CHAPITRE IX. 34i
dit Montesquieu, ce qui sert toujours avec le » capital de son bien; qui, quand elle est rui- » née, donne sa place à un autre, qui servira )) avec son capital encore. » Sans doute, la noblesse ne remplissent pas sa destination aussi parfaitement, ni surtout aussi généralement qu'elle auroit pu le faire avec de meilleures institutions, mais aussi bien que pouvoit le lui permettre son état actuel, et mieux qu'en aucun autre pays de l'Europe. Dans la révolution même, cette grande épreuve des hommes et des institutions, la noblesse française en général a montré, soit en corps, soit individuellement, une religieuse fidélité aux lois monarchiques, ou du moins une grande répugnance aux institutions démocratiques; et ce n'est que dans les premiers temps que quelques-uns, éjgarés par les nouvelles doctrines, ont manqué de foi à la perfection de nos lois fondamentales, et peut-être ont regardé la monarchie anglaise comme le chef-d'œuvre de l'art , au lieu d-MÏmirer dans la monarchie française le chefd'œuvre de la nature.
•le ne parle pas de l'émigration j et cependant le pins grand nombre de ceux que celte grande tempête a submergés pourroienl dire
ce que disoit Cicéron rendant compte à Aulus Torquatus des motifs qui l'avoient engagé à quitter l'Italie pour aller se réunir à Pompée : « Ce n'est pas, » dit ce vertueux Romain, « dans le dessein de mettre à profit la victoire » que j'ai abandonné ma patrie , mes enfans et » mes biens ; mais dans la persuasion que je )) m'acquittois d'un devoir juste, sacré, indis- » pensable, que la profession honorable que » je remplissois m'imposoit envers l'Etat. » Nec enim nos arbitror victoriœ prœmiis ductos patriam olim et liberos et fortunas reliquisse , sed quoddam nobis offîcium justum et pium et debitum reipublicœ , nostrœque dignitati videbamur sequi. (Epist. Cic.)
Je sais combien les écarts d'une jeunesse livrée à elle-même, les fautes de l'inexpérience et les conseils du désespoir ont dégradé dans quelques-uns ce premier mouvement d'un cœur français; mais je sais aussi quelle fermeté inaltérable , quelle sublime résignation , quel courageux support de toutes les privations, quelles vertus célestes connues de Dieu seul , et dont les hommes n'étoient pas dignes, ont honoré les plus extrêmes malheurs donl puissent ètae frappées des familles accouta-