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CHAPITRE VII

Si VOUS voulez savoir le secret de quelqu'un, jasez vous-même beaucoup, l'œil fixé sur la chose que vous voudrez taire, en vous laissant aller sur le reste. Mettez votre homme en colère, par la contradiction, par l'apparence du mépris ou de l'indifférence; jetez-lui des éloges à la tête, de votre part ou de celle des autres ; faites vousmême des confidences peu importantes :, annoncez une bonne nouvelle ; profitez d'un moment de joie; en un mot, employez les moyens et placez-le dans les circonstances de la première et delà seconde colonne; vous le jetterez de dedans en dehors et il s'éventera.

Couper la parole brusquement et faire une

question imprévue, simple, courte et claire dont la réponse soit oui ou non : excellent moyen pour savoir la vérité.

La grande vivacité et Tétourderie avec laquelle on se jette à la tête d'un homme froid, fait du tort dans son esprit, et le fait se replier sur lui-même. Il faut l'aborder avec un air encore plus froid et plus réservé que le sien, s'échauffer peu à peu, et accélérer peu à peu le mouvement de sa parole ; enfin le démonter en le menant au galop ; allure à laquelle il n'est pas habitué.

Le babillard qui laisse éventer son secret est un sot. Le taciturne qui, à force de se taire, rend les autres discrets, l'est un peu moins ; le babillard discret qui ne tait que son secret, recueille le bien d'autrui, en gardant le sien.

Ne jamais parler de soi et de ses affaires sans nécessité, et mettre tant qu'on peut les autres sur le tapis.

Faire dire par les autres le mal qu'on pense de ses ennemis, en les louant des qualités voisines de leurs défauts et de leurs vices.

Ne jamais parler le premier, si ce n'est de la santé, de la pluie et du beau temps.

Avant que déparier, il faut se recueillir un instant, afin de se bien mettre en scène, c'est-à-dire afin de fixer l'œil alternativement sur le but probable de l'interlocuteur, et sur le sien propre ; à peu près comme au jeu de dames, on s'occupe d'abord des coups à parer, puis des coups à faire.

Quand on a en tête de ces gens agressifs dont la conversation est un tissu de personnalités, ne se jamais mettre sur la défensive, mais toujours porter la botte au corps, leur faire dire leur catéchisme en leur demandant par ces questions des

d'un jeune habitant d'épone 125

déterminations dans le genre qui leur est le moins I familier, et dont ils se piquent pourtant.

Veux-tu surmonter en apparence Thomme qui parle bien, ne parles pas, ou ne parles que du f visage.

! Dans les discours d'action, il faut éviter le style littéraire dont on se défie, et être fin en style simple.

f XII

;, Quand on veut émouvoir fortement^ rendre

' son homme malade, fou, et Tenlacer par la parole d'honneur, ou par un écrit, il faut contraster , fortement, brusquement et fréquemment.

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