‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 10 sur 16 · OL' DE LA CAUSE SECONDE · texte numérisé non relu

OL' DE LA CAUSE SECONDE

» et favorisées par rhnmidifé de ]a terre , se » sont peu à peu figurées à Paide de cette vie » interne de la matière, et elles ont donné " naissance à une sorte d^écume ou de limon .) gélatineux qui a reçu graduellement une )» plus grande activité par la chaleur du soleil. » Sans doute s on vit paroitre des ébauches in- » formes, des êtres imparfaits, que la main de » la nature perfectionna lentement en les im- » prégnant d^une plus grande quantité de vie : » d'ailleurs la terre, dans sa.jeunesse, devoit » avoir plus de force et 3e vigueur végétatives )) que dans le temps actuel, que nous la voyons «épuisée de productions.... Notre monde est » une sorte de grand polypier dont les êtres » vivans sont les animalcules. Nous sommes » dies espèces de parasites, de cirons; de même >) que nous voyons une foule de pucerons, de » lichens, de mousses et d'autres races qui vin vent aux dépens des arbres , nous sommes » formés de Pécume et de la crasse de la » terre. »

Il faut, avant d'aller plus loin, faire observer quelques contradictions entre le passage qu'on vient de lire et d'autres idées du même ouvrage ou de quelques autres, et quelques

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contradictions encore entre les raisonnemens et les faits que nous avons sous les yeux.

Si la chaleur du soleil a développe primitivement les germes terrestres jusqu\i en faire des hommes et des animaux, cette même cause toujours subsistante, et qui agit inégalement sur les diverses parties du globe, doit y développer inégalement les êtres animés, et les imprégner d''une quantité de force vitale plus ou moins grande, selon qu'elle s'exerce avec plus ou moins d"'intensité. L'ouvrage que j'ai cité reconnoît Fexistence toujours subsistante de cette influence, en plus ou en moins, puisqu'il dit que les extrêmes du froid et du chaud ne sont pas favorables à l'accroissement des êtres animés; et toutefois il affirme que les animaux, et même les hommes, sont plus forts et plus développés là où cette influence des rayons solaires est certainement la plus foible.

Les hommes du Nord, dit-il, sont toujours plus grands et plus gros que ceux du Midi ; les plus grands animaux marins , les oiseaux les plus forts, les baleines, les aigles, les condors, etc., se trouvent dans les mers du Groenland, ou sur les sommets des montagnes les plus élevées, et où l'air est le plus froid ; mais

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cependant il est certain qu'il se trouve un peuple de nains, les Lapons, àrexfrémilé la plus septentrionale de l'Europe, etune peuplade de géans, ou du moins d'hommes de la plus haute stature et de la plus forte corpulence, les Patagons, à Textrémité la plus méridionale de l'Amérique. Ces deux extrêmes de l'ancien et du nouveau continent sont-ils également chauds ou également froids? Pourquoi les hommes s'y sont-ils développés d'une manière si inégale? Si les extrêmes du froid et du chaud sont également contraires à l'accroissement des êtres animés, il devroit se trouver des nains sous la zone torride, comme il y en a près du pôle; ou, si les plus gros animaux se trouvent dans les climats les plus froids , on verroit des géans dans la Laponie, par la même raison qu'il y a des baleines dans les mers du Groenland , et qu'il y a eu des mammouths sur les côtes inhabitées de la mer Glaciale : car, dans ce système, tous les animaux, l'homme compris, ne sont que des individus de la même espèce originaire, et des modifications du même animal primitif; et cependant les nègres africains ne différent pas, pour la force et la stature , des Européens , et même en Europe f

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les Napolitains sont d'une plus haute stature que les Suédois ou les Russes. Mais continuons nos citations.

L'auteur des Rapports du physique et du moral de Vhomme donne aux mêmes opinions une enluminure plus philosophique; mais le long circuit qu''il fait faire à ses lecteurs les ramène au même résultat. On voit dans les assertions d'un Lamétrie, par exemple, Pétourderie d'un homme qui n'a rien à perdre , et qui, pour ainsi dire, jette les extravagancse à la tête de ses lecteurs, sans se mettre en peine de ce qu'ils en penseront; mais on sent, dans les Rapports du physique, les craintes d'un homme d'esprit qui, conduit à des opinions monstrueuses de physique par un système erroné de morale, les traverse avec précaution et comme un défilé dangereux, avoue son ignorance pour faire croire à ses lumières, doute pour mieux affirmer, fait un grand étalage de science pour éblouir le lecteur et échapper à son attention, à peu près comme un habile général qui, pour tromper l'ennemi , allume des feux dans son camp et se sauve dans l'obscurité.

11 commence par reconnoître (§11 de la

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F'ie animale) que « les circonstances qui dé- » terminent l'organisation de la matière sont » couvertes pour nous d'épaisses ténèbres que » vraisemblablement il nous est interdit de pé- » nétrer. » Les eflbrts que Von peut faire pour dissiper les ténèbres qui couvrent l'organisation primitive de la matière, fussent-ils suivis de quelque succès, seroient même sans résultat utile et positif, puisque l'auteur avoue, comme nous le verrons, que les êtres organisés ne se forment plus maintenant sous nos yeux que par des moyens qui n^ ont aucun rapport avec cette organisation directe fc'est-à-dire spontanée) de la matière, et jusque-là, il ne paroît pas trop raisonnable de chercher ce que vraisemblablement on ne trouvera pas, et ce qu'il seroit même assez inutile de savoir, si Von parvenoit à le découvrir. Mais, dans toute cette physique, on poursuit autre chose que des vérités physiques; c'est à l'idée morale de ■ la cause première qu'on en veut, et les recherches prétendues savantes sur les circonstances qui ont déterminé l'organisation de la matière, ne sont qu'un voile qui cache l'opinion de l'éternité de la matière et de la spontanéité de ses mouvemens. Aussi , malgré les épaisses

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ténchres qui les couvrent, et quoiqu'il nous soit vraisemblablement interdit de les pénétrer. Fauteur avance que « nous sommes dès » aujourd'hui suffisamment fondés à regarder » comme chimérique cette distinction que )> BufFon s''est efforcé d*'établir de ia matière » morte et de la matière vivante, ou des cor- » puscules inorganiques et des corpuscules or-

» ganisés Car, dit-il plus loin, Texpérience

» nous apprend qu'il n'est aucune substance » végétale qui, placée dans des circonstances » favorables, ne donne naissance à des animal- » cules particuliers, dans lesquels la simple » humidité suffit pour la transformer, et pres- » que toujours à Pinstant. Ici nous voyons » avec évidence la nature qu'on appelle morte, » liée par une chaîne non interrompue avec la n nature vivante ; nous voyons les élémens or- » ganiques se combiner pour produire difté- » rens corps organisés, et des produits de la )) végétation sortent la vie et le sentiment avec » leurs principaux attributs. Ainsi donc, à »• moins qu'on ne suppose que la vie est ré- » pandue partout, et seulement déguisée par M les circonstances extérieures des corps ou de » leurs élémens, ce qui seroit également cou-

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» traire à riiypothèse, il faut nécessairement » avouer que , moyennant certaines condi- » tions, la matière inanimée est capable de

» s^organiser, de vivre, de sentir; caries

» physiciens semblent être en ce moment à la 1) veille de déterminer au moins une partie des )) changemens qu'éprouve la nature, en pas- » sant de l'état organique à celui d'organi- » sation végétale, et de la vie incomplète d\in » arbre ou d'une plante à celle des animaux

)• les plus parfaits Demanderoit-on si

» riiomme et les grands aninïaux, que nous n ne voyons plus aujourd'hui se reproduire »> que par voie de génération , ont pu , dans » l'origine , être formés de la même manière » que les plantes organisées, et des ébauches » grossières d'animalcules? Nous l'ignorons

» absolument, et nous l'ignorerons toujours

» Il est certain que les individus de la race )) humaine, et les autres animaux les plus par- » faits, et même les plantes d'un ordre supé- » rieur, ne se forment plus maintenant sous )) nos yeux que par des moyens qui n'ont au- » cun rapport avec cette organisation directe » de la matière inerte f mais il ne s'ensuit point » qu'ils ne puissent en être produits par d'au-

» très voies, et qu'ils n'aient pu Têtre originaî- » rement d'une manière analogue à celle qui » maintient encore aujourd'hui toutes ces » espèces d'animalcules ignorés. » Enfin, l'auteur après avoir en quelque sorte donné à deviner sa dernière pensée, en la cachant dans plusieurs pages de conjectures scientifiques sur le changement successif des espèces primitives, sur les nombreuses modifications, j^^a^etre même sur les transformations importantes <{ue l'homme a pu subir; sur les altérations essentielles suvyenues dans l'organisation première de l'homme, même depuis un court intervalle; sur ^ancienneté de l'homme et la nouveauté de la dernière grande révolution du globe; sur les bouleversemens qu'il a éprouvés, circonstances d'où sont nées, dit-il, vraisemblablement des races toutes nouvelles, mieux appropriées à l'ordre nouveau des choses... Après toutes ces conjectures, dis-je, et toutes ces vraisemblances , l'auteur, qui a tenu l'esprit du lecteur assez long-temps en suspens, forcé enfin de lâcher sort secret, conclut avec embarras que, u si l'on part de ces données, «les unes certaines, les autres infiniment pro- » bables, il ne paroît plus si rigoureusement

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» impossible de rapprocher la première pro- » duction des grands animaux de celle des » animalcules microscopiques. » Certes, Tauteur, qui parloit en Van iv de la république, auroit pu exprimer hautement et clairement toute sa pensée, et Ton ne peut attribuer qu''à un sentiment de pudeur et de défiance de ses propres systèmes la forme négative el timide qu'il a donnée àTétrange assertion qui termine le long passage qu'on vient de lire.

Avant d"'entrer dans une discussion plus approfondie, qu''il nous soit permis de rapprocher de ces tristes systèmes sur Torigine de rhomme les croyances immémoriales des peuples les plus voisins des événemens et les plus éclairés en philosophie morale qui furent jamais, les Juifs et les chrétiens; ces croyances, appuyées sur les monumens écrits les plus respectables, et dont on retrouve, à chaque pas, les traces dans les traditions les plus anciennes même des nations idolâtres. Ces croyances nous apprennent que Tintelligence suprême a voulu que l'homme fût, et Phomme a été, et a été formé à Timage et à la ressemblance de son Créateur, et capable de le connoître et de l'aimer. Au commencement, nous disent-elles.

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Dieu créa Thomme ; il le créa mâle et femelle ; il le bénit, il lui ordonna de croître et de se multiplier. Et effectivement nous voyons l'homme aussi ancien que la terre qu'il cultive; nous le voyons constamment reproduit par Tunion des sexes; nous voyons les effets de cette grande bénédiction donnée à la race humaine dans la croissance de chaque individu qui passe de Tétat d''enfant à lage d'homme, et dans la multiplication de Tespèce qui passe de la société domestique à la société publique, sans que jamais aucun fait, venu à la connoissance des hommes, ait laissé soupçonner même la possibilité d'un mode différent d'existence et de reproduction. Aucune autre opération de la nature ne nous montre même avec plus d'évidence le rapport des moyens aux fins et l'intention bienfaisante d\me cause conservatrice. L'organisation physique de Thomme nous éclaire sur sa destination sociale , et dans le berceau de Tenfant qui vient de naître nous voyons le berceau de la société.

Les deux sexes rapprochés par la pensée et la parole, avant de Têtre par les affections, «""unissent : Thomme a commencé; la nature ne Ta pas jeté sur la terre comme un animal

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microscopique que sa petitesse expose à toutes les causes de destraction , et même avant qu"'il fût elle avoit préparé un abri à sa foiblesse. Long -temps elle le tient renfermé dans le sein qui Ta conçu, afin de donner le temps aux organes de s'attendre les uns les autres, et de se former chacun à leur tour pour se développer tous ensemble : admirable disposition qui mesure le temps de la gestation sur la force elle volume des organes^ comme la durée de la vie est mesurée sur le temps de l'accroissement. Le fœtus, dans ce premier état, incapable encore de vivre par lui-même, puisqueles moyens de la vie ne sont pas tous du tout- à-fait formés, vit de la vie d'un autre, ou plutôt d'une autre vie, de la vie de celle qui doit lui donner le jour. Il respire Tairque respire sa mère, se nourrit de ses alimens ; le sang de sa mère circule dans ses veines, il participe à ses mouvemens, et trop souvent ressent le contre-coup de ses passions ; il vit en elle, comme elle vit en lui : union mystérieuse, qui n'est pour l'animal que le commencement de la vie, et qui est pour l'homme le principe de toute société, et le germe de toutes les alfections et de tous les rapports.

En effet, lorsque cet être, encore invisible à tous les yeux, est parvenu au terme fixé à sa naissance, et lorsque les organes sout tous formés (car on peut remarquer que les enfans nés avant terme ont presque tous quelque organe imparfait), la mère et l'enfant se séparent Tun de l'autre; le lien qui les unissoit, même physiquement, se rompt, un lien moral le remplace, et de là vient que, partout où ce lien moral est affoibli, il n'y a plus même d'affections naturelles, et l'infanticide, quelquefois permis par les lois ou toléré par les mœurs , attend l'enfant sur le seuil même de la vie. Mais quandla-natufe abandonne Tenfant àluimême après l'avoir produit, son autre nature et désormais la seule, la société, l'accueille pour lui conserver la vie, et plus encore pour former sa raison. La femme n'est plus seulement la femelle de son espèce, elle est la mère d'un homme. L'homme n'étoit que mari, il est père. Un nouvel ordre de choses. Tordre moral, commence pour le petit de l'espèce humaine, et pour celui-là seul commence avec la parole, et avec la parole toute la société, pouvoir et protection du père, concours etministère de la mère^ dépendance et sujétion de

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l'enfant, auquel se rapportent, comme à leur centre, tous les exemples, comme tous les travaux de l'un, toutes les leçons comme tous les soins de Tautre. Tout se fait pour le plus foible , et rienparlui. La société touteentière gît dans cette étroite enceinte, où je ne vois qu''un€nfantqui souffre, une femme qui le nourrit, un homme qui le protège, peut-être quelques animaux, symboles de la vie agricole, cet élément de toute société, qui le réchauffent de leur haleine. Ne fût-ce que dans une étahle , tout est là, et dans le plus vaste empire, dans le monde entier, vous n'apercevrez ni d'autres personnes, ni d''autres rapports, ni une autre société.

Tous les faits relatifs à la reproduction de l'homme sont si constans, si universels, si inaltérables, que, même dès la plus haute antiquité, et aux époques de Thistoire qui se rapprochent le plus de l'origine de Tespèce humaine, la nature n'a pu déroger aux lois ordinaires de la génération des hommes sans produire une épouvante générale, et qu'un enfantement monstrueux, ou seulement déréglé, même dans les animaux, a été regardé comme r.n signe assuré de la colère céleste : preuve

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plus philosophique qu*'on ne pense d"'une opinion immémoriale, qui a sa raison dans un ordre des choses subsistant sans altération depuis Torigine des êtres. Tous les faits de la production physique de Thomme et de sa destination sociale se lient au fait primitif de la création de l'homme par une cause intelligente, à laquelle seule il appartenoit de coordonner, dans un si vaste ensemble et dans un ordre si parfait, la nature et la société, le physique et le moral, de prendre de si haut des choses elles-mêmes si hautes, et de commencer les devoirs les plus généraux par les afiéctions les plus intimes.

Mais quand nos livres sacrés nous disent que Dieu créa l'homme à son image et à sa ressemblance, ils renferment, sous la simplicité de cette expression, tout ce qu'il nous est permis de savoir du grand acte de la création. Là sont les bornes de notre connoissance, et lorsque la raison est assez forte pour ne pas les dépasser, elle se dit à elle-même que Pespèce humaine ne peut pas plus avoir d'idées de son origine, que Thomme ne peut en avoir de sa conception dans le sein de sa mère. Mais Tima- ^,ination, pour qui Tidée intellectuelle à^ cause

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est insaisissable, ou qui ne la saisit que par les moyens et les effets j demande comment et par quels moyens Dieu a créé Thomme, et, ne trouvant pas oii se prendre dans les paroles des livres saints, elle croit ne pas les concevoir, et elle nie Touvrier, parce qu'elle ne voit que l'ouvrage, et qu'elle n'a pas vu les instrumens dont il s'est servi, et le mode de son opération.

Au contraire, dans la naissance spontanée de l'homme par l'énergie de la matière, soit sous sa forme propre, soit sous celle de tout autre animal (car dans les passages que j'ai cités, on ne voit pas clairement quelle est sur ce point l'opinion des auteurs, ni même s'ils ont une opinion),i'imagination trouve la pâture qu'elle demande. Elle se figure un limon qui bouillonne aux rayons d'un soleil ardent, des corpuscules qui s'agitent, se rapprochent, s'agglomèrent, se développent, prennent la forme d'un embryon qui commence à poindre sur cette vase échauffée comme des vers sur des matières corrompues. Ceux qui pensent que l'homme a été primitivement un animal d'une autre espèce se figurent , sans doute, un têtard qui croit, qui s'étend, qui devient insecte ou repli. 17

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tile. Ils voient des anneaux qui se déroulent, des antennes qui s'alongent, se transforment peu à peu eu bras et en jambes. L'imagination se^^wre aisément tout cela, et Ton peut assurer que nos adversaires n'y voient pas autre chose, et qu'ils ne font que revêtir de grands mots de fort petites images. Mais la raison sévère vient à son tour, et lorsqu'elle veut appliquerdesnotionsdistinctesà ces représentations fantastiques, elle vl^ trouve plus que les rêves incohérens d'un cerveau malade. L'écume de la terre, écbaiiffée aux rayons du soleil, a produit l'homme, je le veux ; mais ce chef-d'œuvre de la matière est-il sorti du premier jet de ses fourneaux? Non, nous dit le nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle. « Sans doute on vit )) paroîlre des ébauches informes, des êtres imi) parfaits, que la main de la nature perfec- )) tionna lentement en les imprégnant d'une » plus grande quantité de vie. » « Ici , dit » Lamétrie, l'œsophage, manquoit ; là, l'esto- » mac, le ventre ou les intestins: car qu'on ne » croie pas que les premiers hommes soient ve- » nus au monde grands comme père et mère,. » et fort en état de procréer leurs semblables ! w La nature ou la matière a donc long-temps

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essayé, tâtonné, ébauché avant de produire rhoinnie. Mais la raison ne peuts^accor.imoder de cette supposition, à laquelle l'imagination se prête avec tant de complaisance. La nature a pu ébaucher les Alpes, et elle ne peut commencer un corps organisé sans le finir, parce que les Alpes, comme tout corps inorganique^ ne se sont accrues que ^ar juxia-position de nouvelles parties ajoutées aux premières par TefFet d'une cause externe, comme seroient les courans de la mer ou les attérissemens d'un fleuve, et que toutes ces parties, rapprochées et non réunies, n*'ont entre elles aucun rapport nécessaire, puisque les Alpes ne seroient pas moins les Alpes, quand elles auroient quelques mille toises de moins en hauteur ou en circuit, Mais un corps organisé et animé, dans lequel la vie résulte du jeu simultané et du rapport mutuel des organes, qui, une fois formés, s'accroissent par m^M5-^M.$c<?y?^/on^ c'est-à-dire, par une action intérieure qui développe les organes et en étend le volume sans en augmenter le nombre, un tel être périt tout entier ou plutôt ne sauroit vivre, s'il n'est qu'ébauché. L'ébauche née aujourd'hui ne ponrroit vivre jusqu'à (îemain pour attendre le complément nécessaire

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de ses organes, et Touvrage seroit toujours à recommencer.

Ainsi, à moins de supposer que l'homme , soit sous sa forme propre , soit sous la forme d'un animal, ait crû en une seule nuit, comme un champignon, la raison ne peut admettre qu'unechauched^homme ou d'animal, un estomac sans œsophage, des poumons sans intestins, des nerfs sans muscles, un cerveau sans ventre ou sans veines , aient pu, en attendant leur complément nécessaire, résister au double principe de décomposition qui résultoit de Thumidité d'une terre abreuvée d'eau , ou de la chaleur d'un soleil brûlant : car il faut remarquer que, même dans les exemples que la nature nous fournit de cette incubation solaire pour des poissons ou des reptiles, l'embryon, renfermé sous une enveloppe solide ou gélatineuse, qui fait l'office de sein maternel, nage comme le fœtus humain dans un fluide qui intercepte l'humidité de la terre, ou amortit les feux du soleil.

En vain les partisans de ces étranges systèmes ont recours à l'hypothèse d'une plus grande quantité de vie, dont l'énergie de la matière imprègne successivementles ébauches, pour les

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amener toutes à l'état parfait de vitalité; la raison n'admet pas la vie comme quelque chose de distinct de Pêtre qui vit, et Pimagination elle-même ne sauroit se la représenter comme une liqueur que la nature tient en réserve, et qu''elle verse à dose plus forte ou plus foible, selon les besoins et la capacité de l'animal qui la reçoit.

La vie, je le répète, n''est point séparée de l'être qui vit, puisque la vie n'est que la durée de Têtre par le jeu de ses organes : la vie est le temps de Têtre animé, et le temps n*'est que la succession des êtres, et il ne seroit plus, si les êtres cessoient d'exister. L'animal n'a pas des organes mieux formés, parce qu'il a reçu de la nature une plus grande quantité de vie ; mais sa vie a plus de durée, et il l'exerce avec plus de facilité à mesure qu'il est mieux organisé. La vie est absolue ; sa force et sa durée sont relative^ Un être ne vit pas plus qu'un autre ; mais il vit mieux et plus long- temps, s'il est plus fortement organisé, parce que la force est l'exercice de la vie, comme la durée en est la mesure. Un être vit ou ne vit pas, il n'y a pas de milieu : la vie ne se pèse pas comme un solide, elle ne se iiuinère pas comme une quan-

tité; elle se prolonge comme un espace : îe chou que je coupç d'un coup de serpe n'a pas plus (le vie qu'un chêne que je n'abats qu'à coups répétés de hache; c'est moi qui ai moins de force, puisqu^un agent quiauroit relativement au chêne, la force quej'airelativementauchou, tel, par exemple, qu'un ouragan ou la foudre, déracineroit l'arbre en aussi peu de temps que j'en mets à arracher la plante. Un coup de gaule qui tue un serpent ne sauroit tuer un bœuf; mais le bœuf ne vivroit pas avec la petite quantité d'air qui suffit à un reptile.

Mais enfin cet homme ébauché que la nature n'achèvera peut-être qu'après des siècles, il est né, il faut qu'il vive, et qu'il reçoive de dehors une nourriture qu'il ne peut pas lui-même se procurer: « car, dit très-bien. La- >i métrie, ne croyez pasque les premiers hommes )» soient venus au monde grands comme père » et mère.... Ne croyez pas surtout qii^ lepre- « raier né ait trouvé un ruisseau de lait tout » prêt pour sa subsistance. Les autres animaux, I) émus de compassion à l'espèce de V embarras MOU il se trouvoit, ont bien voulu prendre » soin de l'allaiter : il faut cependant que la »» terre ait servi Ôl utérus à l'homme, qu'elle ait

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» ouvert son sein aux germes humains, déjà » préparés, pour que ce superbe animal ait pu » éclore. » Eh bien î tout cela est évident pour une imagination vive ; elle se figure sans peine, que dis-je? elle voit un crocodile, ému de compassion, qui sort du fleuve pour réchauffer ce nouveau-né, et le défendre de la dent des autres animaux ; elle voit une tigresse sensible qui accourt à ses gémissemens pour lui offrir sa mar^ielle. L'imagination se rappelle au besoin la louve de Rémus et de Romulus, et elle pourroit faire, sur ce sujet touchant, un tableau ou une romance ; mais la raison, pour qui riiistoire, même Thistoire romaine, n'est pas toujours une autorité, regarde le sort de l'espèce humaine commebien hasardé, si le soin d'élever Tenfance de Thomme est confié à la tendre sollicitude des animaux; et puis comment y avoit-il de grands animaux, lorsqu'il n'y avoit pas encore d'hommes? Pourquoi la nature, cette ouvrière si sage, a-t-elle commencé par les êtres les moins parfaits? Vous voulez qu'il n^y eût pas encore d'hommes : je nie qu'il y eût des animaux ; et quel moyen aurez-vous de combattre mon opinion ou d'établir la vôtre? Mais enfin, depuis qu'il existe

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des hommes sur la lerre, ne peut-on alléj^uer un fait, un seul fait d'où Ton puisse inférer cette naissance spontanée de Thomme, ou quelque tradition qui en atteste le souvenir ? N'y a-t-il plus d'humidité dans la terre ? Le soleil a-t-il perdu toute sa chaleur ? et cette chaleur, assez forte dans quelques climats pour changer la couleur de l'espèce humaine, ne l'estelle plus assez pour le faire éclore? Ces germes humains, dontla terreétoitoriginairement VutéruSj se sont-ils entièrement dissipés, tandis que les germes de toutes les plantes qui servent à la subsistance de l'homme s'y sont conservés ? ou enfin si la terre n'a plus assez d'humidité, ni le soleil assez de chaleur pour achever l'homme, n'en ont-ils plus assez pour l'ébaucher ? et lorsque la chaleur du soleil fait éclore des œufs d'autruche et de crocodile, ne peut-elle produire sur les bords du Nil et sous la zone torride quelque embryon, et comme une ébauche informe de l'homme ? A cela les auteurs du nouveau Dictionnaire répondent que (( la terredans sa jeunesse devoit avoir plus » de force et de vigueur végétatives qu'aujour- )» d'hui, que nous la Aoyons épuisée de pro- » ductions. » Vous vous trompez, leur dit l'au-

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teur des Rapports^ « la jeunesse de la terre » est éternelle, et sa fécondité inépuisable. » Lamélrie prononcera entre eux : « La terre, » dit-il gravement, ne pond plus d'hommes, » parcequ'une vieille poule ne pondplusd'œufs, » et qu'une vieille femme ne fait plus d^en- » fans. « L'observation est përemptoire ; il est seulement fâcheux, pour la solidité de ce raisonnement, que Lamétrie n'hait pas remarqué que si les vieilles poules ne pondent plus d'œuft , et les veilles femmes ne font plus d''enfans, la nature, aujourd'hui comme autrefois, fait naître de jeunes femmes et de jeunes poules. En vérité, ces systèmes, à force d'être philosophiques, ne seroient que bouffons, si le sujet étoit moins sérieux et les résultats moins déplorables.

Et que les physiciens, dont je veux parler, ne s'oftensent pas que je rapproche leurs opinions de celles d'un écrivain universellement décrié ; elles sont les mêmes au fond, et tout ce qui les distingue est que Lamétrie, en voulant particulariser son système ou le leur, je veux dire, en faire une application réelle et positive à des êtres existans, et alléguer des exemples pour le faire mieux comprendre, n'a

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pu dire que des choses ridicules, au lieu que nos savans, mieux avisés, n''ont garde de quitter les généralités où ils se renferment comme dans un nuage, et qu'ils se tiennent toujours dans le vague de la théorie, et au plus loin des applications; moyen infaillible d*'imposer aux simples, et de donner une apparence de profondeur à ce qui n'est pas même superficiel. Ainsi, queLamélrie dise crûment que la terre ifkpond plus d' œufs, ou que des auteurs plus récens disent que la vigueur végétative de la terre ei sa force d^ animalité sont épuisées; que Lamétrie nous avertisse de ne pas croire que les hommes soient venus d'abord grand comme père et mère, ou que l'auteur des Rapports, usant de longues circonlocutions, insinue « qu'il ne paroit plus si rigoureusement impos- » sible de rapprocher la première production » des grands animaux de celle des animalcules » microscopiques; » que Lamétrie nous dise » quMl faut que la terre ait servi (i^utéims à ») rhonime, » ou que Tauteur des Rapports, dans un langage plus scientifique et plus poli, avance que , f< moyennant certaines condi- »> lions, \i\. matière inanimée est capable de s'or- » ganiser, de vivre et de sentir, et qu'il n'est

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» aucunes substances végétales qui, placées >) dans des circonstances favorables , ne don- )) nent naissance à des animalcules dans les- » quels la simple humidité suffit pour les » transformer àTinstant; » ou enfin, que l'ouvrage plus récent de la Philosophie zoologique |30se en principe que « tous les corps » organisés de notre globe sont de véritables w productions de la nature qu''elle a successi- » vement exécutées à la suite de beaucoup de )) temps, » ce sont absolument , de part et d'autre, les mêmes pensées sous une expression différente, particularisée chez Lamétrie, généralisée chez les autres; c'est-à-dire , dans la langue de Farithmétique, 6 et 4 font lo, ou le traduire en expressions algébriques, et substituant des valeurs générales à des signes particuliers, dire, dans la langue de l'analyse, a-j- b==x.

Il est vrai que les faiseurs de systèmes, pour justifier la possibilité de ces générations spontanées dans les temps anciens, et rendre raison de ce qu'on ne voit plus aujourd'hui rien de semblable, se perdent dans une antiquité indéfinie, où ils ne risquent de rencontrer ni l'histoire, ni même la tradition; ils demandent un

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temps suffisant et des circonstances favora-^ blés; ils supposent des changemens successifs, de nombreuses modifications, peut-être des transformations importantes que les êtres ont subies, des bouleversemens àw globe, d^oii sont sorties vraisemblablement des races toutes nouvelles, mieux appropriées à V ordre nouveau des choses y et autres conjectures du même genre qu'ils appellent des données dont les unes sont certaines, et les autres sont infiniment probables. Rien de mieux, si la raison, dans ces prétendues vraisemblances, n'apercevoit une contradiction manifeste. En effet, si rhomnie est né primitivement de l'écume ou de la crasse de la terre abreuvée par les eaux, et fécondée par la chaleur du soleil, ou si d'abord, plante, insecte ou poisson, il est parvenu à la forme humaine par une longue suite de transformations, il y avoit donc primitivement, et antérieurement à toute production de rhomme, une terre, de Teau , du feu , de la lumière, de l'air, des animaux, des plantes; il y avoit donc tous les élémens, mêmes toutes les substances, l'homme excepté, qui existent encore sous nos yeux, et dans ces élémens et ces substances les mêmes qualités que nous y

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apercevons, puisque la jeunesse de la terre est éternelle, et sa fécondité inépuisable.

Mais si la nature d'alors étoit la nature d'aujourd''hui, si elle ofFroit les mêmes agens de production et de conservation, et dans ces agens les mêmes qualités de sec et d'humide, les mêmes propriétés de dissolution , d'absorption, d'évaporation, de combinaison, de fermentation, car il faut tout cela dans le système que je discute; s'il y avoit, même antérieurement à l'homme, des animaux et des plantes, sur quel fondement probable peut-on penser que l'espèce humaine qui seule habite l'univers, que les autres espèces ne font que peupler, fût seule absente de son domaine? Ceux qui pensent, avec raison, que l'univers physique et tout ce qu'il contient est fait pour l'homme, loin d'admettre que les agens purement physiques aient pu, après des myriades de siècles , ébaucher l'homme, et enfin le produire par des combinaisons et des fermentations de leurs principes, trouveront^, au contraire, dans l'existence de la nature matérielle, une raison suffisante, si elle n'est pas une preuve démonstrative, de l'existence simultanée de rhomme. Ils verront le proprié-

taire aussitôt que son habitation, et le maître aussitôt que le domaine. Ils ne voudront pas croire qu^il pût exister tant de merveilles lorsqu''il n'y avoit encore aucune intelligence qui pût les admirer, tant de bienfaits lorsqu'il n'y avoit aucune affection qui pût en jouir, tant de propriétés lorsqu'il n^j avoit aucune industrie qui pût les mettre en œuvre. Il est vrai que cette preuve morale, et qui n"'en est que plus philosophique, ne sera pas admise par les partisans du système opposé, qui poussent la modestie jusqu^à ravaler l'espèce humaine au niveau, ou, peu s'en faut, au dessous des autres espèces : conséquens à leur principe, qui fait dériver toutes les qualités morales et même Tinlelligence de la force, du volume, de la position des organes, et confond, à leur source, le physique et le moral, ils mesurent tous les êtres au pied et à la toise, et s*'étonnent, s''ofténsent peut-être , que la nature étant si vaste, et rhomme si petit, nous voulions subordonner à un point Timmense étendue de la terre et des cieux. Foibles philosophes! ils sont vains de leur esprit, et ils nient l'existence propre et la noble nature de l'intelligence; ils prêchent l'abjection à l'espèce, et réservent l'or-

ou DE LA CAUSE SECONDE, 27*

gueil pour Tindividu! Et ils ne savent pas que n lous les corpS;, comme dit Pascal, le fîrma- >» ment, les étoiles et tous les ro^'aiimes, ne va- » lent pas le moindre des esprits; car l'esprit » connoît tout cela, et le corps, rien.

Je le répète, Timagination, qui se fait à ellemême un monde fantastique qu^elle peuple et qu'elle anime à son gré, peut se représenter des productions fortuites par le mouvement spontané de la matière organique ou inorganique; mais la raison, qui ne connoît et ne peut concevoir que des réalités, ne sauroit admettre que le moindre atome se meuve sans i uipulsion, pas plus que le rocher que j''aperçois de mes fenêtres, limite immémoriale des héritages, qui attendroit, Téternité toute entière, que la main de Thomme ou un tremblement de terre vînt Tarracher de ses fondemens.

Mais il y a une réflexion générale à opposera tous ces systèmes. Leurs auteurs se jettent dans une antiquité indéfinie; ils font le temps pour faire leurs êtres, et supposent, antérieurement à tous les êtres matériels, un temps qui n'est que la mesure de leur durée. « Mais, leur )> dit M. Haûy, dans son Traité de minéralo- » ffie^ cVst un fait dont plusieurs géologues

» très-célèbres s'accordent aujourd''hui à re- » connoître Texistence, que nos continens sont » d'une date peu ancienne, et Ton a recours » sans fondement, pour expliquer leur forma- )) tion, à des causes qui auroient agi pendant )» une série de siècles capable d'^elFrayer Tima- )) gination(i). »

Certes , c''est une étrange présomption ou une inconcevable fureur de détruire, que de raisonner sur une hypothèse que contredisent les croyances morales des peuples les plus éclairés, et qui est combattue par le sentiment des physiciens les plus habiles ; et il semble qu'il faudroit au moins Taccord parfaitement unanime de tous les savans en physique, pour attaquer, avec quelque apparence de raison, les opinions universelles de morale.

Les défenseurs de ce système, pour rendre probable la naissance spontanée de Phomme par Ténergie de la matière, supposent, comme

(1) Le plus célèbre de nos naturalistes, M. Cuvier, a mis cette thèse hors de dispute. Voyez , dans le Discours préliminaire de son grand ouvrage sur les animaux fossiles, les preuves que ce savant donne de la nouveauté de nos continens, et de la révolution récente (hi globe.

ou DE LA CAUSE SECONDE. 273

démontrée, la production spontanée des animalcules aperçus aii microscope, et alors, dit Tauteur des Rapports , « il ne paroît plus si )> rigoureusement impossible de rapprocher la )» première production des grands animaux de » celle des animalcules microcospiques. D'un )> autre côté, selon le même auteur, il estcer- )) tain que les individus de la race humaine, » les autres animaux les plus parfaits, même » les plantes d'un ordre supérieur, ne se for- » ment plus maintenant sous nos yeux que par » des moyens qui n^ont aucun rapport avec » cette organisation directe de la nature inerte, m Mais, pourroit-on lui dire: Vous supposez » que les animalcules naissent spontanément )> de la matière, c'est-à-dire qu'au moyen de M circonstances favorables, ainsi que vous le » dites adroitement, la farine devient ver, le )) vinaigre anguilles, même le corps humain » insectes dans quelques maladies, et vous en )) concluez que les grands animaux, même les )) plantes d'un ordre supérieur^ ont pu, dans » Tétat primitif des choses, naître de la même » manière, et vous posez en principe un faitin- « certain, pour n'en rien dire de plus, et vous » en lirez une conséquence hasardée. Et moi, II. iS

274 JDE l'homme

)> je ne suppose pas, maisj^affirme que l'homme, )) les grands animaux , les plantes d'un ordre » supérieur, naissent les uns des autres par voie » de génération et de germination, et j''en con- » dus que les animalcules naissent de même, M c''est-à-dire, les uns des autres, quel que soit n le mode de reproduction, et j'ai pour principe » un fait incontestable, et pour conséquence » une analogie irrésistible. Vous ne trouvez » pas rigoureusement impossible de rapprocher » la première production de Thomme et des «grands animaux de celle des animalcules n microscopiques, et je trouve souverainement » raisonnable de rapprocher la première pro- » duction des animalcules microscopiques de la » production actuelle de rhomme et des grands » animaux. Qu'importe que votre microscope » n'ait pas pu saisir ou la différence des sexes » ou leur union, et la production même des » embryons? les bornes de votre instrument » sont-elles les bornes de la nature ? N'eût-on » pas été fondé, avant l'invention des micros- » copes, à regarder comme fabuleuse l'existence » d'animaux mille fois plus petits qu'un ciron, » et pouvons-nous affirmer que des yeux plus » perçans que les nôtres, ou armés d'instru-

ou DE LA CAUSi: SECONDE. 275

» mens plus parfaits, n''apercevroient pas un » monde d'animaux plus petits encore ? Si le )) germe d'un grand arbre n'est qu'un infini- » ment petit comparé à l'arbre lui-même, le » germe ou l'œuf d'un animalcule sera un in- )> finiment plus petit qui se dérobera à toutes )) les observations, et la divisibilité de la ma~ )) tière à l'infini ne reçoit-elle pas ici sa plus w juste, sa plus rigoureuse application? Si je y> n'aperçois, par aucun moyen, l'reuf d'où sort » le plus petit insecte qu'on puisse imaginer, » ma raison conçoit que cet œuf ayant deux )) bouts et quatre côtés, il peut y avoir encore » des œufs beaucoup plus petits ; et peut-être » cette idée de divisibilité indéfinie dé la ma- » tière, où nos sens trouvent sitôt des bornes, w et où notre raison ne sauroit en assigner, » n''a-t-elle d'autre objet que de nous faire com- » prendre la possibilité de la reproduction des » êtres les plus petits par les mêmes voies que » celles qui assurent sous nos yeux la rcpro- » duction des plus grandes espèces. »

En un mot, tous les animaux, même dans les plus petites espèces, naissent sous nos yeux les uns des autres, quoique de manières différentes. Dans certaines espèces , les sexes sont

276 DE l'homme

distingués ; dans d'autres espèces ils sont réunis dans le même individu, quelquefois ils ne sont pas même aperçus, et Tanimal se multiplie ou paroit se multiplier, comme certaines plantes, par bouture. Mais enfin, tous les animaux ovipares ou vivipares naissent les uns des autres, et Tanalogie, cette raison universelle de jugement, c( qui montre à Tintelligence ce que » le corps ne peut sentir, » disent eux-mêmes les auteurs du Nouveau Dictionnaire , raison plus puissante encore lorsqu'*il s'agit des ouvrages de la nature, dont la devise est, selon M. Haijy, « économie et simplicité dans les » moyens; richesse et variété dans les effets; )) l'analogie plus sûre, sinon queTobservation, au moins que l'observateur, autorise la raison à rejeter du plan de la nature toutes ces naissances spontanées par les seules forces de la matière. 11 est même digne de remarque que le célèbre physicien que je viens de citer a fait au règne minéral l'application la plus heureuse de son principe sur ^économie et la simplicité des moyens qu'emploie la nature, puisqu'il a démontré que, dans la cristallisation des substances, elle donnoit constannnentdans chaque espèce aux cristaux les plus petits, et

ou DE LA CAUSE SECONDE. 277

qu''on peut appeler aussi microscopiques, la même forme qu''aûx plus grands, et les composoit tous, dans chaque genre, d''élémens solides semblables, qui en sont corrime le germe, et qui constituent pour ces corps une forme semblable de génération. Dans le règne végétal, les espèces les plus petites sont similaires avec les plus grandes. Un arbuste, une fleura ses racines, sa tige, ses feuilles, ses fruits ou ses graines, conraie le chêne ou le noyer. Elle naît, croit et se conserve par les mêmes moyens : pourquoi la matière se seroit-elle écartée, dans le seul règne animal, de son économie et de sa simplicité ordinaires; et tandis qu^elle fait naître les uns des autres, et venir d'un germe déposé dans le corps d*'un animal et fécondé par un agent quelconque tous les animaux que nous pouvons apercevoir, pourquoi se seroit-elle, sans nécessité, réservé la formation directe d^un ordre d'animaux qui se dérobent à nos yeux , et auroit-elle ainsi compliqué sa marche sans accroître ses résultats ?

En vain l'auteur des Rapports nous promet une suite des belles expériences sur la génération spontanée des animaux, désavouée jus -

qu'à nos jours par une saine physique ; ces expériences, qu^il est toujours utile d'annoncer (sauf à ne plus parler du résultat, s^'il n''est pas satisfaisant), sont toujours et nécessairement incomplètes , parce qu'il n^est au pouvoir d'aucune industrie humaine de soustraire la matière en infusion ou en dissolution à Tinfluence de Tair, véhicule de beaucoup de germes, de manière à être assuré qu''elle n''en contienne aucun, précédemment à Texpérience, que l'action de Pair ou de tout autre agent puisse développer après qu'elle est faite. Et , par exemple, il est probable que les vers de farine existent en œuf dans le grain de blé, où leur extrême petitesse les conserve entiers sous la pression de la meule, et qu''elle peut encore les conserver dans la farine, malgré la fermentation de la pâle ou même la cuisson du pain. On a même une preuve ou une présomption de l'indestructibilité des germes dans ce qui arrive aux graines céréales ou légumineuses, qui, quoique rongées par les insectes au point de ne plus offrir que IVnveloppe, ne laissent pas de lever une fois qu'elles sont semées ; et Ton peut croire que les germes ou les œufs, encore plus petits, des animaux mi-

ou DE LA CAUSE SECONDE. 279

croscopiques, peuvent échapper à des causes de destruction encore plus puissantes.

Il n'est pas inutile d'observer que, malgré le grand rôle qu'ion fait jouer aux animalcules infusoires pour pouvoir en conclure la production semblable des plus grands animaux à Toriginedes choses^ les animalcules qu'on avoit cru apercevoir là où ils devroient naturellement se trouver pour produire Vhomme, et sur lesquels on avoit élevé tant de systèmes, ont perdu tout crédit dans la physiologie moderne*, et certes, quelque importance qu'attachent nos savansà ce monde microscopique, il est difficile de penser que la nature quMIs font si bonne et si sage, ait réservé ses vérités les plus hautes pour le microscope, et qu'elle ne montre à nos yeux que des illusions.

Quoi qu'il en soit, si les hommes et les grands animaux, venus primitivement, comme les animalcules microscopiques, de la matière en fermentation, ne se produisent aujourd'hui que par voie de génération, comment s'est opéré ce prodigieux changement? Si la génération n'est pas entrée dans le plan primitif de la nature , comment est-elle devenue, dans son plan secondaire, le moyen unique et con-

28o DE l'hOM3IE

stant de perpétuer les espèces? Ces germes animaux, dont la terre alors étoit Vutérus, et que fécondoit la chaleur du soleil, comment se trouvent-ils aujourd''hui dans le corps des animaux, et sont-ils fécondés par des moyens qui n'ont aucun rapport avec les moyens primitifs? Quand la matière avoit au commencement des moyens directs de produire Thomme et les grands animaux, pourquoi a-t-elle surchargé cette opération si simple des laborieux mystères de la différence des sexes , de leur union, de la fécondation, de la génération, de Tenfantement, de Tincubation? Les sexes sont-ils aussi dans les plantes , comme dans les animaux, une arrière-pensée de la nature j et comme une variante de son grand ouvrage? On trouve à de grandes profondeurs des dépouilles d'animaux monstrueux , terrestres ou marins, dont Pespèce a disparu. Pourquoi leurs germes ne se trouvent-ils plus dans Xutérus de la terre, dont la jeunesse est éternelle et la fécondité inépuisable? Et ne seroit-ce pas plutôt que la reproduction de Tespèce ayant toujours été confiée aux individus, l'espèce a fini, parce que les individus ont péri par quelque cause qui nous est in-

ou DE LA CAUSE SECONDE. 2b>{

connue? A moins qu'on ne suppose, avec le nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle^ que ces grands animaux, ayant accompli la tendance qui les entraine tous vers le dernier degré et le plus parfait de l'animalité ^ar une sorte de grai>itation vitale^ sont devenus l'espèce humaine des contrées qu'ils habitoient.

Mais si, la génération n'étoit pas dans le premier plan delà nature, la paternité, la filiation, n'y étoient pas davan4^age. La société, qui n'est que le développement de l'une et de l'autre, n'y étoit pas non plus : la société même domestique est donc purement factice et adventive, et J. J. Rousseau a eu raison de dire que

la société n'est pas dans la nature Il fut

donc un temps où l'homme étoit aussi étranger à l'homme qu'un arbre, dans ^ne forêt, à l'arbre qui s'élève auprès de lui. Il n'y avoit entre eux ni rapports ni affections. Comme les hommes de Deucalion et de Pyrrha, nés de la terre, ils en avoient l'insensibilité, la philosophie, ramenée aux extravagances delà flible, put dire comme elle : Inde homine nati j durum genus.

Ce qu'il y a de plus étrange dans ces systèmes, c'est l'expression abstraite et le jargon

^S2 DE l'homme

métaphysique dont on les revêt, pour couvrir le ridicule des idées par le faste des mots. Je pourrois renvoyer le lecteur à un passage déjà cité au commencement de ce chapitre ; je préfère le répéter ici.

«( Tous les animaux , toutes les plantes , ne » sont que des modifications d'un animal, d'un » végétal originaire. Le règne animal n'est en » quelque sorte qu''un animal unique, mais » varié et composé d'une multitude d'indivi- » dus tous dépendans de la même origine. — » Les êtres les plus imparfaits aspb'ent à une » nature plus parfaite. — C'est pourquoi les es- » pèces remontent sans cesse à la chaîne des » êtres par une sorte de gravitation vitale. — » Les animaux tendent tous à Thomme, les » végétaux aspirent tous à l'animalité, les mi- » néraux cherchent à se rapprocher du végéj» tal. Notre monde est une sorte de grand » polypier dont les être vivans sont les ani- » malculcs, et nous sommes xles espèces de pa- » rasites, de cirons, de même que nous voyons )) une foule de pucerons de lichens, de mous- » ses et d^autres races, qui vivent aux dépens » des arbres. »

Ce qui paroît avoir mis ces naturalistes sur

ou DE LA CAUSE SECONDE. 283

la voie d'une idée aussi extraordinaire que celle d'un grand animal, prototype de tous les animaux, d'un grand végétal, prototype de tous les végétaux, est qu^ils ont observé des organes ou plutôt des facultés semblables pour Tassimilation des substances, la digestion, la sécrétion, la circulation, même la reproduction, dans les grands animaux et dans les plus petits^ ainsi que dans les végétaux. Mais il suffit d''une réflexion tout-à-fait naturelle pour expliquer ce phénomène et faire disparoitre les conséquences qu*'on en a voulu tirer. C'est que tous les animaux, grands et petits, et même tous les végétaux, formés des mêmes élémens, vivant sur le même sol, plongés dans les mêmes milieux, respirant le même air, animés par le même calorique, éclairés de la même lumière, soumis aux mêmes influences de la part des mêmes agens, logés; en un mot, dans la même habitation , et assis , pour ainsi dire, à la même table, ont dû nécessairement être pourvus d'organes semblables, pour exécuter des fonctions semblables sur un sujet semblable, pour respirer, voir, manger, digérer, se mouvoir, etc. On ne peut pas plus conclure de ces ressemblances générales dans

a84 DE l'homme

Tanimalité et la vitalité, la confusion originaire des espèces, qu''on ne peut conclure, dans chaque espèce, des caractères généraux qui sont communs à tous les individus, la confusion absolue de ces mêmes individus. Chaque espèce d'animaux pourra tout au pins être considérée comme un individu de Panimalité générale, comme chaque animal est un individu d'une espèce particulière. Cette distinction originaire et indestructible des espèces, des races, des individus, paroit être la volonté la plus constante de la nature, puisque, si elle souffre que quelques espèces différentes entre elles, mais rapprochées par des caractères essentiels, comme celles du cheval et de l'âne, s'unissent passagèrement, elle leur permet de produire un individu, et leur défend de former une nouvelle espèce. Cette distinction des espèces et leur fixité est, pour ainsi dire, un monument de la nature et le fait le plus authentique de son histoire; les espèces décrites par les plus anciens naturaUstes se trouvent sous nos yeux avec leurs mêmes caractères. u Depuis long-temps, lit-on dans le Rapport » sur les collections d'histoire naturelle rap- » portées d'Egypte, on désiroit savoir si les

ou DE LA CAUSE SECONDE. 285

» espèces changoient de forme par la suite du » temps... Jamais on ne fut mieux à portée de » décider pour grand nombre d'espèces remar- » quables et pour plusieurs milliers d'autres. Il » semble que la superstition des anciens Egyp- » liens eût été inspirée par la nature, dans la »» vue de laisser un monument de son his- » toire... On ne peut maîtriser les élans de son » imagination, lorsqu'on voit encore conservé, » avec ses moindres os et ses moindres poils, » et parfaitement reconnoissable , tel animal » qui avoit, il y a deux ou trois mille ans, » dans Thèbes ou dans Memp||i^, des prêtres » et des autels. » La distinction des espèces est le rondement de Tétude des choses naturelles, et le seul fil qui puisse nous guider dans ce labyrinthe; et c'est à la recherche des caractères qui séparent les espèces ou les rapprochent, et qui servent à distinguer les races et à classer les individus, que les savans consacrent leurs veilles. Ainsi , on distingue les animaux en bipèdes et quadrupèdes^ enjissipèdes ou solipèdeSy en herbivores , granivores ou carnivores, selon qu'on fait attention au nombre ou à la forme de leurs pieds, ou à la qualité des substances dont ils se nourrissent.

286 DE l'*homme

Non-seulement on suppose un animal originaire, prototype de tous les animaux, un végétal originaire, prototype de tous les végétaux; mais, à le bien prendre, on ne fait de tous" les êtres, animaux, végétaux, minéraux, qu'*un être, un grand tout, puisque toutes les espèces étant déterminées les unes vers les autres par une « sorte de gravitatioTi vitale, les mi- » néraux cherchent à se rapprocher du végé- » tal, les végétaux aspirent tous à Tanimalité, /) et les animaux tendent tous à l'homme, der- )) nier degré et le plus parfait de Tarvimalité. » Tout doit d^c finir par être homme, ou cet effort, ce vœu, cette tendance de la nature seroit sans effet, et son énergie sans puissance; ce qu'on ne peut supposer, et qui est même incompatible avec Tidée de la nature infiniment active, éternellement jeune , et inépuisablement féconde. Cette conclusion est rigoureusement nécessaire, car cette tendance doit être finie dans sa durée, puisqu''elle s'exerce sur un sujet fini dans son étendue, je veux dire sur notre globe, dont les dimensions sont connues et la solidité calculée. Il doit donc arriver un temps où l'homme sera seul, et où il n'y aura ni d'autre animal, ni même de vé-

ou DE LA CAUSE SECORDE. nS'r

gétal et de minéral sur la terre ; qu'il n^ aura pas même de terre, puisque la terre elle-même tend aussi bien à se convertir en minéral que le minéral à devenic végétal, le végétal à devenir animal, tout animal à devenir homme.

Mais enfin, cette force d''animalisation, qui pousse de proche en proche toutes les espèces végétales vers l'animalité, et tous les animaux vers rhomme, finie dans son action sur notre globe, puisque notre globe est fini dans son étendue , est infinie dans son intensité , puisque, dans ce même système, la nature est éternelle. Et comment cette force infinie, qui agit sans cesse autour de nous, n'a-t-elle encore été aperçue que de nos jours, et par quelques savans? Comment aucun fait constant et palpable ne l'a-t-il pas dévoilée? par quelle fatalité sommes-nous encore réduits aux conjectures sur des faits aussi anciens que le monde , aussi multipliés que les individus de toutes les espèces minérales, végétales, animales, et comment voyons-nous, depuis Aristoteet Salomon,les mêmes espèces d'animaux • et de plantes se reproduire constamment avec les mêmes caractères qui les distinguent? Cette tendance n''agit sur chaque espèce, pour la

faire passer à un degré supérieur, qu'en agissant dans tous les individus de cette espèce, puisque Tespèce nVst qu'une abstraction qui désigne une collection d'individus distingués tous, par certains caractères, d'une autre collection d'individus formant une autre espèce. Eh bien! a-t-on jamais pu surprendre un seul individu d'une espèce végétale à son passage définitif à l'espèce animale, ou quelque animal brute à sa transformation en individu de l'espèce humaine? A-t-on jamais entendu parler de quelque végétal ou de quelque animal qui, au bout du temps fixé à sa durée, n'ait pas fini avec les mêmes caractères qu'il avoit reçus à sa naissance ; de quelque animal dans lequel un développement de ses parties, s'il étoit plus petit que l'homme, ou un rétrécissement, s'il étoit plus grand , ait annoncé une disposition prochaine à revêtir la forme humaine; et si, depuis six mille ans, qui sont quelque chose dans la durée d'un globe de quelques mille lieues de circonférence, on n'a pas aperçu la moindre transmutation de ce genre; si l'on ne trouve aucune trace d'un fait aussi merveilleux • dans les antiques traditions des peuples; si, même dans leurs livres de morale les plus an-

ou DE LA CAUSE SECONDE. 389

ciens, on ne remarque aucune allusion à une opinion qui devoit avoir une si grande influence sur la morale, quand est-ce donc que cette tendance naturelle a son effet, et que le spectacle commence?

Mais s^il y a dans la matière une force d'animalisation qui tend à faire passer tous les végétaux à l'espèce animale, et à confondre à la fin tous les animaux en une seule espèce, il y a bien certainement aussi une force de végétation et de génération, qui tend à conserver à chaque espèce végétale et animale les caractères qui lui sont propres. La tendance àTanimalitéest apparente au microscope,jeleveux ; mais la force de végétation et de génération, nous la voyons tous de nos yeux : et comment et pourquoi, dans la matière, deux forces^ je ne dis pas inégales^ mais opposées, et qui s'éloignent Tune de l'autre à une distance infinie?

Tous les principes que nous avons combattus sur les générations spontanées parPénergie de la nature, sur les ébauches d'hommes et d'animaux, développés par succession de temps, jusqu'à leur organisation actuelle; sur la confusion originaire des espèces, et leur distinction subséquenteet ad ventivejsurrintelligence, II. 19

29(i DK L HOMME ^

produit final de Torganisation physique; sur les changemens sans tin que, dans une longue succession de siècles, le monde et tous les êtres qu'il renferme, ont dû subir, et qui ont successivement amené des altérations aux formes primitives, et la composition de formes nouvelles ; tous ces principes, dis-je, sont rappelés et présentés comme des axiomes dans un ouvrage récent, intitulé : Philosophie zoologique (deux mots bizarrement accouplés et étonnés de se trouver ensemble ).

« 1° Tous les corps organisés de notre globe » sont de véritables productions de la nature, n qu'elle a successivement exécuiè^s à la suite » de beaucoup de temps.

» 2° Dans sa marche, la nature a commencé •» et recommence encore tous les jours, pour n former les corps organisés les plus simples , » et elle ne forme directement que ceux-là, » c'est-à-dire, les premières ébauches de l'or- >> ganisation qu'on a désignées par l'expression )) de génératiuns spontanées.

wS^Lespremièresébauchesde l'animalet du » végétal étant formées dans les lieux et dans » les circonstances convenables , les facultés >"■ d'une vie commençante et d'un mouvement

ou DE LA CAUSE SECONDE. ÎQl

7» organique établi ont nécessairement déve- » loppé peu à peu les organes, et, avec le » temps, elles les ont diversifiés, ainsi que les » parties.

» 4° la faculté d'accroissement dans chaque » portion du corps organisé étant inhérente » aux premiers effets de la vie, elle a donné » lieu aux difFérens modes de multiplication et » de régénération des individus, et par là les » progrès acquis dans la composition de l'or- » ganisation, dans la forme et la diversité des » parties, ont été conservés.

» 5° ji Vaide cUun temps suffisant^ des cir- » constances qui ontjété nécessairement favo- » râbles jeldes changemens que tous les points » delà surface du globe ont successivement su- » bis dans leur état, en un mot, du pouvoir )» qu'ont les nouvelles situations et les nouvelles » habitudes pour modifier les organes des corps » doués de la vie, tous ceux qui existent main- » tenant ont été insensiblement formés tels que » nous les voyons.

» 6° Enfin, d'après un ordre semblable de » choses, les corps vivans ayant éprouvé cha- » cun des changemens plus ou moins grands )) dans Tétat de leur organisation et de leurs

» parties, ce qu'on nomme espèce parmi eux y) a été insensiblement et successivement ainsi «formé, et n'a qu''une consistance relative, » et ne peut être aussi ancien que la na~ » ture. »

Il n'est pas une seule de ces propositions gratuites dont la réfutation ne fournit la matière d'un volume, quoique, à vrai dire, il fût difficile de raisonner et impossible de conclure avec un écrivain qui, supposant sans cesse, pour l'exécution de ses hypothèses, beaucoup de temps, un temps suffisant, des lieux favorables ^ des circonstances convenables , et imaginant au besoin, dans tout ce qui existe, des changemens et des bouleversemens , fîniroit, s'il étoit pressé, par demander l'éternité toute entière, et un autre univers que celui qui nous est connu, et qu''il feroit tout exprès pour ses systèmes.

Heureusement la raison peut sortir à moins de frais du labyrinthe où Terreur voudroit l'engager ; elle a des motifs de jugement plus sûrs et même plus expédilifs, et elle peut, comme je Tai observé ailleurs, réduire une hypothèse toute entière, quelque compliquée qu''elle paroisse, à un point précis, à un principe uni-

ou DE LA CAUSE SECONDE. 2^3

qiie^ dont il est facile d'apercevoir l'erreur ou la vérité.

La question entre les matérialistes et leurs adversaires sur l'origine des êtres animés, réduite donc aux termes les plus simples, consiste à savoir si Ton peut admettre dans la matière des mouvemens spontanés^ ou si Ton ne doit y reconnoître que des mou vemens communiqués.

Cette question de physique est tout-à-fait semblable à la question morale du langage inventé par rhomrae, et par conséquent spontané dans Tespèce humaine ou communiqué par un être supérieur à Thomme : l'une et l'autre questionspartagent la philosophie en deux systèmes, l'un de ceux qui disent que tout, au physique comme au moral , s''est fait soi-même par sa propre énergie, sans raison et sans cause ; l'autre de ceux qui croient que tout a été fait, et que la cause des êtres en est en même temps la raison.

La question du mouvement spontané, ou du mouvement communiqué, appartient à la fois à la phj^sique et à la philosophie, et elle peut être traitée à la fois par Tobservation des faits et par le raisonnement. Je ne parle pas d'autorités, pour ne pas exposer les noms de Bacon,

294 DE l'homme

de Descartes, de Leibniz, de Newton, d"'Euler, de Pascal, de Malebranche, d'Arnaud, de Nicole, à être mis en parallèle avec ceux d*'Epicure et de Lucrèce.

Or, avons-nous aucune expérience d'un mouvement spohtané? La nature entière nous fournit-elle quelques observations dont nous puissions conclure la spontanéité du mouvement, et sans cause assignable? Si même nous voyons dans les corps quelques mouvemens dont la cause ne soit pas connue , ne recourons-nous pas, pour l'expliquer, à des causes hypothétiques, comme pour les tremblemens de terre et Téruption des volcans, les effets de Télectricité ou du magnétisme, que nous attribuons à la raréfaction des vapeurs, à la combinaison des gaz, à Pinflammation des pyrites, à la présence d'un fluide! Dira- 1- on que le mouvement n'est spontané que dans les molécules de la matière, et non dans les corps? Mais une molécule de matière est une portion de matière comme tout autre corps ; elle est moins qu'un aulre corps, mais elle n'eâtpas un néant de corps, et en sa qualité de corps, elle reçoit le mouvement, et le transmet en raison de sa vitesse et de sa densité.

ou DE LA CAUSE SECONDE. 29$

Une pierre de plusieurs quintaux, que lance un volcan, est un infiniment petit , relativement à la masse entière du volcan, quoiqu''elle soit un corps relativement à nous ; et cependant, si nous voyions cette pierre se mouvoir d^ elle-même, et sans que nous puissions assigner un moteur à son mouvement, nous le regarderions comme un prodige et une dérogation auxlois constantes de la nature. Le plus grand corps n'est, après tout, comme le plus petit, qu'un composé de molécules; et comment peut-on supposer le corps entier en repos, lorsque toutes ses parties intégrantes sont en mouvement? Et quand on supposeroit que les molécules qui sont au centre du corps ont perdu leur mouvement par la pression qu'elles souffrent, à quelle cause attribuer le repos des molécules qui sont à la surface, et comment ont-elles changé leur mouvement propre et spontané pour la force d'adhérence qui les retient à la superficie du corps ? Si le mouvement des molécules qui composent les corps est spontané^ il n'y a aucune raison à l'état de repos où nous voyons les corps eux-mêmes, aucune raison à leur consistance, car la force d'adhésion est incompatible avec le mouvement spon-

ag^ DE l''homme

tané en tout sens ; aucune raison au plus ou au moins de mouvement, aucune raison à la cessation du mouvement. Le mouvement né spontanément lîniioit, s''il pouvoit finir, spontanément aussi ; mais le mouvement, une fois donné, ne finit que par la résistance quMl éprouve, preuve qu'il n'a pu naître que par une impulsion. Aussi la raison ne conçoit pas plus la possibililédumouvement5^c>;2^rt«edans quelque partie que ce soit de la matière, que les sens n'en perçoivent l'existence : elle voit le mouvement comme une quantité constante ou non, dans la nature, mais qui se partage entre tous les corps, qui le reçoivent en proportion de leur masse et de leur densité qui le transmettent en raison de leur vitesse, qui le communiquent ou le reçoivent dans la direction qui leur a été donnée, et forcés d'obéir à deux directions, en prennent une moyenne composée des deux autres, et enfin, perdent leur mouvement en le communiquant à d'autres corps qu'ils rencontrent: en sorte qu'aucun autre effet dans la nature ne montre avec plus d'évidence l'état àe passwité on d'inertie dans les corps, et leur indifférence au mouvement ou au repos, et à la quantité du mouvement comme à sa direction.

ou DE LA CAUSE SECONDE. 297

La raison, forte de ces données constantes, sensibles, évidentes, s"' élevant à des considéralions plus générales, et au-dessus de la physique même, à ce point où se rencontrent et se confondent les vérités premières du monde physique et du monde rationnel, fondement de toute perception distincte, et même de toute observation raisonnable ; la raison ne voit dans un mouvement spontané qu'un ^^^ sans caM^-^^ c'est-à-dire, une idée contradictoire dans son expression, et par conséquent une idée impossible.

Ainsi, toutes nos idées dans Tordre rationne\j toutes nos sensations dans Tordre matériel, même toutes nos opérations dans Tordre industriel, nous offrent des notions claires et distinctes de mouvemens communiqués, et aucune, de mouvemens spontanés; et la théorie et la pratique entière de la mécanique ne sont autre chose que la théorie et la pratique de la communication des mouvemens.

Si quelque chose pouvoit nous donner une idée de mouvement spontané, ce seroit peutêtre notre pensée qui semble naître dans notre esprit d'elle-même, et indépendamment de notre volonté j et cependant notre pensée elle-

298 DE l'hOM3IE

même n'est pas plus spontanée que nus actions ; et comme nos mouvemens même les moins délibérés, ont toujours quelque cause en nous ou hors de nous, qui donne Timpulsion à nos muscles, notre pensée aussi, même la plus involontaire, est toujours déterminée par quelque expression entendue ou rappelée, par quelque sensation actuelle ou précédente. Il n^ a rien d"'absolument spontané, pas plus au physique qu'au moral, et tout, à nos yeux comme pour notre raison, dans le monde des mouvemens comme dans le monde des actions et des rapports, tout est succession qui a une origine, progression qui a un premier terme, génération qui a un auteur.

En un mot, Pexpérience n'admet pas de mouvement particulier et local sans moteur particulier, et la raison, qui est expérience et analogie, ne sauroit admettre de mouvement général sans moteurgénéral ; et la physique ne doit pas plutôtfaire deshypothèsescontre la raison, que la raison ne doit faire des raisonnemens contre l'expérience. Uénergie de la matière, que l'on veut nous donner comme la cause première du mouvement, est un mot vide de sens, si on l'entend autrement que d'une plus grande in-

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tensitéde force et de mouvement reçus. Entendue dans le sens d'une force propre, innée, spontanée, énergie est une qualité occuhe que ia raison ne sauroit comprendre, que l'observation ne sauroit constater : disons mieux, une absurdité, puisque donner l'énergie de la matière pour cause au mouvement de la matière, c'est dire que la matière est le moteur de la matière; c'est donner à l'effet l'effet lui-même pour cause, et aller à la fois contre l'observation de tous les jours, et contre la raison de tous les siècles. Si les molécules sont des corps, elles ont toutes les propriétés des corps; elles soijt mobiles^ puisqu'elles sont étendues, et ne sont pas par elles - mêmes moteurs; et si elles ne sont pas des corps, que sont-elles donc, et à quel titre peuvent-elles trouver place dans la matière? S'il étoit permis de raisonner à la fois contre l'observation et contre la raison, de ne tenir aucun compte des faits les plus constans, et des doctrines les plus accréditées, il faudroit fermer les livres, et laisser l'homme à son ignorance native, qui, pour le conduire, est préférable à une raison corrompue.

Il est digne de remarque que, dans le temps où l'on déclame avec le plus d'aniertume contre

OOO DE L HOM31E

la métaphysique, qui a pour objet les choses qui ne tombent pas sous les sens, on veuille à toute force Tappliquer à la physique, chercher des principes là où il n'y a que des faits, et des généralités dans une chose toute de détails. Si je nomme Tordre, la raison, la justice, la vérité, le pouvoir, les devoirs, je trouve tous les esprits prévenus de ces idées générales; je m'entends moi-même, et je suis entendu des autres. Tous les hommes s*'entendent entre eux sur les principes, même lorsqu'ils difFéreroient les uns des autres sur quelques applications ; et la société toute entière n''est pas autre chose que le consentement universel à ces idées générales: voilà la métaphysique. Les hommes ont observé la terre, le ciel, les minéraux, les végétaux, les animaux, etc. ; ils ont connu les lois du mouvement, les propriétés desdiverses substances, Tusage auquel ils pouvoient les employer, etc. : voilà la physique et ses différentes branches. Mais quand je parle delà force di'animalisation, de la tendance à V animalité, de la gravitation vitale, d'animal prototype et v^gétal originaire ,eiA\\\.Tes\\j^oÛ\hses du même genre, je ne pose pas des faits que Ton puisse observer ; je n'énonce pas des idées générales

ou DE LA CAUS£ SECONDE. 3of

sur lesquelles on puisse s'accorder, mais des abstractions sur lesquelles on peut disputer sans fin : je ne présente rien de palpable à Texpérience, rien de vrai à la raison-, je ne fais ni physique ni métaphysique ; je ne dis que des mots, mais des mots dangereux, parce qu'ils nVxpriment aucune idée ; des mots qui décréditent la science qui les emploie, et qui faussent Tesprit qui les reçoit : je ne fais, en un mot, que détourner la physique de son véritable objet, et jeter des doutes sur la morale.

11 faut le dire, ces prétendus amis de la nature jouissent moins de ses bienfaits qu'ils n''étudient ses foiblesses, et ils Tespionnent plutôt qu'ils ne l'observent : ils ne cherchent à prendre la nature sur le fait ^ comme ils le disent souvent, que pour la trouver en flagrant délit, et la surprendre, s'il étoit possible, dans quelque écart bien monstrueux, dans quelque grand scandale, d'où ils puissent conclure le hasard de ses opérations et le désordre de ses plans. Comme les enfans du patriarche, loin découvrir avec respect la nudité de leur père, s'ils le surprenoient livré au sommeil, ils dévoileroient sa honte à tous les yeux, et triompheroient de l'avoir déshonoré: triste

ÔO'i DE l'homme

disposition qui ôte toute utilité au talent et toute dignité à la science, et qui flétrit Vélude la plus agréable, et les jouissances les plus pures !

Heureusement c'est dans un autre esprit, et avec d''autresconnoissances, que les vrais amans de la nature et les maîtres de la science, les Newton, les Leibniz, les Haller, les Slahl, les Ch. Bonnet, ont étudié ses lois, et observé les faits qu'elle nous présente. Parvenus aux bornes qui séparent le monde physique du monde rationnel, ils portoient un regard également assuré sur Tun et sur Tautre. Si, par la force de leur intelligence, ils découvroient les lois générales de la nature, ils croyoienKJ par les lumières de leur raison, au législateur suprême, auteur et conservateur de la nature, comme à une loi plus générale encore de Tordre universel: ces axiomes d'éternelle ve'rité, il n'y a pas d'effet sans cause , ni de cause sans intelligence, Jiul corps ne se peut mouvoir lui-même (i), étoient à leurs yeux plus certains que les lois même du mouvement^ les calculs de la géométrie, ou les faits de la phy-

(1) Voyez dans la Logique de Po't-RoroJ , cli. vi.

ou DE LA CAUSE SECONDE. ÔO.y

siologie; et jamais ils ne pensèrent que, pour établir un système de physique, il fût nécessaire de saper les fondemens de la morale, et que, pour expliquer l'homme, il fallût renverser la société.

Voilà donc les systèmes abjects que Ton essaie depuis long-temps de mettre a la place de ces croyances généreuses qui ont subjugué les meilleurs esprits, et formé la raison des peuples les plus éclairés. Fille unique sur la terre de Tintelligence suprême,l''espèce humaine voyoit avec orgueil cette aïeule auguste à la tête de sa noble généalogie, l'homme en retraçoit, quoiqu\i une distance infinie, Tintelligence dans sa raison, la puissance dans ses oeuvres, la bonté dans ses affections, l'immensité même dans ses désirs, et jusque dans ses yeux, et sur son front, on retrouvoit quelque empreinte de sa céleste origine. Soumis à de grands devoirs, parce qu'il étoitappelé à df hautes destinées, il avoitreçu, et les lois qui lui enseignent ses devoirs, et ce sentiment infini de bonheur et de perfection qui l'avertit de ses destinées, et des écrits divins^ Testarflent du père commun, contenoient à la fois les preuves de sa descendance, les titres de sa dignité, et les règles de sa conduite. Usu-

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fruitier de Tunivers, héritier substitué de gêné- ' ration en génération à ce noble patrimoine, il y régnoit comme le premier né de la création, et rendoit hommage à la supériorité de son esprit. Qu'y avoit-il dans ces croyances d''indigne de la raison humaine, ou de funeste à la société ? Quels motifs plus puissans Thomme pouvoit-il désirer à ses vertus ? quel frein plus efficace pour ses passions? quel fondement plus stable à ses lois? quelle règle plus sûre et plus droite pour ses moeurs? Qui jamais eût pu croire que Thomme aspireroit à descendre de ce haut rang, quMl emploieroit ses lumières à nier sa propre grandeur, et que, las d'être appelé le fils du Très-Haut, il diroit re'ellement, et sans figure, à la pourriture : ((Vousm^avez en- » gendre; et aux vers : Vous êtes mes frères (i)?»' Un vil limon s'est échauffé, un animalcule s"'en est dégagé par la fermentation-, il est devenu plante, poisson, oiseau quadru{)ède, homme enfin : voilà Thomme , insecte parvenu à force de ramper, qui long -temps a méconnu son origine, et voulu faire oublier sa bassesse. Si vous me demandez comment TintelTigence

(1) Job. cliap. xvn.

ou DE LA CAUSE SECONDE. 3o5

a pu animer ses organes ses pales sont

devenues des mains, son front s'est élevé, son nez s'est distingué de sa bouche, l'angle facial est devenu plus obtus, et il a pensé, il a inventé Dieu, les lois, les arts, la société; il a étudié la nature, il s'est étudié lui-même, et à force de s'étudier, il s'est ignoré. Egaré dans de vaines hypothèses, il n'a pas compris sa propre grandeur, et en s'assimilant aux bêtes les plus stupides, il est devenu tout semblable à elles; homOy dit le psalmiste, ciini in honore esset, non intellexit ; coniparatus est jumentis insipientibus y et similis factus est mis.

En effet, si l'on dépouilloit ces tristes systèmes de tout ce que l'art emploie pour les embellir ou les déguiser, de l'élégance du style, du mérite facile de quelque érudition, de ces grands mots que les uns* prennent pour de grandes pensées, et de ces raisonnemens que les autres prennent pour des raisons ; si ces étranges opinions , réduites à leurs termes les plus simples, étoient présentées sans cette vaine parure, et forcées de se montrer dans toute leur nudité, u on seroit toujours étcnné, dit le M savant P. Berthier, de la confiance hautaine

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