NÉCESSITÉ DU MINISTÈRE POLITIQUE
Il n'a jamais existé , il ne peut même exister tic société sans pouvoir, ni de pouvoir sans ministre. Le ministère est le moyen , l'instrument du pouvoir; et comme la perfection de l'effet dépend autant de la perfection du moyen cpie de celle de la cause, il est évident que la perfection du ministère public est le premier et le seul moyen de perfection de la société. La perfection, si l'on veut, est une chimère pour l'individu qui, dans le court espace de Sa vie, ne peut apercevoir de progrès sensible vers le mieux; mais elle est réelle et sensible pour la
société, qui embrasse une longue durée de siècles et une longue suite d'évènemens. La vérité consiste dans la connoissanee de celle perfection, el le devoir de férrivain est de la présentera la société comme le lerine auquel elle doit tendre sans C6SS6, même quand elle de-
vroit n'y parvenir jamais. Comment les goa-
vernemeiis ne se proposcroienl ils pas les lois 11. i
37o TRAITÉ 1)1 MINISTÈRE PUBLIC,
les plus parfaites de la constitution morale des hommes , lorsqu'ils sont perpétuellement occupés à favoriser l'invention ou l'exécution des lois les plus commodes de leur existence physique , je veux dire les meilleures manières de loger l'homme, de le nourrir, de le vêtir, de le guérir dans ses maladies , de le transporter par terre ou par mer, etc. ?
L'homme qui croit à la nécessité de V ordre dans la société doit donc, s'il est conséquent, croire à la nécessité des moyens de cet ordre, donc à la nécessité du ministère public et de sa meilleure constitution ; car il faut prendre garde que ce moyen n'est bon que lorsqu'il est parfait, et que tout ce qu'il y reste d'imparfait et de vicieux, loin d'être un moyen d'ordre, est un principe de destruction. Non-seulement il est conséquent à certaines opinions de croire au retour de l'ordre dans la société, mais il est extrêmement utile d'en indiquer les moyens, quelque éloignés même qu'ils paroissent des idées dominantes , parce qu'il n'y a rien de plus foiblc et de plus variable que des idées dominantes , quand elles sont fausses : on ne doit pas même taxer ces moyens de sévérité et