CHAPITRE Vil
des généraux par commission avoient remplacé dans le commandement des armées le connétable, commandant né des forces de l'Etat, et lieutenant naturel de la royauté. C'étoit là une véritable révolution, et elle annonçoitque la dignité suprême, et de laquelle émanent toutes les autres dignités, alloit elle-même tomber en commission, et devenir amovible (1).
Dès que la noblesse ne fut plus le ministère public et l'action conservatrice du pouvoir général , il s'éleva dans l'Etat des pouvoirs particuliers, dont les nobles furent trop souvent l'instrument. Dans les troubles suscités par la réforme, les gentilshommes protestans s'attachèrent aux princes rebelles ou à l'amiral de Coligni, et même au temps de la ligue, les gentilshommes catholiques servirent moins Henri 111 que les Guises. On lit dans les mémoires du temps que, sous Henri IV, le duc d'Epernon, brouillé avec Sully, n'osa point sortir de son hôtel, parce qu'il n avoit que si\
(i) Jusque-là la Fraince s'étoif tgrandie par des
réunions; elle alloit s'agrandir par des conquêtes , ci
les commissions amovibles y sont plus propres*
3*4 TRAITÉ DU MINISTERE PUBLIC, cents gentilshommes autour de lui, et que Sully en avoit huit cents. Lors de la fronde, on les vit offrir leurs services au prince de Condé , au parlement, à Mazarin, même au coadjuteur. Ces dévouemens éloient publics et connus même sous Louis XIV, et l'on en trouve un exemple remarquable dans le journal de son règne, que le P. Daniel a inséré à la suite de son histoire, « M. le prince, » dit le journal, « ayant fait demander justice au » roi par M. Le Tellier contre le comte de )) Coligni, qu'il accusoit de dire partout qu'il » tueroit M. le prince, le roi répondit qu'a- )) vant de prendre un parti, il falloit entendre )) ce que Coligni avoil à dire pour se justifier; » qu'il avoit appris que Coligni disoit partout » que M. le prince ne le haïssoit après l'avoir » tant aimé, et avoir dit tant de bien de lui, )) que parce qu'il s'étoit attaché uniquement y> au service du roi ; et que si ce propos avoit )) quelque fondement, il (le roi) se c roi roi t )) déshonoré, s'il abandonnoit Coligni à la co- » 1ère de M. le prince. » La noblesse aujourd'hui ne servoil plus que l'Etat, et si une fois, alarmée des dangers que cou roi t la personne royale , elle a manqué , pour sauver le roi , à