‹ ŒuvresChapitre 10 sur 186 · LIVRE II, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE

nécessaires de conservation, entre lesquels l'art de la parole , qui donne la connoissance de la règle , est le premier? « Car l'homme, dit la souverain.»1 » raison , ne vit pas seulement de pain , mais de » toute parole qui vient de Dieu. » Ce qui veut dire que les lois sont aussi nécessaires que les alimens pour perpétuer le genre humain. Or la raison repousse toute connoissance de la loi qui seroil innée, comme l'est le besoin de manger et de boire; car si la connoissance de la loi étoit ainsi innée ou gravée au fond des cœurs, nous saurions tous la loi, comme nous savons manger et boire-, et loin qu'il fallût nous faire violence pour l'observer, ce ne seroit qu'avec de grands efforts sur nous-ménn que nous pourrions l'enfreindre, comme ce n'est qu'en nous faisant violence que nous nous abstenons de toute nourriture. Une autre preuve que la connoissance de la loi est acquise comme tout» nuire, est que nous l'exprimons chacun dans la langue qui nous a été* enseignée. Des philosophes qui, en théorie, ne nient pas la Divinité, ne croient pas nécessaire son intervention dans la société, el

attribuent la souveraineté à rhomme pris collectivement;, OU au peuple. .Mais ont-ils réfléchi aux conséquences de ces principes? Si le peuple souverain légitime, toutes lea lois laites par le peuple ou iu nom du peuple BODl honni- . el la loi

de l'infanticide, que porte ou que souffre un peuple

pour borner l'excès de sa population , est aussi bonne que celle qu'il porte pour encourager les mariages. Si l'on dit qu'il y a une loi naturelle à laquelle le peuple doit conformer ses lois, ce souverain reçoit des lois, et nous remontons à la Divinité, souveraine du peuple souverain. Si l'on soutient que cette loi naturelle est gravée dans le cœur de tous les hommes, ou se met dans l'impossibilité d'expliquer pourquoi les hommes lisent cette loi sous des versions si différentes, que ce qui est permis ou ordonné par les uns est regardé avec horreur par les autres, et que les coutumes abominables pratiquées sans contradiction chez les peuples païens anciens et modernes nous paroissent des crimes attentatoires à la loi suprême de la conservation. Il n'y a , j'ose le dire , qu'une issue pour sortir de ce labyrinthe, et Jurieu l'a trouvée : c'est de séparer la loi populaire de la raison générale , et de soutenir que le peuple est la seule autorité qui n'ait pas besoin d'avoir raison-, proposition répétée dans les mêmes termes à l'Assemblée constituante , et qui sera éternellement reproduite par tous les raisonneurs conséquens qui admettront comme un dogme la souveraineté populaire-, proposition que Cicéron lui-même n'eût pu nier sans inconséquence, s'il eût entendu dans un sens absolu ces paroles d'un de ses discours : Populus Hum anus paies quem est potestas omnium re-

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