Oeuvres
Jl n''en est pas de la réfutation d'un système de philosophie morale comme de la discussion d'un ouvrage historique. Une histoire se compose de faits, les uns vrais, les autres faux, d'autres douteux ;, de faits qui n'ont en euxmêmes rien de nécessaire , rien qui ait pu ne pas arriver, ou ne pas arriver autrement , et qui souvent n^ont entre eux d'autre liaison que de s''être passés dans le même pays et dans le même temps. La critique est donc obligée de II. 1
suivre l'historien pas à pas, de parcourir avec lui la suite des époques , de revenir sur les détails des événemens pour lui apprendre ce qu'il a ignoré, pour distinguer ce qu'il a confondu , éclaircir ce qu'ail a obscurci , et de là il peut résulter un ouvrage aussi étendu que riiistoire elle-même.
Mais un système de philosophie morale est un enchaînement de raisonnemens qui tous tendent à un but, celui d'établir une opinion. Cette opinion à prouver est le pivot sur lequel roule toute la machine du système, et le point unique auquel tout se rapporte. Si ce point est prouvé , le système cesse d'être une simple hypothèse , et il prend son rang parmi les véiités ; s''il est contesté, le système n'est encore qu'une supposition qui a besoin d'hêtre fortifiée par de nouvelles preuves; mais s'il vient à être renversé, Tédifice entier s'écroule, il n'y a plus de système ni même d'hypothèse, et quelquefois l'erreur, une fois démontrée prouve toute seule la vérité de l'opinion opposée. Les raisonnemens de l'auteur peuvent être conséquens , mais il est parti d'un principe erroné ; les faits allégués peuvent être vrais, mais ils s'appliquent à un autre ordre de
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vérités. Il suffit donc , dans Texamen d'un système de philosophie , de s'attacher à la conclusion générale que l'auteur en a tirée, et delà discuter directement et en elle-même. Cette marche abrège même la discussion , et j'en fais ici l'observation pour tranquilliser les lecteurs qui compareroient le nombre des volumes plutôt que la force des raisons.
C'est donc sous ce point de vue que nous allons considérer le système dominant dans quelques traités modernes de physiologie, et plus expressément développé dans les Rapports du physique et du moral de l'homme. Il est possible que les physiologistes ne conviennent pas de tous les faits avancés dans cet ouvrage, et il paroit même que l'auteur n'est pas toujours d'accord avec le savant Barthez, dans ses Nouveaux Elémens de la science de l'homme. Il est possible encore qu'une saine logique n'en trouve pas tous les raisonnemens concluans ; la philosophie ne voit que le résumé du système qui est que notre ame est non un être y mais une simple faculté de notre organisation, ou plutôt que notre ame est notre organisation elle-même f que les opérations de l'intelligence et de la volonté se trouvent confondues à leur
4 l'ame n^est pas le résultat
origine avec les autres mouvemens vitaux, tels que la digestion , la circulation , la sécrétion, etc.; que la physique de V homme fournit les bases de la- morale , que la saine raison ne peut les chercher ailleurs , etc. y et qu* enfin l'homme m,oral n'est que l'homme physique considéré sous un autre aspect.
Cest là ce que tous les faits , tous les raisonnemens, toute rérudition physiologique, anatomique, médicale, physique et métaphysique de beaucoup d'ouvrages tendent à prouver. Mais si la physique a ses faits, qui ne peuvent être que des moui^emens , la morale a les siens, qui sont des actions; et deafaits purement matériels ne prouvent pas plus, pour ou contre , une vérité morale , que de simples raisonnemens ne prouvent, pour ou contre, la certitude d'un fait' physique.
Lorsque les physiologistes abandonnent le terrain ingrat de l'anatomie , ces champs de mort ^ lugentes campos, déjà épuisés, pour se jeter sur les terres fertiles de la morale, il semble que ce ne seroit pas trop, pour une si téméraire entreprise , du concert de tous les savans. Cependant , sans parler des Stahl , des Haller, des Ch. Bonnet, ces maîtres de la science de
rhomme physique qui ont reconnu , qui ont défendu Vexislence propre, la spiritualité de Tame comme la vérité la plus certaine et le fondement nécessaire de toute discipline et de toute société , on trouve, parmi les physiologistes contemporains , des opposons à la doctrine des matérialistes, et qui, loin de penser que l'organisation soit la cause productive de la pensée, ne la regardent elle-même que comme une abstraction , une qualité occulte et imaginaire, avec laquelle on ne peut pas même rendre raison des fonctions purement matérielles de nos organes et des mouvemens vitaux. Le docte Barthez, défenseur du système du principe vital , et qui prétend que sa doctrine diffère essentiellement de toutes les autres , s'élève contre celle que nous combattons. Après avoir parlé de quelques sectes de physiologie, « j''aurois pu, dit-il, considérer » comme formant une secte nouvelle quelques » auteurs qui , dans ces derniers temps croient » qu*'on a des idées suffisantes sur les forces » productives de toutes les fonctions du corps » humain vivant , lorsqu''on a dit que ces fonc- » tions sont opérées par l'organisation qui est M propre à ce corps et à ses difl'érentes parties.
M Mais 1°, il est impossible de concevoir Ta- » nalogie nécessaire qu^on suppose exister en- » tre la forme d'organisation d''une partie et le » genre de la fonction à laquelle celte parti e » est destinée exclusivement.
» 2° On ne peut imaginer que la première » production et le renouvellement des mou- )) vemens d'une fonction propre à un organe » déterminé quelconque aient lieu en vertu de » la simple organisation ou structure de ces » organes, cette structure, quelque parfaite i> qu'on la suppose , ne pouvant être connue » que comme une chose passive incapable de •' se donner du mouvement.
)• 3° On ne sauroit expliquer comment, dans » un organe d'une structure quelconque supî> posée, auquel on donne , si l'on veut , toutes >/ les facultés physiques connues, des succes- I) sions et des combinaisons de mouvemens » physiques pourroient faire naître des phéno- » mènes, tels que ceux du corps humain vivant, » phénomènes différens de tous ceux que peu- >) vent opérer des forces physiques , mécani- >' ques ou chimiques.
)) Le nombre des objections qu'entraînent ces u suppositions incompréhensibles est incalcu-
M lable,etd''ailleurson manque à ce que prescrit » la bonne méthode de philosopher dans la » science de l'homme, lorsqu'on soutient, avec » quelques physiologistes, que c'est la sensibi- »> liléqui est le principe de la vie dans l'homme » et les animaux. »
Ceux qui attribuent à la seule organisation du corps humain le principe des fonctions et des actions de l'homme, et qui placent en particulier dans l'organe cérébral la cause de toutes ses déterminations morales, ressemblent à un villageois qui , introduit dans la maison d'un grand seigneur, s'imagineroit que tous les gens , qu'il voit occupés aux divers emplois de la domesticité , agissent pour leur propre compte, et constituent à eux seuls le gouvernement de la maison ; et si par hasard il alloit plus loin que les cours ou l'anti-chambre , et qu'il pénétrât jusqu'à l'intendant, il s'en retourneroit persuadé qu'il a vu le maître , et ne se douteroit seulement pas que cet homme, qui lui a paru exercer sur toute la maison un empire si étendu , n'en est lui-même que le premier domestique. Nos organisateurs tombent précisément dans la même méprise , lorsqu'ils attribuent la puissance ordonnatrice à l'en-
8 lVme n'est pas le résultat
semble des organes, qui ne sont que les instrumens de la volonté, et qu'ils donnent à toute cette machine, pour directeur suprême, Porgane du cerveau, qui n'est lui-même qu'un premier ministre. Il est remarquable de voir avec quelle facilite les inventeurs de ces systèmes comprennent tous seuls ce qui paroîtaux meilleurs esprits absurde et contradictoire; cette organisation si passive et si frêle , cause unique des fonctions les plus actives; toutes ces parties de chair et de sang qui deviennent par leurs rapports, ou plutôt par leur juxtaposition, dans un certain arrangement, pensée, jugement, volonté, imagination, mémoire; cette structure d'un jour qui remonte par la pensée dans le passé le plus reculé, ou s'élance dans l'avenir le plus lointain ; ce point qui
mesure l'étendue cette fraction qui calcule
l'infini.... cet atome qui embrasse l'univers — Et en effet , pour réduire cette dernière considération à la précision d'un raisonnement philosophique, si la pensée est le résultat de l'organisation corporelle, la force physique est plus évidemment encore le résultat de cette même organisation, puisque cette force se compose à la fois et de la force partielle de cha-
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que organe, et de la force générale qui naît de la perfection des rapports que tous les organes ont les uns avec les autres ; mais la force physique de rhomme, la plus grande qu^on puisse supposer, ne s'exerce cependant que dans la sphère d'activité de son organisation ; je ne peux voir, entendre;, atteindre, hors de la juste portée de mes organes , saisir ce qui est à dix toises de moi, voir ou entendre ce qui est à une lieue. Là où s'arrêtent mes organes , là finit l'action de ma force organique, à moins que je n'aide mes organes, ou plutôt que je ne m'en crée en quelque sorte de nouveaux, au moyen d'inslrumens que mon organisation pensante (suivant les auteurs du système que je combats) invente pour étendre ou fortifier mon organisation agissante, expression absurde, et qui démontre toute seule la fausseté de leurs opinions.
Ma pensée est donc , comme ma force physique, le résultat de mon organisation, et il est déjà assez étonnant qu'une même cause produise des effets si opposés, et que ce soit en moi le même principe qui so-ulève un poids de cent livres, et qui calcule la distance de la terre au soleil, ou médite un système de mo-
raie; mais pourquoi cette différence entre les deux produits d'une même combinaison? Pourquoi ma pensée, produit, comme ma force physique, de mon organisation, n''est-elle pas, comme ma force , circonscrite dans les limites de mon organisation? Pourquoi puis-je atteindre par la pensée ce qui jamais n''est tombé sous l'action de mes organes, voir ce qui s'est passé à mille lieues de moi, entendre ce qui s'est dit il y a mille ans? Mes organes touchent des lignes, je les mesure ; ils voient des quantités , je les calcule ; ils entendent des sons , je les répète : mon organisation fait tout cela , je le veux; mais mes organes ont-ils embrassé Yétendue? ont-ils vu Xindéfaii? ont-ils entendu Vharmojiie? Et cependant ma pensée en analyse les propriétés, en combine les rapports; comment l'organisation est-elle si bornée et le résultat de l'organisation si étendu, et pourquoi l'effet est-il hors de toute proportion avec sa cause? Je veux encore qu'avec l'organisation actuelle on puisse expliquer la pensée du présent; mais comment expliquera-t-on la pensée du passé, et surtout de l'avenir? Je veux qu'avec l'organisation actuelle on puisse rendre raison de la mémoire , et qu'on accorde à cette orga-
DE L ORGANISA.TION CORPORELLE. 1 î
nisation l'étonnante faculté de revenir sur des impressions que mes organes ne ressentent plus , et qui sont pour eux comme si elles n^avoient jamais été, tandis qu'elle ne peut revenir sur les sensations qui ont le plus douloureusement affecté mes organes, ni sentir à volonté, dans un moment, les impressions qu'ils ont éprouvées dans un autre ; mais comment expliquera-t-on la prévoyance , c'est-à-dire, la pensée à des choses qui ne sont pas encore , et qui peut-être ne seront jamais (i) ? Mais non, si notre pensée n'*est que le résultat de notre organisation , nous ne pouvons avoir dans la pensée plus d'étendue et d'activité que n'en ont les organes , pas plus qu'une mécanique, organisée pour indiquer les divisions du temps , ne peut mesurer celles de l'étendue. L'homme , je le suppose pour un moment, pensera ace qui tombe actuellement et immédiatement sous l'action de ses
(1) Il semble que l'homme ait plus de prévoyance à mesure qu'il a moins de mémoire , et les vieillards, qui ne se souviennent plus de ce qu'ils ont fait la veille, sont toujours inquiets du lendemain. Est-ce un bienfait de la nature qui nous détache du passé à mesure que nous avançons vers l'avenir?
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organes, il pensera à sa vie si fugitive, à ses plaisirs si courts, à ses chagrins si cuisans, au jourquisVcoule, àTinstantquifuit, à Thomme qu'il voit -, mais là seront les bornes insurmontables de sa faculté de penser, et jamais ce qui s'est passé avant lui , ce qui se passera après lui, ce qui se passe hors de lui et loin de lui, ne sera l'objet de ses méditations. Mais, s'il ne peut avoir dans sa faculté de penser plus d'étendue qu'il n'a de force et d'activité dans ses organes , encore moins pourra-t-il avoir des pensées et former des jugemens contraires aux impressions que ses organes lui transmettent; car où est-ce que le résultat de l'organisation prendroit des notions opposées aux notions reçues et transmises par les organes? et comment l'organisation pourroit-elle juger droit ce qu'ils voient courbe , en mouvement ce qu'ils voient fixe , proche ce qu'ils voient éloigné, grand ce qu'ils voient petit? et cependant l'exercice le plus habituel de notre jugement n'est-il pas de redresser les erreurs de nos organes et de rectifier leurs rapports? Pour l'homme ainsi considéré, tout seroit vérité, rien ne seroit ecreur et illusion ; tout seroit en réalités, rien en apparences, puisqu'il n'auroit
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aucun moyen ni en lui , ni hors de lui , de distinguer l'illusion de la vérité, et la réalité des apparences (i). Ainsi, quand mes organes me rapportent ou des paroles prononcées ou des actions faites dans le dessein de me tromper, ce seroit mon organisation qui verroit, dans ces paroles ou ces actions , des intentions contraires à celles que ces paroles ou ces actions annoncent^ comme ce seroit encore mon organisation qui jugeroit parfaitement parallèles deux allées d'arbres que mes organes , à une grande distance, voient s'approcher continuellement Tune de l'autre. Non-seulement l'intelligence de l'homme redresse coptinuellement les rapports mensongers de ses organes, mais son industrie , qui n'est que son intelh'gence mise en action , est perpétuellement occupée
(1) QuandVean courbe un bâton, ma raison le redresse, a dit un poète : mais n'est-ce pas ma raison qui redresse à tout instant les objets qui se peignent renversés dans ma rétine? Si c'étoit l'organisation qui à tout instant fit ce redressement, comment supposer dans les plans simples et infaillibles de la nature l'organisation constamment et sans relâcbe occupée à se corriger ellemême, et à redresser sans cesse les objets qu'elle pcindroit sans cesse renversés , si toutefois la vision s'opère de la manière dont nous le jugeons.
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à aider la foiblesse de ses organes, ou à suppléer à leur impuissance. Ainsi, ces instrumens innombrables et si ingénieux que les difFérens arts emploient pour leurs opérations, sont proprement de nouveaux organes que Tame se donne , des organes artificiels qu'elle ajoute à ses organes naturels. Ainsi , l'ame voudroit mesurer des yeux du corps les espaces immenses des cieux, ou considérer les plus petits objets sur la terre ; elle voudroit transporter son corps dans les airs ou sur les eaux ; elle voudroit écarter les obstacles les plus puissans, soulever des poids immenses , connoitre , sur la vaste étendue des mers, le point de la lerre vers lequel elle se dirige : ses organes se refusent à des actions qui passent leurs forces. Alors elle invente les télescopes et les microscopes, les vaisseaux et les aérostats, le cric et les cabestans, la poudre à canon et la boussole. Loin que notre organisation pût ainsi suppléer à la foiblesse de ses propres organes, il est absurde de supposer qu''elle pût même la connoitre, puisque toutes ses connoissances ne peuvent lui venir que de ses organes, dans le système que je combats, et que la connoissance de leur foiblesse ne peut naître que d'une
DE L ORGANISATION CORPORELLE. i5
comparaison avec des obstacles extérieurs à notre corps, et par conséquent tout-à-fait étrangers à notre organisation , et sans rapport possible avec elle.
Mais combien ce triste système paroîtroit-il plus absurde encore, si nous en faisions l'application à ce que la pensée seule aperçoit, ce qui ne tombe en aucune manière sous Faction des organes ! Le poète (i) erre dans la campagne; ses yeux se fixent sur le ruisseau qui Tarrose ; il voit un foible rameau détaché de V arbre voler sur la surface de Veau. Là, forcé de flotter au gré de l'onde, tantôt il surnage, tantôt ildisparoit; il rencontre , sur son passage j ici des bords fertiles, là des rifles sauvages, et, parmi ces erreurs, il fuit, il vogue jusqu'à ce qu'il s'ensevelisse sans retour au sein
des mers inconnues Ce sont là des images
que les sens rapportent à l'observateur, et qu'ils rapporteroient également à tout homme, même à tout animal. Mais Yhomme inspiré, s'élevant à de hautes idées, dans ce ruiseau , voit, ou plutôt pense la vie. Dans ce foible rameau, il pense Thomme entraîné par le cours
( J ) Chartreuse de Grasset.
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irrésistible des tempsdaDS toutes les vicissitudes de la fortune, tantôt heureux, tantôt malheureux jusqu*'au jour fatal qui termine sa course et le précipite dans V abîme àe l'avenir. Cette allégorie, si animée à la fois et si juste, ces idées philosophiques qui sortent si naturellement d'images toutes matérielles, je le demande, sont-elles aussi un eflPet de l'organisation? Estce la même organisation qui voit le ruisseau et son cours, la vie et ses alternatives, et qui fait un rapprochement si ingénieux et si vrai entre des choses si opposées? ou bien avons-nous une organisation qui s'arrête au côté physique de cette allégorie, une autre qui en considère la moralité, et une troisième qui saisit , entre des objets si étrangers les uns aux autres , un rapport d'une vérité si sensible et si parfaite? Mais cet organe cérébral lui-même, premier ministre de Tame, suivant les uns, Pâme elle-même suivant les autres ; cet organe dont Tauteur des Rapports a fait tout le moral de rhomme, en ajoutant d'une manière si tranchante : « Cest cela , ce ne peut être rien de plus, n et qu'ail appelle ailleurs V homme intérieur, le croit-on suffisamment connu, et en lui-même et dans ses rapports avec la faculté
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de penser? L''auteiir ignore lui-même quelle partie de cet organe est requise pour Popération de la pensée , ou même si Tintégrité de cet organe est nécessaire. Il avance comme un fait certain , et confirmé par l'expérience , que l'hydrocéphale ou hydropisie du cerveau empêche Taction de la pensée , et le docteur Gall prouve , par des faits , que cette maladie du cerveau ne trouble pas toujours les facultés intellectuelles ; en sorte que ce viscère pût nager dans sept ou huit livres de fluide aqueux sans en être moins propre à remplir ses fonctions ; observation qui , pour le dire en passant , ruine le système des organisans , et même ne paroit pas facile à accorder avec celui de leurs adversaires, et conduiroit à ne voir avec Descartes que dans une infiniment petite partie du cerveau Pinstrument nécessaire de la pensée. Haller, si ma mémoire ne me trompe pas^ rapporte l'observation d'un homme à qui il manquoit une partie considérable du cerveau sans qu'il sentit de dérangement dans ses facultés intellectuelles, M. Pinel , connu par l'étude profonde qu'il a faite de l'aliénation mentale et le traité qu'il en a donné , n'a pas toujours trouvé de lésion sen- II. 2
i8 l'ame ?{'est pas le résultat
sibledansle cerveau des aliénés; et l'anteurdes Rapports, dont les assertions et les opinions de M. Pinel contrarient le système, insinue, avec tous les ménagemens requis, lorsqu'on s'adresse à un observateur de ce mérite, que M. Pinel compte un peu trop , dans le traitement de cette maladie , selon lui purement organique et physique, sur les remèdes moraux et le régime des habitudes. Enfin cet organe cérébral , à qui le matérialisme attribue avec confiance les plus inexplicables opérations de notre être , est lui-même encore si peu expliqué^ que les commissaires nommés par l'Institut pour examiner la doctrine anatomique de MM. Gall et Spurzheim , pensent que, « même en adoptant la plupart des idées » de ces deux savans , on seroit encore loin de )) connoître les rapports et les usages de tou- » tes les parties du cerveau ; ce qui leur fait » dire qu'ils finissent presque avec autant de doutes qu'ils avoient commencé. »
Cette manie de recourir à la physiologie pour expliquer les opérations de notre entendement a existé de tout temps; mais les hommes capables de faire autorité s'en sont garantis. Nous citerons entre autres Locke ,
Leibniz et toute Técole écossaise. Voici comment s'explique à cet égard M. Duguald-Stewart , Tun des membres les plus distingués de cette célèbre école : « Quand on a bien reli connu un fait général, et que la vérité en » est solidement établie, par exemple, les lois » de l'association des idées , la dépendance » où est la mémoire de l'espèce d''efFortqueron )^ nomme attejition, nous avons fait tout ce )» qu'on peut exiger de nous , tout ce que Ton » peut prétendre dans cette branche de la » science. Si nous n'allions jamais au-delà des y) faits prouvés et attestés par la conscience » de ce qui se passe au dedans de nous^ lesré- » sultats que nous obtiendrions ne seroientpas « moins certains que ceux qu''ont obtenus les » physiciens. Mais si notre curiosité va au- » delà, et si Ton tente d''expliquer Tassociation » des idées par certaines vibrations supposées , » ou par d'autres changemens supposés dans T> Tétat du cerveau , ou encore si Ton prétend » expliquer la mémoire en supposant des im- » pressions ou des traces dans le sensorium ou )) le siège corporel de la sensibilité, on mêle » manifestement un recueil de faits ou de vé- » rites importantes et bien constatées avec des
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» principes qui reposent sur de simples con- » jectures. »
Au reste , quand les matérialistes ne pourroient désigner avec certitude la partie du cerveau à laquelle il faut rapporter la faculté de penser , ni même s'il faut du tout la rapporter à cet organe , ils n'en sont pas embarrassés , et savent où la placer , puisque nous avons vu qu'il leur semble que , dans certains cas , on puisse penser et vouloir par d^ autres organes (i) et certains viscères particuliers ; obser—
(1) Quelques médecins , sans dire qu'on puisse penser par le moyen d'autres organes que le cerveau , placent dans les viscères du bas-ventre le siège de l'aliénation mentale. On trouve au" Journal de l'Empire, du 2o décembre 1 809 , une observation rapportée par le Narrateur de la Meuse, qui semble contredire cette opinion. Des noms trop respectables s'y trouvent mêlés pour qu'on puisse en suspecter la vérité. Il s'agit d'un cul-de-jatte qui vit à Toid (Meuse) des bienfaits de S. M. le Roi de Bavière , et qui , par l'effet d'une compression graduée soufferte dans ses premières années, n'a plus , à proprement parler, de viscères au bas-ventre , puisqu'il ne fait aucune sécrétion par les voies ordinaires , et seulement , une demi-heure après avoii* mangé, rejette par la bouche les alimens, et « cepen- » dant jouit d'une bonne santé, a le son de voix agréa-
DE l'organisation CORPORELLE. 21
vation curieuse assurément , à laquelle il est difficile d'ajouter foi sur la parole d'autrui, et dont malheureusement un homme sain d'esprit et de corps doit désespérer de pouvoir jamais vérifier sur lui-même l'exactitude.
La preuve fondamentale que l'auteur des Rapports donne de son opinion ; cette preuve, qui commence à la première page , pour ne finir qu'à la dernière, et qui retentit comme xmenote fondamentale dans tout l'ouvrage, est que la faculté de penser correspond toujours à l'état des organes, et que les idées varient suivant les âges, les sexes , les tempéramens, les climats ; mais cette assertion hasardée, qui souffre une infinité d'exceptions , et demande de nombreuses explications , fût-elle vraie de tous les hommes et dans toutes les circonstances , quelle force pourroit-elle prêtera un système , lorsqu'elle peut être revendiquée , et avec plus d'avantage encore par le système opposé ?
» ble , une tète ordinaire , assez de barbe , et s'est han bitué à rester , dans son chariot , exposé à l'air les » trois quarts de l'année ; il est âgé de 64 ans. »
22 l'AiME n'est pas LE RESULTAT
En efl'et, si Tune des conditions de Tunion de Tame et du corps est que Vame , tant qu'elle reste unie à cet instrument matériel, ait besoin, pour la réalisation de la pensée ou sa manifestation même mentale, du ministère du cerveau; si le cerveau lui-même , en vertu des lois générales de notre organisation , est lié par des rapports nécessaires avec ses autres organes , soit avec ceux de qui il reçoit les impressions qui font les images , et les expressions qui revêtent ses idées, soit avec ceux qui, servant à la nutrition générale de notre corps, entretiennent la vie au cerveau comme dans les autres viscères , il est impossible que le cerveau ne se ressente pas en quelque chose de l'état sain ou malade, fort ou foible, des autres organes, et que la pensée ne se ressente pas aussi de l'état du cerveau , non dans la faculté de penser, qui est indépendante des organes, mais dans l'exercice de cette faculté , et l'expression même intérieure de la pensée pour laquelle le ministère du cerveau paroît nécessaire.
Ainsi , dans l'enfance , la lésion ou la lassitude de cet organe , la pensée, ou plutôt son expression , pourra se montrer plus lente, plus
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obscure, moins présente, moins capable, non précisément de considérer, mais plutôt de nommer toutes les faces d'un objet et tous ses rapports. Elle recevra tous ses développemens, lorsque l'organe qui lui sert de moyen aura acquis toute la perfection dont il est susceptible, vu sa constitution native, et qu''il se trouvera dans un état de force et de santé ; elle paroîtra s''afFoiblir ou même s''éteindre, lorsque l'organe cérébral tendra à sa dissolution , et que le corps aura perdu le mouvement et la vie. Il n''y a rien dans ces diverses circonstances qui ne s'*explique aussi naturellement dans le système des spiritualistes , qui font du cerveau le ministre et l'instrument de Tame , que dans le système des matérialistes , qui en font Tame elle-même; et jusque-là aucune des deux opinions ne peut s''en servir contre Topinion opposée. Cette vérité peut être rendue sensible par une comparaison.
Je suppose que je voie pendant la nuit , et de très-loin , une lumière qui soit renfermée dans un vase de cristal : ce verre sera le milieu à travers lequel cette lumière parviendra jusqu'à mon organe; mais si quelqu''un, que je ne puis apercevoir à cause de Téloignement et
^4 l'ame n'est pas le résultat
de l'obscurité , enveloppe le cristal de diverses matières successivement moins transparentes, et à la fin tout-à-fait opaques, il est évident que la lumière me paroitra tantôt plus vive, tantôt plus foible , et qu''à la fin elle disparoîtra entièrement ; cependant la lumière sera toujours la même , et ses divers états apparens ne seront que l'effet de la transparence ou de l'opacité du verre qui la renferme , et quand je la jugerai tout-à-fait éteinte, elle conservera tout son éclat , qui seulement sera intercepté par l'interposition du corps qui la dérobe à ma vue.
Notre ame est cette lumière que nous voyons de très-loin , et seulement à travers le corps auquel elle est unie , et qui est le milieu qui nous transmet la connoissance de ses opérations, et la manière forte ou foible, obscure ou distincte dont elles s^exécutent. Ces diverses apparences ont donc un rapport nécessaire avec les divers états de force ou de foiblesse de nos organes corporels , et par conséquent avec l'état de dissolution finale, qui nous fait croire aussi que l'ame s'affoiblit et se dissout. Et cependant, une fois persuadés que le corps est instrument nécessaire de Panie, qui, dit
DE l'organisation CORPORELLE. 25
Stahl, ne peut rien faire sans son ministère, anima nihil agere potest sine corporeorum organorum ministerio , nous ne pouvons pas plus conclure la mortalité de l'ame de la dissolution des organes , que nous ne pouvons , dans Texemple cité, conclure TafFoifolissement ou l'extinction de la lumière des divers états sous lesquels elle paroît à nos yeux.
Un fait observé par les médecins, et avoué par les physiologistes , vient contredire le système de ceux qui font constamment dépendre Vétat de Tame de celui des organes. Cest le surcroît d^intelligence, porté quelquefois jusqu'à une sorte d'inspiration, qui paroît chez les mourans dans quelques maladies. Une opinion universelle en a même fait une loi , et a attribué aux dernières leçons et aux dernières volontés des mourans un caractère auguste et solennel. SiVélal de Tame se ressentoit toujours de l'état des organes, comme il n'est pas possible, vu la correspondance de tous les viscères , que le cerveau ne souffre du dérangement total et de la dissolution prochaine du corps, il semble que les opinions générales où les lois puisent leurs motifs auroient pris une autre direction, et les familles n'auroient res-
pecté, les législateurs ii'auroient consacré que les avis et les volontés de Thorame en pleine santé , et le seul état de maladie grave , même sans aucune autre preuve d*'afFoiblissement moral, auroit rendu suspectes de foiblesse ou de défaut de liberté suffisante les dernières paroles des mourans.
D'un autre côté , nous voyons que le corps se meut à l'occasion et à la suite de certaines déterminations que nous rapportons exclusivement au cerveau , parce que nous n'en avons aucune conscience dans aucune autre partie de notre corps. Les partisans du système d'organisation pensante en concluent hardiment quele cerveau seul donne l'impulsion aux autres organes ; ils jugent à peu près comme un enfant qui, voyant une troupe manœuvrer au son du tambour, s'imagineroit que le tambour est l'unique cause des mouvemens que la troupe exécute , et qu'il y a un rapport d'impulsion et de direction entre une peau frappée par des baguettes et un régiment. Il faudroit lui apprendre que le tambour n'est que le moyen ou l'instrument d'une volonté supérieure, qui a préétabli une harmonie constante entre tel son et tel mouvement.
Je ne donne pas des comparaisons pour des preuves rigoureuses , mais comme des moyens pour les faire mieux comprendre. Les comparaisons sont dans la nature de notre esprit, parce que tout , dans Tunivers , est rapports et harmonies, même entre le monde physique et le monde moral; et lorsque, dans les sociétés humaines , et jusque dans la conduite de la vie, tout se fait par intelligence et avec raison, un système sur Thomme où Ton veut établir que tout dans Thomme , et même son intelligence, est le résultat de l'organisation matérielle, c'est-à-dire mouvemens aveugles et impulsions mécaniques , est un système disso~ liant qui met l'homme en contradiction avec Tunivers, avec la société, avec lui-même; ce système, fondé sur des abstractions, est toujours en dehors de notre nature , et ne peut s''introduire dans nos esprits à Taide d''aucune comparaison , parce que lui - même ne ressemble à rien et ne peut être comparé à rien.
C'est même là une des causes de la sécheresse de tous les écrits des matérialistes , qui , en ne parlant que corps et matière , ne peuvent cependant animer leurs compositions par des
figures, qui sont des comparaisons de la nature morale à la nature physique. En effet, ces comparaisons ne peuvent avoir aucun sens pour ceux qui ne voient dans le moral que le physique considéré sous un autre aspect , et pour qui les pensées ne sont que des mouvemens. Quand je dis : Cette pensée est claire , je sous-entends que cette pensée se montre distinctement à mon esprit, comme Tobjet éclairé par la lumière se montre à mes yeux ; mais cette même expression figurée , traduite par un matérialiste , ne signifiera autre chose , sinon qu'un mouvement est semblable à un mouvement , et un corps à un corps.
Mais il n'est peut-être pas aussi aisé qu'ils le pensent, aux partisans de l'organisation, comme cause productive de la pensée , d'expliquer cet état de l'homme , lorsqu'étant occupé d'une pensée qui le maîtrise tout entier, les organes paroissent insensibles aux douleurs les plus aiguës, aux privations les plus pénibles, ne s'aperçoivent pas même des besoins les plus impérieux , et que l'ame , être ou faculté , comme on voudra , semble se détacher tout-àfait des sens, et laisser, pour ainsi dire, sur la terre un corps qui l'importune , pour s'élever
toute seule dans les hautes régions de Tintelligence.
Cet état de l'ame est presque toujours involontaire; mais rhomme aussi peut se mettre lui-même , par un acte de sa volonté , dans un état qui ressemble en quelque chose à celui dont je viens de parler, lorsque , par exemple , il veut comparer entre eux, par le seul jugement de l'esprit et sans le secours d''aucun instrument , deux poids à peu près égaux, placés un dans chaque main. On voit alors , en quelque sorte, Tame se recueillir en elle-même et se séparer des objets extérieurs; elle défend à Tœil de voir, à Toreille d'entendre , à la langue même de parler, et impose silence à tous les corps qui Penvironnent , et au sien propre. De bonne foi , est-ce Forganisation qui , pour juger avec plus d'attention , tient ses organes dans l'inaction? Y a-t-il dans le cerveau, qu'on suppose averti, d'un côté par les nerfs qui partent de la main droite, de l'autre par ceux qui partent de la main gauche, du poids respectif des deux corps ; y a-t-il une troisième partie qui recueille les avis opposés , en estime la différence, et prononce son jugement? et n'est-ce pas évidemment l'ame qui, pour
3o l'ame «''est pas le résultat
écouter avec plus de recueillement le rapport des organes, et juger sur ce rapport avec moins de préoccupation, se retire, pour ainsi dire, dans son intérieur, et ferme la porte aux importuns qui voudroient la troubler ?
Il est d''autres faits, sur lesquels ceux qui regardent Inorganisation comme seule cause de la pensée me paroissent avoir le même désavantage, à regard de ceux qui regardent les organes en général, et Torgane cérébral en particulier comme les moyens et Tinstrument de l'être pensant.
On a vu assez fréquemment des enfans montrer même dès Tâge le plus tendre , une intelligence extraordinaire et des connoissances très-avancées. Le plus récent, je crois, de ces prodiges, et peut-être le plus merveilleux , est J. Ch. Baratier, mort en 1740, qui, à l'âge de quatre ans , parloit le français , le latin et l'allemand, apprit parfaitement le grec à six ans, avoit composé à neuf des ouvrages considérables, éloit versé à dix ans dans la littérature bébraïque, embrassa à douze ans toutes les parties de la philosophie et de la théologie, fut reçu à quatorze ans de Pacadémiede Berlin et, dans quinze mois seulement, apprit le droit
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public, et en approfondit toutes les parties. Tons ces enfans précoces, dontBailletarecneilli rhisloire, et Baratier entr''autres, étoient nés avec une constitution foible et délicate, et sont morts presque tous dans le second âge, et Baratier mourut à dix-neuf ans. On a vu , au contraire, d^autres enfans parvenus, dès le premier âge, à une force et à un accroissement physiques prodigieux, dont Tintelligence restoit au-dessous même de la portée ordinaire de l'enfance. Ceux qui ne regardent le cerveau que comme le moyen et le ministre de Tame, pour ses opérations même intellectuelles , peuvent dire que cet organe, le premier formé chez tous les animaux, plus tôt développé chez quelques enfans par quelque circonstance inconnue, arrêté chez quelques autres dans ses progrès, et peut-être même à cause de l'accroissement prématuré des autres organes, offre à Taine un moyen, plus tôt prêt dans le premier cas , insuffisant dans le second, d'exercer sa faculté de penser. Mais les partisans du système opposé , qui font résulter la faculté pensante de Tensemble de l'organisation (bien qu'ils appellent l'organe cérébral l'organe spécial delà pensée) , qui répètent sans cesse cti aphorisme d'Hippo-
crate, dans l'être humain tout concourt , tout conspire, tout consent, et veulent même que, dans certains cas^ on puisse penser par d^au très viscères que le cerveau , comment peuvent-ils expliquer^ dans quelques enfans, une faculté de penser si précoce et si active, avec une organisation générale si foible et si retardée, et, dans quelques autres une intelligence si tardive ou même si obtuse avec une organisation si forte et si hâtive ? Je sais qu'ils distinguent la force vitale de la force musculaire ; mais au fond, il n'y avoit pas plus de Tune que de Tautre chez ces enfans, prodiges d'intelligence, puisqu''ils ont presque tous mené une vie languissante et fini par une mort prématurée, tandis que les autres remarquables par leur accroissementphysique, ont eubeaucoup plusde force musculaire, et qu'à la longue d'une organisation si puissante auroit dû résulter, dans leur système, une intelligence plus développée. On peut même généraliser cette dernière observation, et remarquer que ce n'est nichezles hommes, ni chez les peuples les plus puissamment organisés, que se trou vêle plus d'intelligence et d'aptitude aux arts de l'esprit. Cependant il sembleroit que , dans le système de
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Torganisalion qui pense, de beaux hommes, des hommes bien organisés , dussent toujours ^ être des hommes d^esprit. En effet, on ne peut douter que l'organe cérébral n^ait des relations nécessaires avec les autres organes, et réciproquement. On voit même des enfans qui ont le siège de cet organe ou la tête trop grosse, sujets aux convulsions, et dont la force vitale est bientôt épuisée, et sans doute que l'excès contraire, je veux dire le resserrement et la dépression du crâne, produiroit un résultat semblable. Cette heureuse organisation qui constitue la santé, la beauté, la force physique, suppose donc une juste proportion de Torgane cérébral, soit considéré en lui-même, soit relativement aux autres organes, et alors il paroit tout-à-fait raisonnable de penser que, d'un ensemble si parfait d'organisation, devroit résulter une très-haute faculté d"'intelligence , si l'intelligence n'étoit que le résultat de l'organisation ; et cependant, par un effet tout contraire, il est reconnu depuis long-temps que certains vices de conformation produits par le rachitisme, sont un indice presque infaillible d'esprit.
La seconde preuve sur laquelle on insiste avec le plus de ténacité est l'influence que les II. 3
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âges, les sexes, les tempéramens, les climats, j|fc''est-à-dire , toutes les circonstances qui peuvent modifier l'organisation, ont sur les idées, et même Tauteur des Rapports a fait de ces diverses influences le sujet d^iulant de mémoires particuliers. Cette preuve cependant n'est qu'un long sophisme. Sans doute les goûts sont difFérens selon les âges, les devoirs etlesoccupalions selon les sexes, les humeurs selon les tempéramens, les appétits selon les divers états de la santé, les images selon les lieux, les habitudes physiques selon les climats; mais les goûts, les humeurs, les occupations, les habitudes, les besoins, les images même ne sont pas des idées, et, je le demande, une fois que la raison est formée, les notions générales, communes à tous les peuples, source de toutes les idées des hommes, fondement des lois de toutes les sociétés, ne sont-elles pas les mêmes chez tous les hommes et dans tous les lieux , malgré des différences individuellesoulocalesd'*àge,de sexe , de tempérament, de climat^ etc. ? Partout les enfans n'ont-ils pas l'idée de l'autorité de leurs parens, les femmes de la supériorité de leurs époux, les sujets du pouvoir de leurs chefs, tous les hommes de la puissance de la Divinité ?Connoit-on {juel-
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que état de l'homme raisonnable ou quelque partie du globe habité où les idées de bien et de mal, de juste et d'injuste soient totalement inconnues? N'ont-ils pas toujours été', ne sont-ils pas encore partout les mêmes, malgré des diversités d'âge, de sexe, de climat, de tempérament, ces sentimens, objets de tant d'idées d'amour et de crainte, de respect et d'obéissance, de tendresse paternelle, d'affection conjugale, d'amitié pour ses proches, d'assistance mutuelle entre voisins, d'attachement à son pays, de reconuoissance pour les bienfaits, de ressentiment des injures ? La fidélité à ses engagemens, le courage dans les dangers, la fermeté dans le malheur, la résistance à l'oppression, l'humanité envers ses semblables, l'usage libéral de ses biens, passent-ils quelque part pour des vices, et les idées attachées à ces vertus et aux actions qu'elles produisent, varientelles suivant les âges, les sexes, les tempéramens et les climats, comme la forme du corps, la qualité des humeurs ou la couleur des cheveux?
Quelques peuples, il est vrai, les yeux fermés à cette lumière qui éclaire les peuples civilisés, ont fait de ces idées générales cle fausses
applications locales. Ainsi, de l'idée générale de la Divinité, quelques nations ont fait le polythéisme, de ridée générale de pouvoir le despotisme, de l'union conjugale la polygamie, de l'idée de domination sur Tennemi vaincu l'esclavage, de Tidée de sacrifice l'homicide. Ainsi, chez quelques peuples abrutis, les enfans, par excès de piété filiale, abrègent les jours de leurs parens cassés de vieillesse, et chez quelques autres, les femmes, par excès de tendresse conjugale, se brûlent elles-mêmes sur le tombeau de leurs époux. Mais ces diversités, purement locales, ne viennent ni de Tâge, ni du sexe, ni du tempérament, ni même du climat, malgré tout ce qu'on a dit de son influence, puisqu'on a trouvé des mœurs et des coutumes tout opposées sous des climats pareils, ou des coutumes semblables sous des climats diÔérens. Ces variétés tiennentàdes causes purement morales, aux institutions politiques, et j^urtout religieuses, preuve décisive de la moralité (i) de
(1) Moralité se prend ici pour être moral; c'est la seule acception que la langue philosophique puisse donner à cette expression, dont on a fait de nos jours le synonyme de probité et l'éqtiivalent de religion : la
l'homme, indépendante des causes physiques, indépendante de son organisation et des climats qu'il habite , moralité, caractère essentiel de l'espèce humaine, qui la rend susceptible d'être partout uniformément constituée; et c'est cette uniformité de lois et de mœurs que le christianisme, ce puissant régulateur de l'homme et de la société a établi chez un grand nombre de peuples, et travaille depuis son origine à établir par toute la terre. Quand Pascal a dit w qu'il » suffisoit de trois degrés d'élévation du pôle ») pour changer toute la jurisprudence,» il a cédé, et ce n'est pas la seule fois, à son génie un peu exagérateur par une disposition chagrine. Partout le fond de la jurisprudence est le même, les formes seules sont différentes; nulle part l'assassinat et l'adultère ne passent pour des actions louables, pas même pour des actions indifférentes, et si l'on remarque dans les peuplades sauvages, et même chez quelques peuples plus avancés, trop d'indulgence pour le vol et la vengeance , c'est que , dans un état
dernière édition du Dictionnaire de V Académie a rejeté cette innovation, ainsi que les idées libérales et les éducations libérales.
de société brut encore ou imparfait , et tant que les hommes, faute d^institutionspubliques, ou de développement dans ces institutions, retiennent en tout ou en partie les mœurs et les habitudes de la société primitive et domestique, il est aisé, il est même naturel de confondre la possession et la propriété, et la vengeance privée avec la vindicte publique. Il j a donc un fonds d'idées générales où tous les peuples ont puisé une raison générale qui les a tous éclairés, une voix générale qui leur a parlé à tous. De là Tidenlité des idées générales chez tous les peuples; mais les uns ont mieux entendu que les autres cettevoixgénérale qui s'est fait entendre à tous; les uns ont mieux que les autres retenu ce qu'elle a dit à tous, et de là la différence des idées locales, qui ne sont que des applications des idées générales; et si ces différences tenoient à l'organisation, il s'ensuivroit que les nlàhométans sont autrement organisés que les chrétiens, ou si on les attribuoitau climat, comment expliqueroit-on Fopposilion de lois, de mœurs, de coutumes, quiexiste entre les Turcs et les Grecs, qui habitent le même pays ? Si nous passons à des objets moins importans, connoît-on quelque latitude, quelque âge quel-
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que sexe, quelque tempérament qui change les idées du géomètre , du physicien , de l'artiste^ sur les principes de sa science ou de son art? La littérature même, plus dépendante des opinions locales, n'a-t-elle pas des règles universellement reconnues par les bons esprits? Gonnoît-on quelque école qui préfère Claudien à Virgile , Vopisque à Tite-Live, Sénèque à Cicéron, Pradon à Racine? Si des climats difFérens présentent à la poésie des images différentes, ne retrouve- ^ t-on pas chez tous les peuples, même sauvages, des idées semblables sur le rhythme et la mesure propre au langage poétique, surTalliance de la poésie avec le chant et la danse, sur Pexpression figurée et métaphorique naturelle à la poésie et à Téloquence ? Les idées du beau moral dans les arts sont universelles, parce que leur type est dans la raison générale du genre humain ; celles du beau physique sont locales, et conformes au modèle que Tartistea sous les yeux. Là où tous les nez sont épatés, toutes les lèvres grosses, les os des joues saillans , les cheveux crépus , un peintre ne pourra attacher Tidée de la beauté physique à des formes différentes; mais il n'en cherchera pas moins à mettre Texpression du courage sur la figure de ses guerriers, et les traits
modestes de la pudeur et de la bonté sur celles de leurs femmes. Il est vrai que, même dans les sociétés où les idées générales sont le plus fixes, il se trouve des hommes qui ont des opinions différentes de celles du plus grand nombre, sur des objets importans, Dieu, l'homme, la société, nos devoirs. Mais que faut-il en conclure? je le dis avec une entière conviction, on doit en conclure qu^il j a plus qu'on ne pense de cerveaux dérangés sur quelques points, quoiqu'il:^ soient parfaitement réglés sur beaucoup d'*autres ; des hommes qui, à force dMmagination et de mémoire, se déguisent à eux-mêmes la foiblesse de leur jugement et la déguisent aux yeux des autres. « J^ai éprouvé moi-même, dit Tau- » teur des Rapports, que dans le paroxisme » fébrile , le cercle des intérêts et des idées se » resserre extrêmement, et que mes facultés mo- » raies et intellectuelles étoient réduites pres- » que uniquement à Tinslinct animal. » Il y a je crois, peu de mes lecteurs qui aient éprouvé dans un accès de fièvre, une pareille dégradalion de leurs facultés morales ; mais on doit être moins surpris que , dans cet état où une santé débilelejetoit habituellement, ce philosophe ait sijbrt resserré le cercle de nos idées et de no
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intérêts, et réduit à peu près à riristinct animal et à Torganisation qui nous est commune avec les animaux, nos facultés intellectuelles etmorales(i). Les hommes, dansPincertiludedeleurs jugemens, ont attaché Tidée de foiblesse et d'aliénation d^esprit aux erreurs de l'imagination, beaucoup plus qu'à celles de l'entendement, et ils la font consister à nier des faits particuliers, plutôt qu'à méconnoître des vérités générales. Un homme passeroit pour fou , s'il prétendoit qu'il n'y a jamais eu d'ordre et d'économie dans une maison qui subsiste depuis dix générations avec une fortune brillante et une grande considération, et il peut passer pour un sage, quoiqu'il soutienne qu'il n'y a que hasard et désordre dans l'univers. On le montreroit au doigt, on veilleroit sur ses mouvemens, s'il nioit qu'il y ait jamais eu de souverain en Turquie, et il peut siéger dans une académie en soutenant, et
(1) On voit des personnes dont la fièvre exalte au contraire les fonctions intellectuelles. M. Cabanis, dans un accès de fièvre , étoit réduit presque à l'instinct animal. J. J. Rousseau devint un homme de génie après une maladie , et puis fiez-vous aux pliysiologistes pour faire de la morale, et donnez vos accidens personnels pour des règles générales !
même par écrit, qu'il n'y a point de Dieu dans le monde, quoique assurément Texistence de la Divinité soit bien autrement nécessaire, et bien plus universellement connue que celle du Grand-Seigne ur.
L'enfant , il est vrai , aime le mouvement , et le vieillard le repos; Thomme est fait pour l'action extérieure et les soins tumultueux de la vie publique , et la femme pour les occupations paisibles du ménage. Les tempéramens bilieux sont , dit-on , plus propres aux affaires , et les tenipéramens sanguins plus adonnés aux plaisirs : l'état de maladie inspire quelquefois pour certaines choses ou certaines personnes des dégoûts ou même des aversions que Ton n'éprouve pas dans Tétat de santé. L*'homme, dans les climats du Nord , est velu, logé, nourri autrement que dans les 1-^^ P^ys méridionaux. Qu''est-ceque cela prouve ? N''est-il pas nécessaire , à prendre ce mot dans Tacception la plus rigoureuse, que les goûts varient avec les âges, les devoirs avec les sexes, les humeurs avec les tempéramens , les appétits avec la santé, les usages avec les climats? Que deviendroitla société, siPenfantaimoit le repos comme le vieillard, ou si le vieillard étoit lur-
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bulent comme Tenfant? si Thomme vouloit se renfermer dans les soins domestiques , ou la femme vaquer aux affaires publiques? La manière de se nourrir ne doit-elle pas varier avec les productions du sol , et la manière de se loger et de se vêtir avec la température du climat? La différence locale des usages, loin de prouver que Tame soit toute dans Torganisation^ atteste au contraire l'existence d^m principe actif et indépendant de volonté et de liberté , qui partout forme les usages de Thomme sur ses besoins, et règle les besoins sur ce qui est destiné à les satisfaire. Le végétal et Tanimal, déterminés par la seule organisation , sont , dans chaque espèce , invariablement fixés à un mode d**existence, d^appétits, d*'habitudes , de caractère , quelquefois de climat, qui affecte tous les individus, et hors duquel ils ne peuvent vivre. L'homme seul , maître universel du grand domaine de la terre , peut , à volonté en occuper tous les points ; et Tame habitue le corps à tous les climats comme à tous les régimes.
Toute cette doctrine , qui fait de la raison humaine une faculté physique qui varie avec râge,le sexe^ le tempérament, et de l'homme
44 l'ahiîe >'est pas le résultat
lui-même une plante soumise à foutes les influences du froid et du chaud, du sec et de rhumide, de la nature du sol, de la qualité des eaux, etc., fût-elle d'Hippocrate , est fausse et superficielle, en contradiction avec la raison et l'expérience; et elle a été combattue, même dès le dernier siècle, par des philosophes qui croyoient du moins à Thomme ^ à Fhomme moral, s''ils ne croyoient pas à Dieu. Je vais plus loin, et j'ose dire que toute société entre les hommes seroit impossible , s*'il n'y avoit pas dans tous les esprits un fonds commun d'idées et de sentimens uniformes , indépendant de tontes les variétés individuelles et locales; idées et sentimens par lesquels ils peuvent s'entendre entre eux et être gouvernés les uns par les autres ; et si tous, maîtres et sujets, étoient comme des baromèires, tantôt haut, tantôt bas, suivant l'état de Tatmosphère et le degré de leur sensibilité organique, rien ne seroit praticable de tout ce qui demande de l'union dans les sentimens , du concert dans les volontés, de l'ensemble dans les opérations.
Aussi l'avertissement le plus souvent répété dans les Rapports du physique et du moral
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est qu'il ne faut pas prendre à la rigueur tantôt un principe et tantôt un autre , qu'il y a des exceptions à celui-ci, des modifications à celui-là, parce qu**au fond, toute cette doctrine consiste en exceptions, et n'ofire pas un principe.
L'homme , dans ce système, est donc une masse organisée pour penser, une machine à penser , comme une horloge est une masse ou portion de matière organisée , c'est-à-dire, une machine à marquer les heures. L'homme " pense par le jeu de ses organes, comme l'horloge indique Theure par le mouvement de ses rouages 5 si l'horloge est l'ouvrage de l'homme, rhomme aussi doit son existence à son semblable; et si le mouvement de la machine artificielle doit, tous les huit jours, être renouvelé par la tension du ressort qui lui donne l'impulsion , le mouvement de la machine humaine ou la vie a besoin aussi, à peu près tous les jours , d'être entretenu , c'est-à-dire , renouvelé par la nutrition des organes qui la constituent : et toutes les deux finissent , Tune par le relâchement de ressorts qui ne peuvent plus être remontés, l'autre par la dissoUition d'organes usés qui ne peuvent plus être répa-
rés par la nutrition. Les fonctions de Thorloge sont , à la vérité , plus simples que celles de la machine humaine; mais aussi Tappareil de ses ressorts est bien moins compliqué, et dans les deux machines , le mécanisme est relatif à leur destination. Si les partisans de Torganisation pensante ou de la pensée organique veulent admettre cette comparaison , qui me paroît résulter naturellement de leur système , et être d''une parfaite exactitude, je me bornerai à leur présenter une réflexion.
" Cette machine artificielle qu'ion appelle horloge n'est que le moyen, X instrument , dont Tintelligence de Touvrier s'est servie pour marqjierles divisions du temps. Cette intelligence est réellement et constamment présente à la machine, quoique le corps de l'ouvrier en soit éloigné ; elle en anime les ressorts, elle en règle le mouvement, et peut seule le rétablir, s'il est arrêté ou dérangé. Toute mécanique, quel qu''en soit Tusage, considérée sous cet aspect, n''est jamais qu''un moyen de Tintelligence humaine, un nouvel organe qu''elle se donne, un corps artificiel dont elle s'est revèlue ; c*'est encore ici une intelligence servie par des organes, pour exécuter telle ou telle
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Opération avec plus de promptitude , de justesse et de continuité que ne pourroient le faire ses organes naturels ; et effectivement une horloge marque Theure beaucoup plus tôt et plus exactement même que ne le feroit un astronome. Ainsi, commander une montre à un horloger , c'est le charger de vous indiquer , pendant trente ou quarante ans que durera la monlre, à tout instant , et toutes les fois qu^il vous plaira de l'interroger, l'heure qu'il est avec la dernière précision.
C'est parce que toute mécanique, même la plus simple, est animée par l'intelligence qui l'a faite ou inventée, qu'on ne peut faire aucune mécanique dont l'animal puisse deviner le jeu ; même quand elle seroit à son usage, elle ne peut servir qu'à l'intelligence qui peut la comprendre, et toute mécanique, pour celui qui n'en a pas l'intelligence, est comme le télégraphe pour celui qui en voit les mouvemens sans en connoître le chiffre. Et le corps humain, cette machine si merveilleuse dans sa structure , si étonnante dans ses fonctions , que l'imitation mécanique la plus imparfaite de la plus simple et de la plus habituelle de ses opérations est le dernier eftort de l'art ,
4fr
48 lVsie n'est pas le résultat
et que l'artiste le plus habile, loin de pouvoir imiter les raouvemens du corps humaiu, ne peut pas même en imiter le repos, ni faire tenir une statue debout sur les deux aieds sans la fixer sur son piédestal ou lui donnertin point d'appui : cette machine ne seroit animée par aucune intelligence distincte de ses ressorts , et l'homme en cela inférieur, même aux mécaniques qui sont Touvrage de ses mains, ne seroit tout entier qu'un assemblage fortuit de muscles, de nerfs, de membranes une masse de chair et de sang qui pense comme elle digère, et d'où l'intelligence , sécrétion un peu plus subtile que les autres, se dégage , comme un gaz, par la fermentation !
Une autre preuve, et très-philosophique à mon avis, que le principe qui veut en nous est totalement distinct de la faculté qui se meut , ou , en d'autres termes , que l'ame n'est pas l'organisation, est que si nous n'étions au moral , comme au physique , qu'organes et organisation , nous ne pourrions jamais vouloir plus que nous ne pouvons ^//e; car où pren- &vo'i\.YoY^iy\niA\.\on pensante cet excédent de volonté que l'organisation agissante ue pourroit accomplir? Où celle-là puiseroil- elle
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ridée d'aune force que celle-ci n'auroit pas ? Si la pensée et le mouvement, le vouloir et le faire, résident dans le même principe, il n'y a pas de raison pour que ces deux facultés, dont Texercice simultané constitue la vie, soient en rapport inégal, et que Tune, qui ne peut agir que lorsque l'autre veut qu'elle agisse, et de la manière qu'elle le veut, ne puisse pas agir autant que celle-là le veut: ce seroit , non pas une erreur de notre nature, mais une contradiction impossible à concevoir, et notre organisation , cet ensemble si parfait et si bien ordonné , se trouveroit par là dans un état de désordre et de combat intérieur, où il est, même dans ce système, absurde de la supposer. Cependant combien de choses ne désirons -nous pas, auxquelles la portée de nos organes ne nous permet pas d'atteindre I combien d'efforts physiques ne ten(ons-nous pas, auxquels nos organes se refusent! Si notre organisation avoit en elle-même , ou, pour parler plus juste, étoit elle-même le principe de ses pensées et de ses connoissances, la première connoissance qu'elle auroit seroit nécessairement celle de ses forces; elle en auroit au moins Tinstinct qui Tavertiroit, même sans