‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 5 sur 16 · II. Il · texte numérisé non relu

II. Il

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nous qui puisse proprement connoîlre. Mais aujourd'hui ce n''est pas là ce qu'on appelle connoitre, on ne croit plus à ses propres idées, on veut des images , c'est-à-dire qu'on ne se contente plus d'une connoissance de raison et d'entendement propre sur la terre à Phomme seul, et que Ton demande une connoissance sensible et d'imagination qui nous est commune avec Ifes animaux sans raison. On veut une cause première qu'on puisse disséquer avec le scalpel , apercevoir au microscope, analyser dans un fourneau, placer sous un récipient, distiller dans un alambic, classer dans une nomenclature^ ou tout au moin^ soumettre au calcul, et parce qu'on désespère d'en faire le sujet d'aucune de ces opérations, on pense ne pas la connoitre, et l'on assure qu'elle est pour toujours dérobée à nos investigations; mais lorsque des moralistes ou plutôt des idéologues demandent qu'on leur fasse connoitre sous des images, et par des sensations, des objets qui ne tombent pa« sous les sens et qui ne peuvent être conçus que dans l'entendement, et qu'ils s'obstinent à chercher des impressions d'images là où il faut se contenter d^ expressions d'idées, ne sont-ils pas aussi inconséquensque

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le seroient des physiciens, qui, pour connoître les objets matériels, ne se contenteroient pas de sensations et cPimages, demanderoient qu'on leur en donnât Vidée, et, au lieu d'en soumettre les propriétés à des expériences, se perdroient en raisonnemens subtils sur leur essence, et mettroient ainsi l'entendement à la place de l'imaaination ?

« Il y a des gens, dit le célèbre Euler, qui » ne veulent ni croire ni admettre que ce » qu'ils voient de leurs yeux et qu"'ils tou- » chent de leurs mains; on remarque ordi- » nairement ce défaut dans les chimistes, les » anatomistes et les physiciens, qui ne s'oc- » cupent qu'à faire des expériences. Tout ce » que les uns ne sauroient fondre dans leurs )) creusets, ou les autres disséquer avec leurs » scalpels, ne fait aucune impression sur leurs » esprits, etc. »

Ce qui trompe quelques esprits, et leur persuade quela cause première de tout ce qui existe réside dans la matière, même lorsqu'on ne pourroit l'y découvrir, ce sontles progrès journaliers des connoissances humaines dans les choses physiques et les lois particulières de l'organisation des corps. Aux premiers temps de

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l'homme et de la société, lorsque les lois de la nature étoient peu connues, la pensée les franchissoit en quelque sorte, et remontoit à Dieu même, auteur de toutes les lois. Cette présence générale de la Divinité, qui est un dogme pour une raison éclairée , étoit , pour leur raison naissante, une présence locale; cette volonté générale , qui, par des lois générales comme elle, détermine tous les événemens de ce vaste univers, étoit la suite des volontés particulières qui agissoient sur tous les êtres ; et cette Providence universelle de qui émanent, en vertu des lois générales du monde physique, la marche des corps célestes. Tordre des saisons, les accidens des climats, la végétation des plantes, étoit une dispensation immédiate des bienfaits ou des rigueurs de la Divinité. La terre étoit le marche-pied du Très-haut, les cieux son pavillon , la foudre et les éclairs ses messagers et ses hérauts. Dieu ébranloit les cieux, faisoit trembler la terre et soulevoit les mers. Heureux temps où un orage, qui ne produiroit aujourd'hui que des observations météorologiques, faisoit naître dessentimens chrétiens, et arrachoità un roi d^Angleterre, campé au cœur de hi France, à la tête d'une armée victorieuse,

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le vœu sublime de donner la paix à son ennemi (i)?

On retrouve ces mêmes croyances chez le peuple qui est partout au premier âge de sa

(1) « Uu jour que le roi d'Angleterre (Edouard III) » étoit campé dans le pays Chartrain, il s'éleva un orage » épouvantable avec tant d'éclairs et de tonnerres , et » une décharge de grêle si drue et si grosse, qu'elle blessa » grand nombre de ses gens , et lui tua plus de mille »> chevaux. 11 prit ce prodige pour un commaxidement » de Dieu , et se tournant vers l'église de Notre-Dame » de Chartres, que l'on voyoit de cinq à six lieues loin , » il promit à Dieu d'achever la paix au plus tôt. » Voilà ce que dit Mézerai , qui n'est qu'historien. Hume, qui de plus se croit philosophe , dit que vraisemblablement Edouard, pour justifier la résolution déjà prise défaire la paix, s' ai/isa de V attribuer à un vœu qu'il prétendit avoir Jait pendant un orage affreux que son année avoit essuyé dans sa marche : c'est-à-dire que ce prince trouva bon de paroître avoir été forcé à faire la paix , et de jeter ainsi sur son expédition l'odieux d'un crime qui provoquoit les foudres du ciel. 11 auroit , ce me semble , assez mal raisonné; mais Hume juge les opinions du quatorzième siècle avec l'esprit du dix - huitième , et ce défaut capital se présente souvent dans ses ouvrages. Avec une pareille manière d'écrire l'histoire , il n'est rien dans les siècles passés qu'on ne puisse obscurcir et défigurer.

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société : les philosophes, ou ceux qui croient l'être, les appellent des superstitions, et déclament avec amertume contre des pratiques qui sont presque toujours innocentes , même lorsqu'elles seroient ridicules ; mais ces croyances, dont bientôt on ne se plaindra plus, produisoient des sentimens d'amour et de crainte, en même temps que les images qui les accompagnoient animoient le langage et fécondoient les arts ; et il y avoit à la fois plus de tableaux pour l'imagination , et pour le cœur plus de motifs d'affections. Ces croyances même ne sont pas fausses, car celui qui a fait les lois est bien véritablement l'auteur de tous les effets qu'elles produisent, a Dieu , dit Des- » cartes, est tellement la cause universelle de » tout, qu'il en est de la même manière la cause » totale. » Ainsi , en politique , on attribue souvent à la volonté du prince ce qui se fait parle ministère de ses agens, et en vertu des lois générales de l'administration. « Tous les » phénomènes de l'univers , dit lui-même » l'auteur des Rapports j, ont toujours été , se- » ront toujours la conséquence des propriétés » de la matière, et de lois qui régissent tous )) les êtres. C'est par ces propriétés et par ces

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» lois que la cause première se manifeste à » nous: aussi f^anhelmontles appelait àaus son » langage poétique j V ordre de Dieu; » c'eslà-dire que la cause première, de quelque nom qu^'on l'appelle, se manifeste aux savans par les lois générales qu'elle a établies pour la conservation du monde physique et moral , et à tous les hommes par les effets qui résultent de ces lois, et qui sont, aussi bien que les lois elles-mêmes, Vordre de Dieu; et le style de Vanhelmont, que Fauteur des Rapports appelle , par dérision , un stfle poétique, est ici parfaitement exact, et plus exact que la prose sèche et triste des écrivains matérialistes.

Les croyances populaires sur l'action constamment immédiate et locale de la Divinité étoient donc vraies, mais elles n^étoient pas complètes : on voyoit le législateur, mais on ne connoissoit pas les lois. Aujourd'hui que les lois sont mieux connues, en philosophie comme en politique, on méconnoît le législateur en parlant toujours de la loi : s'il y avoit trop d'images dans un temps, il y a trop d'abstractions dans un autre. Dieu, pour ainsi dire, se recule de la pensée de l'homme, qui met perpétuellement les lois prétendues générale?,

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quMl connoît ou qu'il croit connoitre , entre son créateur et lui ; et à force de disséquer, d'analyser, de classer, d'observer les conduits par lesquels les plantes respirent, la formation graduelle des pierres et des métaux dans le sein de la terre, les lois de la végétation, de la fructification , de la génération , la raison de quelques phénomènes, la composition de quelques substances par l'amalgame de quelques agens, il en vient à placer la cause dans cette multiplicité de moyens j et à croire que s'il en existe une autre, elle est pour toujours dérobée à son investigation : comme si toutes les connoisances physiques^ quelque avancées qu'on les suppose , pouvoient prévaloir sur cette maxime d'éternelle vérité, ou plutôt sur cet axiome de toute science et de toute philosophie , qu'il n'y a pas d'effet sans cause j et que l'universalité des eifets ou l'univers doit être rapporté à une cause universelle placée hors de tous les eflPets, comme les effets particuliers ou les phénomènes à une cause seconde ou particulière, tout-à-fait distincte de l'effet qu'elle produit. Je citerai à ce sujet une réflexion très-philosophique du P. Malebranche. {(Si l'on me demande, par exemple, d'où

y> vient quVm linge se dessèche, lorsqu'on Tex- » pose au feu , je ne serai pas philosophe , si w je réponds que Dieu le veut; car on sait assez » que tout ce qui se fait se fait parce que Dieu w le veut. On ne demande pas la cause générale, » mais la cause particulière d'un effet tout par- » ticulier. Je dois donc dire que les petites par- » ties du feu ou du bois agité , venant heurter » contre le linge, communiquent leur mouve- » ment aux parties de Teau qui j sont, et les » détachent du linge; et alors on aura donné )> la cause particulière d'un effet particulier (i). » Mais, si l'on me demandoit d'où vient que » les parties du bois agitent celles de l'eau , » ou que les corps communiquent leurs mou- » vemens à ceux qu'ils rencontrent, y^ ne se- )) rois pas philosophe y si je cherchois quelque » cause particulière à un effet général. Je dois » recourir à la volonté de Dieu pour rendre » raison d'un effet aussi général que la commu- » nication du mouvement, et non à des fa- » cultes ou qualités particulières de la matière. »

(1) Que le P. Malebranche assigne ou non la véritable cause de la dessiccation du linge exposé au feu , ou plutôt de 1 evaporation de l'eau , son raisonnement n'est pas moins concluant.

Cest cependant ce que font perpétuellement les matérialistes en cherchant la cause de tout dans certaines qualités ou propriétés qu'ils supposent à la matière, qui n*'existe pas en général, et qui n''est qu\in assemblage de corps particuliers, et en assignant ainsi une cause particulière à des effets généraux, expression contradictoire, et par conséquent idée impossible. Ainsi le peuple, qui voit Dieu partout, et son action immédiate et locale jusque dans les plus petites choses, assigne sans intermédiaire une cause générale à des effets particuliers; et les matérialistes, qui voient la matière partout, assignent une cause particulière à des effets généraux. Le peuple, faute de connoissances physiques , manque de précision dans ses opinions, et non pas de raison, parce que toutes les causes particulières et secondes sont nécessairement renfermées dans la cause première et générale : il fait la même faute que feroit celui qui diroit que le prince lève les impôts, au lieu de dire que les percepteurs lèvent les impôts au nom du prince -, mais les athées pèchent à la fois dans leur raisonnement, et contre l'exactitude et contre la raison , parce que la cause générale ne peut pas se trouver

dans une cause particulière , qui n"'est ellemême qu^un effet. La philosophie, j'entends la doctrine qui enseigne la vérité et toute la vérité, à la fois exacte en physique et vraie en morale, conforme aux règles du langage dans ses expressions, parce qu''elle est conséquente dans ses idées, assigne des causes particulières à des effets particuliers , et une cause universelle à un eâPet universel ou à l'univers.

L'auteur des Rapports à senti la force de ces vérités, et, pour n'être pas entraîné parleurs conséquences, il s'efforce d'en rompre la chaîne. « Au reste, dit-il, on sent que ces di- » verses questions tiennent directement à celle » des causes premières , qui ne peuvent être » connues par cela seul qu'elles sont premiè- » res. » Ailleurs il dit : a Les faits généraux «sont, parce qu'ils sont; ils ne s'expliquent )» point, et l'on ne sauroit en assigner la cause. »

Ainsi, suivant cet auteur, la cause première ne peut être connue, et les faits généraux ne peuvent être expliqués ; mais d'abord les causes secondes ou les moyens ne sont pas souvent mieux connus, ni les faits particuliers beaucoup mieux expliqués. Les propriétés du feu, de l'air, de l'eau, de la lumière, etc., sont

observées, sont connues, et le sujet de mille expériences. Ces proprie'tés sont des faits particuliers : la physique en donne-t-elle toujours des explications suffisantes? Les faits particuliers ont des causes particulières : la physique les connoît-elle ? Les savans ne sont-ils pas même , et avec raison , dégoûtés des systèmes par lesquels on a prétendu expliquer beaucoup de faits particuliers, et en assigner les causes ? et ne s^en tiennent-ils pas uniquement aux théories, qui sont Tordre, la suite et Tenchaînement des faits observés ? car le système précède Fexpérience , et la théorie la suit.

« Les causes premières ne peuvent être con- » nues par cela seul qu^elles sont premières. » Outre que cette manière de parler est peu philosophique , et qu'on doit dire la cause première et les causes secondes , parce qu'il ne peut y avoir qu'une cause première, et qu'il y a une infinité de causes secondes, l'équivoque roule ici sur le vaoiconnoitrejGi la proposition est vraie ou fausse, selon qu'on l'entend d'une connoissance intellectuelle ou d'entendement, ou d'une connoissance sensible et d'imagination. Personne, sans doute, ne peut connoître d'une connoissance d'imagination, et par les

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sens, la cause première qui se dérobe à tous les sens; car, si elle étoit sensible., comme cause première, elle seroit finie, bornée, susceptible d''augmentation ou de diminution, et ne pourroit donc être cause première : mais tous les hommes, et Tauteur lui-même que je combats, la connoissent autant qu'elle peut être connue d'une connoissance d'entendement; cet auteur la connoit puisqu'il la nomme ^ et que le mot qui l'exprime, entendu par lui, est également entendu des autres. Il connoit cause comme il connoît ordre, puissance , volonté, liberté, et généralement toutes les choses morales qui sont connues sous des expressions^ et non par des impressions : ainsi l'on peut bien dire la cause première est, parce qu'elle est cause,' car si elle n^éloit pas cause première, elle seroit e^et ou cause seconde, et il faudroit chercher plus haut la cause première. Mais par cela seul qu'elle est cause, et cause première, il n'est pas possible à l'esprit de rien concevoir au-delà, ni au langage de le nommer. Aussi, lorsque la cause première veut se faire connoitre aux hommes, elle se nomme elle-même : je suis celui qui suis; et dans cette locution extraordinaire, et hors des ex-

pressions humaines, elle s'élèi^e elle-même , par cette multiplication de son être, à la plus haute puissance d'être; et ici la métaphysique peut emprunter à la géométrie une locution qui rend, avec autant de vérité que de précision, toute sa pensée.

Mais si l'on peut dire la cause est, parce qu'elle ^^^ (sous-entendu) c<2m^^^ on ne peut pas dire au même sens les faits sont parce qu'ils sonty sans sous-entendre aussi le mot/aits, Les^ faits sont parce qu'ils sont ou ont été faits; locution qui , toute seule , exprime Pacte de la création des effets ou. faits ^ puisque le mot faits yfacta, en français comme en latin , n'est que le temps passé du \çx\iç, faire.

M. de Rivaroîdit quelque part que la langue française a une probité inséparable de son génie; il est plus exact encore et plus philosophique de dire que toutes les langues ont une vérité inséparable de leurs expressions, et toutes celles qui nomment lacaa^eet les^^^^ou faits attestent par cela seul l'existence nécessaire et indépendante de Dieu , et l'existence accidentelle et subordonnée de tout ce qui n''est pas Dieu. Les faits généraux ou particuliers constituent l'ordre physique ; la métaphysique est

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la région des vérités : dans celle-ci, on cherche des vérités, dans la physique on cherche des faits. La cause première est une vérité et non un fait.

Ainsi, je le répète, les effets qui sont toujours des faits particuliers , même le cours des astres, qui n''est que le plus général des faits particuliers , puisqu''il n''est quVine application à des corps particuliers et finis de la loi générale du mouvement, sont soumis à des lois qu'on appelle générales , quand on les compare à d''autres qui le sont moins; mais qui ne sont elles-mêmes que des causes secondes, relativement à la cause première. Mais le fait général de la création et de la conservation de Tunivers ne peut être attribué, en bonne philosophie, qu'à la cause générale ou universelle ; et quand il seroit vrai que des molécules de matière , en s''agitant , se cherchant et s''accrochant ensemble, auroient formé l'univers, on ne feroit que reculer la difficulté, et il faudroit toujours remonter à la cause qui auroit produit ces molécules et leur auroit donné la première impulsion. Cest même dans la connoissance de ce premier principe de toutes choses que consiste la perfection de nos es-

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prits; car la perfection d'un esprit fini consiste à connoître le dernier terme de ses pensées . sur un objet , et celui où la raison s''arrête avec le raisonnement.

Cette maxime philosophique, que \2i perfection d'un esprit fini consiste à connoître le dernier terme de ses pensées, reçoit une application d^une vérité rigoureuse dans la conduite de la vie. Les hommes en société seroient heureux, si, dans tout cequMls entreprennent, ils connoissoient avec une telle précision jusqu'où leurs facultés intellectuelles et physiques leur permettent d"' aller, que jamais ils ne restassent en deçà de ce point, ni ne fussent audelà. Toutes leurs fautes et tous leurs malheurs ne viennent que de leur ignorance à cet égard, ignorance qui leur fait entreprendre ce qu'ils ne peuvent pas faire, ou désespérer de ce qu'ils peuvent, et les place sans cesse entre le découragement et la présomption.

Ainsi Vesprit de l'homme est fini en science

morale, puisque, arrivé à Dieu, il ne sauroit

aller plus loin , et il sera toujours imparfait en

science physique , puisqu'il ne peut avancer

sans que le terme de ses recherches ne recule devant ses pas.

Ainsi , quelque généralité que présentent les principes d'attraction et de gravitation , pour rendre raison des mou vemens des corps célestes et sublunaires, l'attraction et la gravitation ne sont elles-mêmes que des causes secondes , des faits particuliers, ou plutôt des faits qui produisent d'autres faits, des lois particulières qui règlent des mouvemens particuliers ; et elles n'ont pas dispensé Newton lui-même de recourir à un premier moteur, cause première du mouvement en général.

A la bonne heure, disent quelques savans plus modérés que les autres; mais , puisque la physique , même la plus générale , n'est , après tout, qu'une science de faits particuliers, arrêtons-nous à la connoissance des faits , et gardons le plus profond , le plus respectueux silence sur la cause générale , qui ne peut servir à expliquer aucun fait particulier. Ce raisonnement n'est pas même spécieux ; car lors même que la physique, comme science de faits, n'auroit pas absolument besoin de faire mention de la cause générale, la morale, la politique, la philosophie*, qui les comprend l'une et l'autre , ces sciences , toutes de généralités , c'est-à-dire de vérités et non de faits, ces scien- II. 12

iyS DE LA CAL'SE PREMIERE.

ces du poui^oir et des devoirs, ne sauroient s*en passer. La métaphysique ou la philosophie générale, qui traite des principes et des raisons de toutes choses , n''a plus ni raison ni principe, si elle ne peut attribuer l'universalité des effets à une cause universelle , placée hors de tous les effets, ainsi que la physique n'^auroit plus d'objet, si elle ne pouvoit chercher la cause particulière des faits particuliers, qui sont le sujet de ses expériences. La morale n''a plus de base , sMl faut détacher Tidée des devoirs de celle àe pouvoir, qui en détermine la nature, en fixe Tétendue, en récompense Tobservation , ou en punit l'infraction. La société politique n''a plus de fondement, si Tautorité n'est plus que la domination de l'homme, et si les lois, qui en règlent Texercice , ne sont plus que des conventions temporaires acceptées parTintérêt du moment, ou des volontés arbitraires imposées par la force. Le langage même n''a plus de sens, si les termes les plus opposés entre eux , tels que cause, faits ou effets, n''expriment au fond que des modes du même être , et non des êtres différens ; et le silence que les sciences physiques affecteroienl de garder sur cette vérité première seroil un

DE LA CAUSE PREMIERE. Ijg

scandale pour la morale et un piège pour la politique. Mais la physique voudroit en vain se taire sur Texistence de TEtre suprême, cause première de tous les efiëts, entretien universel du genre humain. Parvenue aux confins de son domaine, elle est entraînée au-delà par la marche irrésistible de Tesprit et la force secrète des choses; et comment cette science, sans cesse occupée à observer des faits , pourroitelle ne jamais s'élever jusqu'aux causes, et considérer les œuvres sans songer à Pouvrier ? Aussi, après avoir épuisé les faits particuliers, et analysé, pour les découvrir, la matière jusque dans ses parties les plus imperceptibles , elle rencontre les vérités générales; mais, au lieu de reconnoître qu'elle entre ici dans un pays étranger, et où tout, idées et langage^ est nouveau pour elle , cette science de particularités s'obstine à penser avec ses images, à parler sa langue, et, forcée de s'occuper de la cause générale, elle la cherche dans des faits particuliers , les seuls qu'elle ait étudiés et qu'elle puisse connoître. Elle avoit décomposé la matière, elle la recompose, et de ses formes si fugitives, de ses parties inertes, dissolubles, insensibles, elle fait un tout éternel, inaltéra-

l8o DE LA CAUSE PREMIERE.

h\e , actif, intelligent ; elle n'a pas voulu d'une cause qui se dérobe à nos sens , elle en imagine une autre qui répugne à la raison ; et , malgré elle-même, passant à la morale, elle fait l'intelligence de l'organisation des êtres matériels, le pouvoir de leur nombre, les lois de leurs intérêts , les devoirs de leurs besoins : tristes et pénibles erreurs , que des savans , qui les proposent à l'imagination des liommes , mettent à la place des vérités simples et faciles qui ont éclairé la raison de tous les peuples !

Peut-être aussi , s'il faut le dire , qu'on laisseroit Dieu maître de l'univers physique , et , comme le roi des vents dont parle le poète , régner sur un monde sans habitans , vacud se jactet in auldj si , dans le créateur du monde matériel, une haute philosophie ne voyoit le législateur du monde moral : les matérialistes , qui appellent quelquefois Dieu leur matière , et qui lui attribuent aussi la puissance qui crée et l'intelligence qui dispose, souffriroient sans peine que nous donnassions un sens ditférent à la même expression ; ils ne chercheroient pas à en. venir avec nous aux explications , et pourvu que notre Dieu fût, comme le leur, un être purement idéal et Tobjet d'une stérile contcm-

DE LA CAUSE PREMliÈRE. jQl

plation, un Dieu qui, renfermé en lui-même, n''eût rien prescrit ni rien défendu , n"'exigeât de rhomme aucun sacrifice ni aucun culte du genre humain ; ils lui passeroient, si j^ose ainsi parler, la création , dont Timagination reculeroit l'époque lant qu'il lui plairoit. Ce n''est pas, à proprement parler, le dogme de Texistence de Dieu qu'ion attaque , et certes, quand on avance que la cause première est pour toujours dérobée à notre investigation , il est indifférent de la croire matière ou intelligence ; et sans doute une matière qui crée ses propres formes, qui se meut et s^arrange d'elle-même, et par sa propre énergie , n'est pas plus aisée à concevoir qu'une suprême intelligence qui a tout fait par sa volonté et tout réglé par sa sagesse.

Mais ce que les passions refusent de croire et s"' obstinent à nier, c'est la nécessité de la réalisation extérieure de la Divinité , pour fonder une société d''êtres réels et extérieurs ; c'est la vérité de ses révélations aux hommes pour leur apprendre ce qu'ils doivent à leurs semblables et ce qu'ils doivent à leur auteur : c'est enfin sa présence au monde , par ses lois morales , qui , ayant été écrites dès les pre-

iSa DE LA CAUSE PREMIERE.

iniers temps, sont, comme dit Cil. Bonnet, l'expression même physique de sa volonté. Il seroit Dieu pour tous les esprits , s'il n'avoit réglé autre chose que des organisations et des mouvemens, et il n'auroit pas été méconnu ou défiguré par la physique, s'il avoit pu rester étranger à la morale.

La cause première nous est donc connue autant qu'elle peut l'être par l'esprit humain : elle est connue en elle-même et pour notre entendement, puisqu'elle est nommée, et que notre esprit en fait l'application par les idées distinctes d'ordre, de sagesse, de bonté de puissance, dont nous trouvons quelques traits en nous-mêmes et dans nos propres actions, et hors de nous dans l'état extérieur de la société, et qui, reproduites de mille manières dans le langage, et réalisées sous mille formes, sont la base de toutes les lois, la raison de tout pouvoir, la règle de tous les devoirs, le fondement de toute société.

La cause première est connue de l'imagination par les effets qu'elle à produits, et qui rendent son opération perceptible à nos sens, et ainsi l'entendement conçoit l'idée de la cause, et l'imagination reçoit les images des eft'els.

DE LA CAUSE PREMIERE. i83

Aussi, quand récrivain sacré veut peindre les effets de la création* ou les phénomènes de la nature matérielle, son style abonde en figures et étincelle d"*images terribles ou gracieuses, toujours vives et souvent sublimes ; il personnifie tous les agens naturels, et donne à tout un corps et un langage. Son récit n''est qu*'une suite de tableaux, et nous voyons tout ce qu'il décrit. Mais lorsqu''il raconte la création même de Tunivers, ce fait général, ou plutôt cette manifestation réelle et sensible de la cause première, cet acte qui ne peut être représenté par aucune image, puisquMl a fait éclore tous les corps, et précédé toutes leurs images; cet acte, que l'entendement seul peut concevoir, et que Timagination ne sauroit se figurer, tout dans ses expressions est idée, rien n'est image, et un style sans modèle, parce que le sujet en est sans exemple , simple comme la volonté, et fort comme la puissance; un style, qui lui-même est une création, nous offre en quelque sorte la traduction littérale de la création matérielle : Au commencement, Dieu créa (i) le ciel et la terre; Dieu dit que

(1) Le verbe creare a pour racine le mot res, chose,

l8.j DE LA CAUSE PREMIERE.

la lumière soit, et la lumière fut. Mais si Timagination ne peut se former aucune représentation, aucune figure de la création^ Tentendement conçoit,. et même avec clarté, que ce qui n''a pas l'existence par lui-même a dû nécessairement la recevoir j et n^a pu la recevoir que d'une cause existante par elle-même, et, outre cette raison générale tirée des plus hautes et des plus distinctes perceptions de Tintelligence, il trouve dans rhomme et son langage, la société et ses lois, les peuples et leurs traditions, les motifs de crédibilité les plus puissans de tous ceux qui peuvent subjuguer la raison humaine.

L"'écueil contre lequel viennent échouer la plupart de ceux qui nient Fintelligence suprême comme cause première, ou, ce qui est Ja même chose, qui veulent qu'elle soit pour toujours dérobée à notre investigation, est le désordre qu'ils croient apercevoir dans le monde physique, ou qu'ils aperçoivent dans le monde moral, et qu'ils ne savent comment

d'où est venu reare, faire les clioses, mot qui, prononcé avec l'aspiration gutturale des Orientaux , a fait kreare, ou creare. Le mot réaliser a aussi res pour racine , et effectivement la création n'est que la réalisation dans le temps des idées éternelles du grand architecte.

accorder avec la puissance ou la gagesse du Créateur. Mais d^ibord il n'y a pas de désordre dans les lois générales qui assurent la durée du inonde physique, puisque l'univers matériel n*'auroit pu sans miracle subsister jusqu''à nous, si Tordre qui le conserve avoit été troublé, même un seul instant. Les irrégularités particulières, réelles ou apparentes, conditions nécessaires de Tordre général, et qui ne nous paroissent des désordres que parce que du point où nous sommes placés, nous ne pouvons considérer dans leur ensemble les lois générales de la conservation du monde, ne sauroient déranger le plan général de la création, puisqu'on voit, par exemple, les fruits de la terre mûrir tous les ans, un peu plus tôt, un peu plus tard, avec les saisons les plus contraires ; les tempêtes purifier l'air, et la dissolution même des corps servir à la recomposition de nouveaux êtres, et entrer ainsi dans le plan général de la conservation des espèces. Il est même bien peu de ces désordres locaux que rhomme ne puisse, par son industrie, prévenir ou réparer ; et le travail , cette redevance générale, cette prestation de toute la vie, sous laquelle le Créateur a inféodé au genre

l86 DE LA CAUSE PREMIERE.

humain le sol qu'il cultive et qui le nourrit, n'auroit plus d'^objet (i), si l'homme ne devoit sans cesse corriger ]''infertilité locale de la terre, ou diriger vers une fin utile sa fertilité sponlanée^ en arrachant, à la sueur de son front, les ronces et les épines, et remédier aux dérangemens des saisons, à Tinsalubrité accidentelle du climat, aux ravages des eaux, même au dépérissement des produits fragiles de son industrie. Mais cette puissance que rhomme a reçue pour corriger une nature malfaisante ou rebelle, souvent il l'emploie à contrarier une nature bienfaisante. Les gouvernemens, qui disposent de la plus grande force^ après celle de Dieu, de la force de la société, en emploient beaucoup plus à accroître les richesses artificielles qu'à conserver les biens naturels ; trop souvent ils oublient que l'Etat a plus besoin de forêts que de manufactures, et que, si le fisc gagne à rétablissement d'une nouvelle branche de commerce ou

(1) Un peuple à qui la nature fourniroit spontanément tout ce qui est nécessaire à la subsistance de l'ho mnie , et qui n'auroit aucun besoin de travailler pour se la procurer, ne parviendroit jamais à un haut degré de civilisation, ni de polilessc.

d^industrie, la société souffre de la perte de quelques arpens de son territoire emportés sans retour par les eaux. S^'l est quelques accidens auxquels certaines contrées sont exposées , dont tous les efforts de Thomme , et même tous les moyens des gouvernemens, ne peuvent prévenir ou réparer les funestes effets, c'est qu''il est peut-être vrai de dire que, dans un état de société plus simple et plus près de la nature originelle, Thomme devroit laisser au parcours des animaux ces terres qui dévorent leurs hahitans, et que le Créateur peutêtre n'avoit pas faites pour être la demeure de créatures humaines. Ainsi, dans un vaste édifice , toutes les pièces qui le composent ne sont pas destinées à fhabitation du maître ; et peut-être est-ce un désordre général dans Tadministration des Etats, et dont les passions des hommes sont la première causé, que des gouvernemens, qui peuvent conquérir des royaumes, ne puissenttransporter et établir ailleurs les hahitans d'un village menacé par la chute d'une montagne, ou l'éruption d'un volcan (i).

(1) La Fiance n'est exposée à aucun de ces fléaux, et si ses habitans , dans quelques contrées , souffrent du

Après tout, les maux physiques, même les plus insupportables, se terminent à la mort, que nous hâtons tous par nos passions ; à la mort, effrayante sans doute pour l'imagination, mais où la raison, même dépourvue des lumières de la religion, voit moins un mal qu'une nécessité, et la première condition de toute existence matérielle. Le désordre moral, Terreur et le crime est proprement le seul désordre de Funivers ; mais ce désordre est encore une suite nécessaire de la loi générale et naturelle du libre arbitre, attribut essentiel de l'humanité, et même le premier titre de la dignité de rhomme. Et comment pourroit-il prétendre au mérite de la vertu , s'il n'avoit pas la triste faculté de préférer le vice, et qu'il fût bon comme Teau est liquide ou la pierre pesante? C'est assez pour justifier la sagesse et la bonté du Créateur, qu'il ait mis dans le cœur de l'homme le désir général du bien, dans son esprit des lumières suffisantes pour le connoître, dans la société des secours efficaces pour l'opérer. Un prince, qui, pour conduire les voyageurs

voisinage de marais, le gouvernement travaille, depuis long-temps , à les dessécher.

à sa ville capitale, fait percer des routes à travers les forêts, construire des chaussées sur les marais, et des ponts sur les rivières; est-il responsable de la perte des imprudens, qui, dédaignant les secours qui leur sont offerts, ont préféré de s''égarer dans des sentiers impraticables, de passer les fleuves à la nage ou de s''enfoncer dans les marais ? Cette comparaison peut même nous fournir quelques lumières surTaccord du. libre arbitre de l'homme avec la volonté de Dieu : car le prince, dans cette supposition a voulu sauver tous les sujets, et même d^me volonté efficace ( s'ils veulent à leur tour y coopérer), puisque cette volonté l'a déterminé à de grands sacrifices pour assurer leur vie, et qu'il a pris, à cet effet, des moyens infaillibles : il n'a pas dû, pour les forcer à suivre la route qu'il leur a tracée, gêner la liberté qu'a tout homme d^aller et de venir où bon lui semble, cette liberté qui constitue la nature de l'homme et l'état du citoyen ; mais il a dû présenter à leur intelligence une raison plus que suffisante de choisir, et à leur amour naturel pour euxmêmes les motifs d'espoir ou de crainte les plus puissans ; et, même en supposant qu'il eût prévu que quelques voyageurs refuseroient de

igO DE LA CAUSE PREMIERE.

profiter de ses bienfaits, il n''auroit pu employer, pour les j contraindre, des moyens coactifs, sans bouleverser Tordre public, et constituer tous les sujets dans un état d'esclavage, incompatible avec la constitution naturelle de l'homme, et de Thomme en société. On peut remarquer encore, dans cet exemple, la nécessité de la coopération de la volonté du voyageur à la volonté du prince, et comment celui-ci dirige le choix du voyageur sans le contraindre j qV prévient sa volonté sans la forcer.

Cette comparaison me paroît même toutà-fait dans l'esprit, et même dans la lettre des livres saints qui appellent la vie de l'homme un voyage y et ne désignent jamais que par le nom de voies les desseins de Dieu et la conduite de riiomme. Je finis par une réflexion.

On diroit que nous avons deux esprits di£Férens, et comme deux méthodes opposées de jugement, une pour les objets de physique , l'autre pour les choses de morale.

En physique, on a fréquemment recours à des agens invisibles pour expliquer les phénomènes ou faits apparens de hi nature. Ainsi, lorsqu^'on veut, par exemple, rendre raison de

DE LA CAUSE PREMIERE. IQf

la tendance qui sollicite certains corps à se rapprocher ou à se fuir, on admet un fluide invisible, on en admet deux ; on suppose dans la matière , je ne dis pas des qualités occultes j parce que ce mot se prend en mauvaise pari, mais àes forces latentes, des attractions et des répulsions ; on attribue à des molécules absolument imperceptibles, inaccessibles à tous nos sens, des figures déterminées, des dispositions constantes; on soumet au calcul leurs mouvemens et leurs directions, et tout un système de connoissances physiques s'è\h\Gsurun point ou se trouve un nuage qu il n'a pas été donné à Cœil du génie de poui^oir percer. Ce sont les propres expressions de M. Haiiy, en parlant du système de Newton ; et certes, s'il est une liypothèsede physique qui mérite d*'être mise en parallèle avec le système entier des vérités morales, c^CvSt sans doute celle qui embrasse et explique le monde des mouvemens , comme la morale comprend et règle le monde des actions ; celle que nous devons au puissant génie qui a déterminé les lois et analysé les elïèts de la lumière, cette image sensible de toute vérité.

Et cependant, malgré le nuage qui se iroin'e

sur le fondement même de l'hypothèse de Newton, sur ce point que son génie n'a pu percer, c'est avec raison, sans doute, que ce philosophe, et ceux qui ont adopté ses opinions, ont admis cette force secrète au moyen de laquelle ils ont expliqué toute la.' mécanique céleste^ et dont Texistence leur a paru suffisamment justifiée par le calcul des mouvemens réels ou apparens de ces corps immenses, dont la masse, " la distance, la vitesse, épouvantent jusqu'à l'imagination, et accableroient la pensée de leur infinij si Thomme, forcé de plier sous les méthodes d'investigation qu'il s'est créées, n'appeloit la raison de la géométrie au secours de sa propre raison.

L'existence d'une cause première, toute puissante, souverainement intelligente, qui a tout fait et tout ordonné dans le monde moral et dans le monde matériel, qui a donné des lois à la société des hommes, comme elle en a établi pour la génération des animaux et la végétation des plantes, est aussi le point fondamental de la science morale. L'imagination, qui voudroit se figurer tout, et même ce qtie la raison seule doit concevoir, trouve aussi sur ce point un nuage que tous ses efforts ne

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sauroient percer; mais ce point supposé donne aussi la raison de tous les phénomènes du monde moral : il explique l'homme et son intelligence, la société et ses lois, les peuples et leurs traditions; il explique Tinexplicable accord de toutes les sociétés, même les moins avancées, sur les lois fondamentales de Tordre social, malgré la diversité des temps, des lieux, des climats, la variété des événemens, Topposition des mœurs et des intérêts; il explique cette idée universelle de la Divinité exprimée dans toutes les langues, cette disposition générale à figurer la Divinité qu''on retrouve chez tous les peuples, ce sentiment unanime de la Divinité manifesté par une action publique dans tous les cultes; il explique la pensée uniforme de tous les législateurs, au moins jusqu'à ceux de nos jours, qui ont, avec raison, fait intervenir la Divinité dans les lois qu'ils donnoient aux hommes (i); il explique

(1) Lorsque Numa, par exemple, voulant donner des lois au peuple romain , supposoit des entretiens secrets avec une divinité, il trompoit Timagination des hommes , mais il n'égaroit pas leur raison ; car la pensée à de bonnes lois est un entretien avec la Divinité de qui elles émanent.

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