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T-CE QUE LE BEAU EN PEINTURE

Hippocrate dit oui, mais Galieu dit non

Voilà une immense question. Les grands maîtres ont formé, comme on sail, des écoles dont les principes sont souvent opposés.

Est-ce en l'école italienne que nous devons avoir foi? Est-ce en l'école flamande, ou francaise, où espagnole, ou hollandaise ?

SP sé

Chacune de ces écoles a des milliers d'adeples ; el si nous adressons celte question à ce monde immense de peintres, d'amateurs et de connaisseurs : « Quelle est, de toutes ces écoles, celle qu'il faut préférer, celle qui nous montre le véritable type du beau?» chacun la résoudra en faveur de son école, et vous voilà un peu plus embarrassé qu'auparavant !

C'est à propos de cette incertitude où sont les peintres sur le beau, que les feuilletonistes leur ont dit : « Nous sommes en peinture de meilleurs juges que vous. Si, parmi vous, les uns trouvent beau ce que d'autres trouvent laid, si même tous les systèmes, loules les manières de voir ont eurs admirateurs ou leurs critiques, nous, qui jugeons par impression, notre manière vaut mieux que celle des peintres et des connaisseurs. »

L'accusation des feuillelonistes est grave, il faut bien l'avouer. Si j'ai womis plus haut de revenir sur cette question, ce n'est pas dans l'espoir de disculper ici les peintres d'une accusation qui tend si bien à prouver eur ignorance dans les éléments qui constituent le beau, mais afin d'exa-

miner si l’aceusation sur laquelle les feuilletonistes fondent l'importance de leur eritique, n’est pas au contraire ce qui la rend douteuse ct peut-être inutile.

« Des goûts et des couleurs, il ne faut point disputer. » Il n'est peulêlre point d'occasion où ce vieux proverbe puisse être mieux appliqué que lorsqu'il s'agit de porter un jugement sur un tableau. J'ai là devant moi une toile dont je désire connaître le mérite : j'interroge des peintres, des amateurs, des connaisseurs, des feuilletonistes. Qu'arrive-t-il? Les uns me disent : « L'ouvrage est excellent ; » les autres : « Il est détestable. » — En malière de jurisprudence, il est facile de juger; les lois sont là. En peinture, ainsi que nous l'avons dit, point de loi; la seule loi, c’est le goût, le caprice, la fantaisie, et Dieu sait combien lout cela est varié dans la nature! On répondra peut-être que les seules lois en peinture sont les règles, les principes, l'étude de la nature et des grands maîtres. Nouvel embarras, même dissidence d'opinions! J'admets les règles, les principes, l'étude de la nature et celle des grands maîtres. J'admets tout cela comme le code des lois de la peinture. Je pose ce code à côté du tableau dont je désire connaître le mérite. Je fais de nouveau appel à tous nos peintres, nos amateurs, n0s connaisseurs, nos feuilletonistes, et je leur dis : « Jug selon le code que vous avez sous les yeux. »

Cette question posée, que répondront-ils ?

Voici à peu près le colloque qui s'établira :

Un peintre. Si l'exemple des grands maîtres, les principes qu'ils ont

établis, et la nalure sont des lois, ce tableau est admirable : j'y vois un dessin digne de Michel-Ange, un coloris beau comme celui du Titien, une vérité conforme à celle de la nature,

Un autre peintre. Si je base mon Jugement, ainsi que mon confrère, sur l'exemple des grands maîtres, les principes qu'ils ont élablis et la nature, je trouve ce tableau détestable : le dessin en esl tout différent de celui de Michel-Ange, le coloris ne rappelle en aucune facon celui du Titien quant à la vérité de la nature. Mon cher confrère, voyez-vous la nature aussi rouge, aussi jaune. ?

—— Je la vois même plus rouge el plus jaune.

Un troisième peintre. Et moi Je ne la vois ni rouge, ni jaune, je la vois bleue.

Un amateur. S'il faut dire mon opinion selon les lois que l'on vient d'établir, je dirai que l'ouvrage est assez médiocre : on n'y voil point l'empâtement, la transparence, la touche délicate et spirituelle des grands coloristes.

Un feuilletoniste. Messieurs, vous êtes tous de fort mauvais apprécialeurs : vos systèmes, vos

S el vos principes faussent votre jugement :

c'est par impression qu'il faut juger un tableau : el pour exprimer franchement Mon opinion sur celui qui nous occupe ici, je dirai qu'il me paraîl

hien mauvais : ear il me cause une impression fort désagréable. EL vous

monsieur A., quelle impression vous cause-t-il ? — Une impres

ion contraire à la vôtre, mon cher monsieur, une impression agréable : le lableau est excellent. Et vous, monsieur B., quelle est votre impression ?

Impression médiocre.

— Et vous, monsieur C.?

Impression singulière.

— El vous, monsieur D, ?

— Impression inexplicable, -—— El vous, monsieur E. ?

— Aucune impression.

De tout ceci que faut-il conclure ?

Que, vu les petites libertés que prennent nos goûts et nos impressions dans l'appréciation d'une œuvre d'art, la règle du beau pourrait bien être celle-ci :

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