‹ ŒuvresChapitre 119 sur 186 · CHAPITRE VI. 29c · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 29c

de mettre l'autorité publique en contradiction avec l'autorité domestique de l'âge et du sexe , en conférant à des jeunes gens l'autorité des grades , ou laissant usurper aux femmes celle de l'influence et du crédit. Il résulte de cette infraction aux lois de la nature un double désordre qui existoit en France depuis longtemps , et qui a été un des premiers motifs et des plus puissans véhicules de notre révolution. Les jeunes gens et les femmes s'enorgueillissent de l'autorité , parce qu'on ne s'enorgueillit jamais que d'un pouvoir usurpé : ils veulent revêtir la gravité et la dignité, et ils tombent dans la fatuité ou L'impertinence , et l'indignation , ou même la haine qu'ils inspirent aux subordonnés, passe toujours de la personne à la place. L'obéissance est si lâcheuse à l'amour-propre , elle est même si contraire aux secrets penehans de 1 homme, que ce n'esl pas trop de tous les genres d'autorité à la fois, pour vaincre les répugnances de notre cœur, et triompher de son opposition. Ces! dans les chefs des nations une grande erreur

■ m, . ertain rang vouloienl uommei des généraux ministres, des évêques, et dédaignoienl d'êln épon * H mère

d'ôter, au pouvoir qu'ils confèrent, l'appui de l'autorité la plus respectable , celle que la nature donne à l'âge avancé et au sexe fort. 11 n'y a que le pouvoir placé dans la famille , qui puisse être aux mains de la jeunesse sans être un objet de haine ou de mépris , parce qu'un pouvoir héréditaire ne meurt pas , et qu'il est toujours âgé , même sur la tète de l'enfant. Jamais vérité politique mieux établie par la raison et l'histoire, que le danger de la promotion des jeunes gens aux grades supérieurs du ministère public, hors d'une nécessité extraordinaire dans l'Etat; t?t le gouvernement doit tenir pour maxime générale , que des dispenses d'âge accordées aux supérieurs sont pour les inférieurs une dispense de respect.

Les mœurs devinrent féroces en devenant licencieuses , et la fureur des combats singuliers (1) , bien différens des combats judiciaires d'autrefois , commença avec la débauche , l'in-

(i) On croyoit alors que la justice du roi pouvoit permettre ou ordonner le combat entre deux particuliers, comme elle l'ordonne entre deux nations. Le clergé luimême partagcoit cette opinion, puisqu'il consacroif 1<" duel par des cére'monies religieuses.

Page 1