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LES PEINTRES DOIVENT-ILS VENDRE LEURS OUVRAGES

Le plaisir de bien boire, bien manger, bien dormir, fait-il le bonheur suprême d'un artiste? Alors, on ne peut que louer cet artiste de plicr son talent aux circonstances de la mode, aux divers goûls des amateurs, afin de vendre aussi bien que possible des ouvrages dont le prix doit amener au foyer domestique ces douceurs matérielles que chacun sait apprécier.

Mais l'approbation, accordée à l'homme qui cherche à salisfaire des goûts ct des plaisirs matériels, serait-elle refusée à celui qui cherche à satisfaire des goûts et des plaisirs d'une nature tout opposée ?

Je ne le pense pas.

Si, brûlant d'atteindre les plus hautes régions de l'art, l'artiste ne vend point ses ouvrages, alin de les retoucher sans cesse ou de les anéantir s'ils sont indignes de porter son nom dans l'avenir, quelle raison peut faire condamner une Lelle conduite? Celte folie ne trouve-t-elle pas son excuse dans le noble but qu'elle se propose? Et en dernière analyse, toute folie n'est-elle pas sa-

esse, dès l'instant qu'elle nous rend heureux? Si l'on cite à ce propos

l'exemple de quelques grands peintres qui, malgré leurs nombreuses crreurs, n'en ont pas moins acquis beaucoup de gloire, les peintres de la socle nouvelle répondront : « Ces grands peintres ne seraient-ils pas plus grands encore, s'ils avaient eu le courage où de retoucher où d'anéantir des œuvres indignes d'eux ? Quelle haute idée n'aurions-nous pas de Rubens et de Lant d'autres s'ils n'avaient laissé subsister que leurs meilleurs ouvrages?»— Pauvres fous! dira-t-on, plus ou moins de gloire, est-ce la peine d'y songer? Mais il faul se souvenir ici qu'au point de vue de la secte nouvelle, l'art est une religion : une seule imperfection qui échappe au pinceau est donc chose aussi grave, aussi importante que peut l'être, aux veux du saint anachorèle où du saint martyr, le péché mortel qui lui ferme à jamais les portes de la vie élernelle.

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