‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 11 sur 16 · II · texte numérisé non relu

II

3o6 DE l'homme

i) avec laquelle on les avance, et de la basse y) facilité avec laquelle on les reçoit. >»

Disons-le donc : Thomme a commencé, puisque Thomme finit. Il a commencé sous la forme physique qui le distingue des animaux, et avec Tintelligence qui Ten sépare; il a commencé mâle et femelle, pour se perpétuer par l'union des sexes, piiisqu'aucun mouvement spontané de la matière, agissant, comme on le suppose, sans autre modérateur que lui-même, ne pourroit arrêter les espèces à cette mesure précise et constante d'organisation particulière qui les distingue les unes des autres, qui distingue éminemment entre toutes les autres l'espèce humaine , et qui attache constamment la reproduction des espèces et leur perpétuité à l'ordre merveilleux de la distinction des sexes, de la génération, de la fécondation, etc. L'homme a produit son semblable, pour former avec lui une société, et une première famille a pu peupler l'univers, puisqu'une seule famille pourroit le peupler encore. Tout annonce dans son être moral, dans son être physique, et dans les facultés, les fonctions et les rapports de tous deux, sagesse dans le plan, puissance dans l'exécution. Effet intelligent

ou DE LA CAUSE SECONDE. Soj

lui-même, il est non égal, mais semblable à la cause intelligente qui Ta produit et fait «i son image, et cette croyance immémoriale est, pour Tespèce humaine, la plus universelle des traditions, ou, pour mieux dire, le plus constant des souvenirs; les livres saints n"*en disent pas davantage, et lorsqu'ils ajoutent que Dieu forma le corps de Thomme du limon de la terre, et Tanima d'un souffle de vie, ils ne nous apprennent rien sur sa nature que nous ne connoissions, même par l'expérience, puisque nous voyons Thomme vivre, sentir et penser, et son corps, soumis à la décomposition , se résoudre en élémens terrestres, qui retournent à la terre d'où ils ont été tirés. Quand l'auteur des Rapports dit, pour appuyer son hypothèse, que « des idées plus justes que nous ne pensons » sur la naissance spontanée de l'homme du » sein de la terre, étoient peut-être présentes » aux auteurs des genèses que l'antique Asie » nous a transmises, lorsqu'ils donnoient la » terre pour mère commune à toutes les na- ») tures animées, qui s'agitent et vivent dans » son sein, » il abuse sciemment du récit de la Genèse hébraïque, qui dit que Dieu forma le corps de l'homme de la terre, et non que la

terre le forma, et d*'ailleurs, sans recourir aux idées de cet auteur, il est vrai , dans un sens, que la terre est la mère commune de tout ce qui a vie, puisque toute vie végétale ou animale est entretenue par Faction de l'air, du feu, de l'eau, répandus sur la terre ou dans Tatmosphère terrestre, et par les sucs nourriciers tirés de la terre, que les divers êtres organisés s'assimilent sous une forme ou sous une autre. Il le répète en finissant ce chapitre, on ne peut admettre , même en physique , la naissance spontanée de Thomme sous sa forme propre ou sous toute autre, sans admettre en métaphysique des mouvemens sans moteur, des effets sans cause, un ordre sans législateur. Or, la raison répugne à cette supposition, et le langage même, son plus fidèle interprète, y résiste, puisqu'il distingue le mouvement du moteur j V effet de la cause, en les nommant tous d'une expression propre à chacun d''eux, et qui indique toute seule à Pesprit le rapport de Fun à Fautre.

Si, comme le dit la Logique de Port-Royal, on doit prendre pour le fondement de toute évidence Faxiome suivant : « Tout ce que l'on )> voit clairement être contenu dans une idée

ou DE LA CAUSE SECONDE. BoQ

» claire et distincte en peut être affirmé avec » vérité, » on peut, on doit même ajouter que ridée ne nous étant connue que par son expression, « tout ce que Ton voit clairement » être contenu sous des expressions claires , )) distinctes et universellement entendues, peut » être affirmé avec vérité de Tidée qu'elles ex- » priment. » Or, les expressions de cause et ^ effet y de mouvement ei de moteur^ sont aussi claires, aussi distinctes, aussi universellement entendues que celles de tout et de partie, et nous n'avons pas d'autre raison pour affirmer que le tout n'est pas \si partie , et qu'il est plus grand que la partie, que celle par laquelle nous affirmons que ]a cause n'est pas Veffet, et qu'elle est plus puissante que Veffet. Nous voyons, il est vrai, par des expériences particulières sur quelques corps et le rapport de nos sens, que le tout n'est pas \ix partie; mais, sans la raison et les expressions qui revêtent les idées de rapports entre les objets même matériels, nous ne pourrions pas les comparer entre eux, exprimer cette comparaison, raisonner sur leur rapport et en faire une maxime générale.

La physique, science des sens et de l'imagi-

3 1 o DE l''homme ou de la. cause seconde.

ginalion, ne croit qu'aux existences sensibles, et veut qu'on lui fasse voir et toucher la cause. La métaphysique, science de l'entendement, et qui prend ses notions distinctes dans un ordre plus élevé de vérités, et dans les principes mêmes de toutes choses, a de la cause une certitude supérieure à celle de sa simple existence, puisqu'elle a la certitude de sa nécessite; et de là vient que la physique d**un siècle n'est pas toujours celle du siècle suivant, et que les vérités générales, enseignées à un peuple il y a six mille ans , sont les mêmes que celles qu'on nous enseigne aujourd'hui.

Page 1