QUELQUES IDÉES SUR LES PEINTRES ET LA PEINTURE
Il existe parmi les peintres deux sectes : l’une a pour but l'argent, ou bien l'argent et la gloire tout à la fois ; l’autre, la gloire seulement. Cette dernière est peu nombreuse
L peu connue.
Voici quelques-uns de ses principes :
N'être dominé que par une seule passion, celle de la gloire.
Chercher à porter la perfection de l'art aux dernières limites du possible.
Tâcher d'atteindre ce but avec un courage, une constance, un héroïsme dignes des plus hautes vertus antiques.
Sacrifier à l'amour de l’art Lout ce qui, dans la vie matérielle, appelle fortune, bonheur, plaisir, amour.
L'art n'est point arrivé à son apogte, il n'a pas même fait la moitié du chemin qu'il doit parcourir.
Raphaël, Rubens, Michel-Ange semblent les plus avancés dans la perfection de l'art : il faut chercher à les égaler, à les surpasser même.
Le génie chez les hommes n'est point inné, les grands hommes ne sont point de grands hommes, ils sont seulement les enfants gâtés des circonslances el des accidents : leur succès ne doit ni nous eflrayer ni nous décourager.
Tous les hommes dont l'organisation physique et intellectuelle est complèle, peuvent devenir de grands peintres.
Faire bien n’est qu'une question de temps.
Les peintres passionnés pour la gloire ne doivent point vendre leurs ouvrages, celle résolution devant leur permettre de les corriger sans cesse ou de les anéantir s'ils sont indignes de porter leur nom dans l'avenir.
Ne point craindre de se faire des ennemis. Les ennemis, par leurs sarcasmes ou leurs critiques, réveillent en nous le désir de nous élever, de les combattre par des chefs-d'œuvre.
L'anbition, l'orgucil, — la vanité, l'amour-propre même, — sont des
vertus de l'artiste : elles le slimulent, l'encouragent et Le soutiennent dans ses (travaux.
La modestie est une vertu dangereuse : elle tend naturellement à affaiblir Loutes ces qualités.
Tels sont la plupart des principes qui constituent la doctrine des peintres de la secte nouvelle.
Nous allons examiner quelques-unes de ces questions, si différemment résolues par les amis du luxe et de la bonne chère, par les peintres qui se nourrissent des fumées de la renommée.