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MORTE EN MER

ces bêtises-Ià, nous autres, qui savons comment les choses se passent, quand il y a un décès à bord. Je la connais, la cérémonie : le cadavre dans un sac goudronné, boulet au pied, sur une planche, près du bordage, et le commandant tête nue, le livre à la main, qui lit tout haut l'office des morts. Mais les femmes de chez nous sont tout au bon Dieu, vous savez bien, et Nona se mit à brûler des cierges dans tous les Pardons du voisinage pour le repos de l'âme de son père.

« Cependant, malgré tout, le temps est un fameux marchand d'oubli, et Nona, au bout de quelques années, me faisait l'effet de se consoler un peu. Du reste, ça ne l'avait pas empêchée de « forcir » et d'embellir; et ce n'est pas parce que je l'aimais comme un père, mais, parole d'honneur ! elle était la plus fraîche et la plus jolie jeunesse de la paroisse. Nous vivions si heureux ensemble! On n'était pas riche, bien sûr, mais, bah ! on s'en tirait tout de même. J'ai ma pension, ma médaille, et puis, nous allions toujours, Nona et moi, chercher du homard dans les roches. Le métier n'est pas mauvais, et il n'y a qu'un danger, celui de se laisser surprendre par la marée montante... Ah! misère! C'est comme ça qu'elle a péri, la pauvre petite!...

« Un jour que mon rhumatisme me clouait

au logis et qu'elle était allée seule à la pêche, un jour comme aujourd'hui, tenez, ciel clairet grand vent, voilà que les fouilleurs de roches, en revenant avec leurs paniers pleins, s'aperçoivent que Nona manque à l'appel. Pas de doute possible, bon Dieu ! Elle s'était attardée, elle avait été cernée par le flot, elle était morte en mer!... Ah! quelle nuit j'ai passée, monsieur! A mon âge, oui, un vieux dur-à-cuire comme moi, eh bien, j'ai sangloté comme une femme ! Et le souvenir me revenait alors de la croyance de la pauvre fille, que, pour aller au ciel, il fallait qu'on vous enterrât dans le cimetière. Aussi, dès que la mer se mit à baisser, je me traînai sur la plage et je partis avec les autres à la recherche du corps.

« Et nous l'avons retrouvée, ma Nona, poursuivit le vieux marin dont la voix s'altérait. Nous l'avons retrouvée sur un rocher couvert de varech, où, se voyant perdue, la brave mignonne, elle s'était arrangée pour mourir. Oui, monsieur, elle avait noué ses jupes avec son fichu, au-dessous de ses genoux, par décence, et, conservant toujours son ancienne idée, elle s'était attachée aux goémons par ses cheveux, par ses beaux cheveux noirs, certaine ainsi qu'on la retrouverait et qu'on la mettrait en terre sainte... Et, je peux le dire, moi qui m'y connais en bravoure, il n'y a peut-

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