PETITS RENSEIGNEMENTS INUTILES AUX FEUILLETONISTES

Puisqu'il est nécessaire, pour bien juger un tableau, de ne point s'y connaître du tout, les quelques lignes que l'on va lire ne s'adressent point aux cuilletonistes. Ces messieurs son done priés de vouloir bien ne pas les ire : elles pourraient peut-être gâter les heureuses qualités qui les disinguent comme juges en peinture, et ce serait dommage, en vérité.

Ceci s'adresse seulement aux personnes qui, — entendant souvent dive en irésence de Lels tableaux : « Voilà un beau dessin, voilà une belle couleur ! » où elles ne voient qu'affreux barbouillage de couleurs rousses, jaunes ou vertes, — sont curieuses d’avoir une petite explication sur ces prétendues Jeautés qui parfois plongent les amateurs en de si douces extases.

Il est certains objets d'art ou d'industrie difficiles à apprécier : ce sont ceux dont la beauté n’est que le résultat d'une difficulté vaineue, de es établies.

‘exacte observation de certaines r!

Il est des choses mêmes qui n’ont de mérile,qui ne sont belles que parce

qu'elles sont rares, utiles ou conformes à quelque mode.

J'admirais un jour de la dentelle faite à la mécanique. Comparée à la dentelle de Malines, j'en trouvais le travail beaucoup plus beau, plus régulier. es dames se prirent à rire de moi. J'appris bientôt ce que mon ignorance ne me permellail point de comprendre. La dentelle de Malines est plus belle que la dentelle à la mécanique, et pourquoi ? C’est que la dentelle de Maines est faile à la main, qu'elle est de mode, qu'elle est plus durable, qu'elle est plus..., ele., ete.

Vous avez devant vous deux gravures, l'une en taille douce, l'autre sur rois. Celle-là vous plaît davantage, remplit mieux le but de l'art; il se peul cependant qu'un connaisseur préfère celle-ci. Vous êtes élonné? S'il vous explique les difficultés de rendre par la gravure sur bois les effets rendus facilement par le cuivre, vous admirez alors avec lui la gravure sur bois. C'est une beauté de difficulté vaincue.

Un violoniste, jouant de son instrument, le tient sous le menton. N'allez

oint le blâmer de ce qu'il ne le tient point sur la hanche, sous prétexte que, placé là, cela serait plus beau, plus gracieux, ete. Évidemment, c'est un principe.

C'est ainsi qu'en peinture il est une foule de règles, de principes, de conventions qui constiluent le beau et qu'il faut nécessairement connaître avant d'apprécier l'œuvre d'un peintre.

Soyez done prudent, cher lecteur, en présence d'un tableau, fût-il à vos veux la plus grande croûte An monde, Nous prononcer sur une question

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qui nous est étrangère, c'est courir le danger de faire rire de nous ceux qui l'ont étudiée loute leur vie.

Je le répète, soyez prudent. — La poitrine de cet Hercule n’est point faite comme la vôtre, ni la jambe de cette nymphe tournée comme celle de madame votre épouse : s'ensuit-il de là que cela soit mauvais, que ecla ne soit point dans la nature?

Ces chairs rouges comme de la brique, jaunes comme de la cire, bleues comme les chairs d'un noyé, de telles chairs, vous n'en avez jamais vu. I n'est pas constant pour cela qu'elles n'ex que le peintre ait eu Lort de les faire ainsi,

Ceei vous étonne? Vous pouvez vous tromper :

stent pas dans la nature,

1° Parce que vous ne connaissez point les règles, les principes qu'à suivis où voulu suivre le peintre, el qu'il faut bien, après lout, savoir ee qu'il a voulu faire, avant de condamner ce qu'il a fait.

2° Parce que la nature est infinie dans la variété de ses formes, de sa couleur, de ses mouvements, de ses accidents, el qu'il est impossible à vous d'avoir tout vu, tout étudié.

3° Que le peintre peut bien avoir vu ce que vous n'avez pas vu vousmême, et qu'il est à présumer que les milliers de modèles qui lui ont servi d'études, lui ont appris des choses que vous n'aurez pas observées, vous qui n'avez vu de la nature sans voile, que votre ami entrant au bain, ou votre frère au moment où il se couvrait de son bonnet de nuit.

Et maintenant si je vous disais par quelle règle, quel principe doivent être distribués tous les objets d'un tableau : quel usage doit faire le peintre des lignes droites, des lignes courbes : par quel moyen il parvient à donner l'action, le mouvement, l'expression, la grandeur, la force, la simplicité, la naïveté, la grâce ; si je vous disais les proportions, la forme, le caractère dû à chaque chose; si je vous disais enfin tous ces mystères qui font la science du peintre, peut-être conviendriez-vous qu'il est aussi téméraire à vous, cher lecteur, de donner au peintre des leçons de peinture, qu'il le serait à lui de vous en donner sur la fabrication des plus beaux draps, des plus beaux cachemires, ou des meilleurs sucres de betterave.

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