MORTE EM MER
morte, la pauvre chérie! Eh bien, Je vais vous conter ça.
« Faut vous dire d'abord que son père, Pierre Le Maguet, était un ancien gabier comme moi, un vieux camarade. Au Bourget, quand l'amiral La Roncière a mis sa casquette dorée au bout de son sabre et nous a lancés, la hache au poing, sur les maisons crénelées, nous marchions coude à coude, Pierre et moi, et c'est lui qui m'a reçu dans ses bras, quand ces sacrés Prussiens m'ont envoyé un pruneau de plomb dans la cuisse. Le soir même, à l'ambulance du fort, Pierre me tenait la main pour me donner du courage, pendant que le major me charcutait ; et il était là encore, mon brave Pierre, le jour où l'amiral m'a apporté ma médaille dans mon lit... Mais, à la fin, ces gueux de Prussiens ont le dessus. On signe la paix, bon! et on nous renvoie chez nous. Moi, avec ma jambe de bois, je n'avais plus qu'à manger ma retraite comme une vieille bête. Mais Pierre, qui avait tous ses membres au complet, lui, s'engage dans un équipage de pêche. Là-dessus, sa femme meurt d'un chaud et froid, et le laisse tout seul avec cette petite Nona, qui allait sur ses dix ans.
« Naturellement, pendant que le veuf était à la mer, c'était moi, son matelot, moi, vieux garçon, qui m'occupais delà petite. Une bonne
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et gentille enfant, monsieur, bien courageuse et bien douce! Sommes-nous allés assez souvent, tous les deux, sur les bancs de rochers, à la mer basse, pour ramasser des tourteaux, des crevettes, quelquefois un homard! Ah! nous faisions une paire d'amis !
« Ça va bien comme ça pendant deux ans. Nona avait fait sa première communion, grandissait, poussait comme un chardon de sable. Mais voilà qu'un jour de gros temps, où VAviélie, le bateau que montait Le Maguet, avait du mal à revenir à l'échouage, voilà que le patron n'amène pas à temps son foc et son tapecul, et qu'il va se perdre, corps et biens, sur cet écueil que vous voyez d'ici... tenez, un peu plus à tribord. Il y avait quatre hommes d'équipage : le patron, deux matelots, dont mon pauvre Pierre, et le mousse. Mais la mer n'a jamais voulu ramener que trois noyés à la côte et a gardé mon camarade. Nona devenue orpheline, j'ai fait de mon mieux pour remplacer son père, ça va sans dire. Mais l'enfant, même après le gros coup de douleur passé, ne se consolait pas. Et savez-vous surtout pourquoi, monsieur? A cause d'une idée qu'ont toutes les femmes d'ici. Elles s'imaginent, voyez-vous, que, pour ne pas rester une âme en peine jusqu'au jour du Grand Jugement, il faut reposer en terre consacrée. Nous ne croyons pas à toutes