‹ ŒuvresChapitre 139 sur 186 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tous les grades étoient insuffisans, et il falloit suppléer à leur modicité par une fortune patrimoniale : même les pensions de retraite que l'Etat accordoit aux militaires, après un long temps de service, représentoient à peine l'intérêt de ce qu'il en avoit coûté pour s'y soutenir.

Mais c'étoit surtout dans la magistrature que l'influence puissante , et en quelque sorte constitutionnelle, de la propriété foncière se faisoit le plus sentir.

La vénalité des offices avoit attaché le devoir de juger à une propriété mobiliaire placée sur le fisc, et dépendante des hommes et des évènemens. Cette disposition, même avec cet inconvénient, valoit beaucoup mieux que le choix prétendu du mérite et des talens, qui, dans une société formée, ne peut être que le voile sous lequel se cache la corruption, et ne fait que substituer une vénalité srerète, scandaleuse et sans bornes, à une taxe publique, et dès-lors légale et déterminée; car, lorsque les moyens d'intrigue sont perfectionnés au point qu'ils le sont en Europe, on peut, dire que, même sous le gouvernement le plus lion-

336 TRAITÉ DU MIMSTÈltE PUBLIC,

note, la faveur vend toujours ce qu'on croit quelle donne , et ce qu'elle croit elle-même donner. Ce ministère judiciaire de nouvelle création devoit cire, et fut effectivement dans l'origine moins considéré que le ministère établi sur la propriété foncière, par cela seul qu'il étoit plus dépendant d:*s hommes et des évènemcns. Ce qui le prouve sans réplique, est que la noblesse de robe est devenue plus considérée , à mesure qu'elle est devenue plus propriétaire, et par là plus indépendante. Je m'explique. À mesure que, par l'accroissement du numéraire, l'intérêt delà finance donnée pour l'acquisition d'un office de judicature perdit de sa proportion avec le capital primitif, le magistrat ne put vivre décemment avec un revenu devenu si modique, que les gages mêmes des premiers offices dans les cours inférieures ou souveraines de justice ordinaire rapportoient à peine un pour cent de leur finance. Le magistrat, obligé aux dépenses que demandent un état honorable et le séjour d'une grande ville, dut posséder une fortune considérable, et indépendante de sa charge. Cette fortune fut presque toujours en terres, principalement depuis un siècle, et dans les provinces, où les placemcns de capitaux étoient difficiles sur les

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