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CHAPITRE II

CHOIX DE MOYENS ET DE CIRCONSTANCES POUR EXALTER LES FACULTÉS INTELLECTUELLES, SOIT TOUTES ENSEMBLE, SOIT LES UNES AUX DÉPENS DES AUTRES.

Les cinq appareils du corps humain, savoir, ceux de la respiration, de la circulation, de la digestion, de la génération, de la réflexion, s'échauffent et se refroidissent, se tendent et se détendent, s'emplissent et se vident ensemble. Ainsi, quand on veut échauffer ou refroidir, humecter ou dessécher, emplir ou dégager la tête, il suffit de donner ces qualités au ventre.

Quand la santé est au maximum, il y a pléni-

tude dans les viscères, et spasme dans les solides ; la tête s'embarrasse, les trois facultés opèrent avec peine : détendez à Taide d'une femme, ou par quelque moyen analogue ; tout s'amollit et s'assouplit ; le cerveau se dégage, la pensée redevient libre et aisée comme la parole, le geste, la démarche, et toutes les opérations extérieures.

Venus sœpe excitata, raro peracta acuit ingenium,

Il y a plus ; les images voluptueuses dégagent la tête en attirant la vie au centre du corps.

La force cogitative est proportionnelle à la vie (chaleur et mouvement) intérieure, supérieure, et postérieure, en deçà toutefois du degré oii le spasme a lieu.

Pour bien étudier la nature par ses analogies et ses consonnances, il faut à la vérité l'avoir

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bien observée, mais il ne faut pas la voir actuellement ; car tout ce qui tire la chaleur, le mouvement, la sensibilité, la vie du dedans au dehors, diminue d'autant la force cogitative, et évente le

génie.

Les objets extérieurs nuisent à celui qui veut lier les phénomènes et former le système. Au contraire, ils remontent et font penser celui qui a besoin d'archet.

Pour détruire cette fixation du mouvement, de la chaleur et des humeurs, qui résulte d'une méditation trop prolongée, et fait qu'un homme rebat toujours le même sujet, rien de mieux que de changer de lieu, d'homme, de choses, d'attitude, etc.

Pour renouveler la faculté cogitative, comme toute espèce de sensibilité, il faut contraster tout, temps, lieu, hommes, choses, situations, mouvements, qualités, etc.

Courir ou s'appesantir sur les sujets ; deux excès qu'il faut également éviter. Le premier rend vague, mobile, superficiel; l'autre étroit, monotone et ennuyeux. Il vaut mieux passer et repasser à plusieurs reprises sur sa matière, en faisant de petites pauses sur chaque partie.

Le moment du réveil donne le ton à toute la journée pour les qualités du cœur et de l'esprit. Il faut donc commencer la journée par une étude, une composition, un exercice, une action difficile, afin que malgré le décroissement des / facultés qui a lieu à mesure que le soleil descend, et que l'homme se lasse, on soit toujours au niveau de son travail.

Pour agacer les facultés et les tenir éveillées, il faut sans cesse chercher des ennemis et courir au combat.

Aîens excitatur ab oppositis : ergo mulier est

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plectrum viri, Renixus sopitum experge facit

intellectum.

Ayez une haute idée de vos facultés, et travaillez, vous les triplerez.

Un livre et un homme, même médiocres, sont utiles à un méditatif. Ce sont des prétextes pour penser. De plus, la hétise rafraîchit l'homme échauffé par le génie ou l'esprit ; enfin cette société est saine, parce qu'elle nous fait trouver hors de nous le principe de notre mouvement.

On ne fait les grands progrès qu'à Tépoque où l'on devient mélancolique, qu'à Fheure oii, mécontent du monde réel, on est forcé de s'en faire un plus supportable.

Il y a dans les opérations intellectuelles quelque chose de fortuit pour ceux qui pensent sans

méthode; mais celui qui sait choisir le temps et le lieu, suivre un régime approprié aux objets de ses travaux, qui médite en bon air et sur les hauteurs, qui sait se concentrer, isoler sa personne et les objets qu'il veut analyser, qui ne méprise point les petits profits ; accumule sol à sol, et s'enrichit insensiblement, devient enfin un Crassus que les hommes regardent les yeux ouverts et la bouche béante.

On se place à la longue, et Ton est placé par le public dans la société intellectuelle qu'on s'est donnée.

On ne traitera jamais bien une matière, si Ton n'y a quelque intérêt direct ou indirect.

L'amour-propre piqué ou le dépit, émules évoqués dans le soliloque, grands excitateurs.

Pour donner une grande action au cerveau, il faut marcher, manger et dormir peu. Pour la

ralentir, il faut multiplier et faire durer toutes ces fonctions animales.

Le nombre et l'espèce des pensées d'un contemplatif dépendent un peu de la nature et de l'ampleur de ses vêtements. La pensée semble être emprisonnée dans un habit étroit, comme le corps de l'homme vain et esclave de la mode Test dans le monde qui le comprime. Le génie est plus libre dans un habit flottant; il semble qu'on prenne, quitte et reprenne tous les préjugés reçus en prenant^ quittant et reprenant l'habit taillé par l'opinion.

Les circonstances les plus favorables à l'invention bienfaisante sont le temps qui suit le premier sommeil, celui du réveil complet, celui de l'équilibre entre deux repas, mais principalement celui qui précède le dîner; la convalescence, le lendemain d'une jouissance, la pointe de vin ; en un mot, tous les temps désignés dans la première colonne.

Les temps les plus favorables à l'invention mal-

faisante, sont ceux qui se trouvent dans la seconde colonne et la troisième.

Pour bien saisir les différences, il faut refroidir sa tête, et ralentir le mouvement de sa pensée.

Pour bien remarquer les analogies, il faut échauffer sa tête, et accélérer le mouvement de sa pensée.

Or, les choses différentes en cliaque individu, étant comparées en des individus différents, paraissent analogues.

Ainsi, pour bien composer, pour bien assembler des choses analogues (êtres ou idées) il faut commencer par refroidir sa tête et ralentir le mouvement de sa pensée^ à l'aide de la troisième colonne, qui répond au degré moyen de refroidissement, et par conséquent à tète ferme, puis l'échauffer à l'aide de la première ou de la seconde colonne.

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La force et la netteté du jugement sont proportionnelles au degré de pureté d'air et à la quantité qu'on en respire dans un temps donnée sans excès toutefois.

Il faut juger ses œuvres dans les époques contraires à l'invention, dans ces époques de froideur et de dégoût indiquées par la troisième et la quatrième colonne, par exemple, dans le cas de la digestion; car si elles paraissent bonnes dans une disposition oii tout paraît mauvais, où l'on est si porté à tout déprimer, à plus forte raison le paraîtront-elles, dans les moments oij le mauvais môme paraît bon.

Si l'on veut délasser l'organe de l'invention en conservant cette chaleur et ce mouvement rapide sans lequel l'imagination n'a ni mouvement ni force, il faut promener la pensée sur des sujets faciles, légers, plaisants, puis revenir au genre sérieux et difficile.

La mécanique et la poésie sont fort analogues; elles ont cela de commun qu'elles accoutument l'esprit à se peindre vivement les corps en mouvement.

La grande invention tue la mémoire naturelle et mécanique, en augmentant la mémoire judicielle et clarifîcative.

Les idées abordent les premières celui qui se promène le long d'elles sans les chercher ; mais elles fuient celui qui les poursuit avec trop d'âpreté.

Pour ne pas oublier une proposition fournie par une autre, il faut la travailler par une action propre de sa tête, et la transformer en lui donnant son propre moule.

Pour rappeler aisément ce qu'on a composé.

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et l'écrire avec facilité, repasser trois fois sur la ligne d'invention.

On rappelle encore aisément une idée en cherchant l'origine physique de cette idée avec le temps, le lieu et les autres circonstances où on Fa eue pour la première fois. Cette marche donne une mémoire judicielle et inventive, capable de réparer la perte de la mémoire mécanique, qui s'affaiblit à mesure que notre matière se sèche et se durcit.

Semblable à une jolie femme que l'habitude commençait à nous rendre indifférente et qu'une mode nouvelle rajeunit à nos yeux, une idée, que la familiarité commençait à nous faire mépriser et oublier, se remontre et se fait estimer de nous en changeant de forme comme une Gléopâtre, et en nous faisant goûter les plaisirs de l'infidélité.

Souligner ce qu'on veut retenir, ou le distinguer par tout autre moyen de ce qui l'entoure ;

car les contrastes renouvellent toutes les espèces de sensibilité.

Attacher les idées importantes aux dix doigts de la main et à leurs phalanges.

Ordonnez les choses que vous avez le plus fréquent besoin de vous rappeler, aux choses ou aux personnes que vous aimez, et surtout à celles que vous haïssez le plus.

Attachez-les à une série d'objets qui se représentent sur votre chemin quand vous allez employer ces choses ou traiter avec ces personnes.

Pour lier dans sa mémoire les objets qui doivent être rappelés ensemble, il faut fixer son attention sur leur nombre, et Ty graver; car s'il nous échappe quelques-uns de ces objets, avertis par ce nombre, nous ferons nos efforts jusqu'à ce que nous ayons retrouvé le tout, et nous serons certains de n'avoir rien oublié.

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