‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 6 sur 16 · II. l · texte numérisé non relu

II. l

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enfin la croyance immémoriale de toutes les sociétés qui ont appelé la Divinité aux traités les plus solennels des nations comme aux actes les plus familiers de la vie, et qui Font regardée comme l'arbitre suprême des événemens, le juge des actions humaines, la puissance vengeresse du crime, et rémunératrice de la vertu.

Cette uniformité de pensées, de sentimens, de croyances, d'actes extérieurs au milieu de toutes les révolutions, et malgré la légèreté de nos esprits, la mobilité de nos jugemens, la violence même de nos passions, est aussi un phénomène, un fait visible, aussi certain, aussi constant que le cours des astres et la succession des saisons.

La raison, conduite parl'imagination, admet l'existence d'une gravitation invisible, avec laquelle elle explique les faits apparens ou les phénomènes du monde matériel.

Pourquoi la raison ne veut-elle pas croire, sans le secours de l'imagination, l'existence d'une cause intelligente, inaccessible en ellemême à nos sens, mais qui seule explique les faits certains ou les phénomènes du monde moral ? Encore faut-il observer que le problême

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de physique générale résolu par Descartes et Newton l'a été diversement par ces deux savans ; qu'il n'est pas rigoureusement démontré qu'aucune autre hypothèse ne puisse être proposée, et que celle qui a prévalu, toute probable, disons mieux, toute certaine qu'elle est, n'est encore que Phypothèse d\in homme et d'un siècle, au lieu que le problème de la cause première, semblable en quelque chose aux problèmes résolus par l'analyse, ne peut absolument recevoir que deux solutions, Tune positive y par l'existence d'une intelligence suprême, et qui a pour elle l'autorité de tous les peuples et de tous les siècles; l'autre négative, par le mouvement fortuit et spontané de la matière éternelle, opinion hasardée dans l'antiquité par quelques hommes sans génie et sans morale, et que repoussent également la raison des hommes Ips plus éclairés, le bon sens naturel de tous les hommes, et toutes les inductions que l'on peut tirer de l'analogie et de l'expérience

Il ne faut pas chercher ailleurs qu'en nousmêmes la raison de l'inconséquence de nos jugemens.Nousjugeons de la physique avec notre raison, et de la morale avec nos passions. Nous

admettons sans peine des opinions qui ne demandent d'effort que de la faculté de penser, les tourbillons de Descartes comme l'attraction de son rival, le système de Ptolémée comme celui de Copernic. Nous repoussons avec obstination des croyances qui exigent quelques sacrifices de la faculté de jouir, prêts à combattre les vérités pbysiques les mieux constatées, si elles contrarioient nos penchans, ou à accueillir les opinions de morale les plus suspectes, si elles ne répugnoient qu*'à notre raison.

Dans l'étude des vérités physiques, Fesprit cherche des motifs de croire ; dans Tétude des vérités morales, le cœur^ à notre insu, cherche des motifs de ne croire pas, et avec cette disposition on trouve toujours assez de motifs d'admettre les unes et de rejeter les autres ; et c'est ce qui fait les enthousiastes pour les systèmes de physique les plus nouveaux, et souvent les plus étranges, et les incrédules pour les vérités de la morale les plus anciennes et les plus autorisées.

Le rapprochement que nous avons fait des systèmes de physique et des vérités morales nous conduit naturellement à une observation.

Newton reconnut la nécessité d'un être intelligent, premier moteur du mouvement universel, comme une conséquence de son hypothèse. «Il s^élevoit, dit M. Haiiy, jusqu'à Tidée )» d'un créateur et d'un premier moteur de la » matière, en se demandant à lui-même d'où » vient que ce soleil et les corps planétaires » gravitent les uns vers les autres sans au- » cune matière dense intermédiaire ; » et sans doute cette action à distance si prodigieuse, lui parut tenir de la nature des esprits autant que de celle des corps. Effectivement, le système de Newton , traduit en poésie, se prêteroit, ce semble, mieux que tout autre à cette opinion antique qui donnoit un esprit céleste pour moteur et pour guide à chaque planète.

Descartes, au contraire, avoit fait en quelque sorte, au mouvement des corps célestes , une application du système particulier d'Epicure, et les atomes se mouvant en tout sens dans l'espace ne différent guère de la matière subtile tourbillonnant en tout sens. Comment se fait-il, d'un côté, que les principes de Newton, si universellement adoptés, si savamment expliqués, n'aient pas conduit tous les physi-

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ciens à la conséquence morale que ce grand homme en a déduite, et de l'autre, que le système de Descartes , si unanimement banni de Tastronomie, continue en quelque sorte à régner dans la géologie; qu'on veuille rendre raison delà formation ou de l'organisation générale de l'univers par des rencontres ou des tourbillonnemens de molécules organiques, ou departiessubtiles de la matière, regardés comme insufËsans à en expliquer les phénomènes particuliers, et que même, portant ce système jusque dans le monde moral^ on persiste à attribuer notre intelligence et ses facultés à des combinaisons corpusculaires, auxquelles, au jugement de tous les savans, on ne peut plus attribuer les mouvemens généraux du monde physique?

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