LIVRE II, CHAPITRE 11. 3i
cipales et aux lois secondaires. « Il faut, dit- il, » observer les unes, et ne pas négliger les autres. »
(b) Les lois mêmes de l'ordre physique sont la volonté de celui qui a créé les corps avec les moyens nécessaires de leur conservation, et la règle de l'homme dans l'usage qu'il fait de ces moyens. L'homme ne pourroit faire croître du blé en contrariant les lois de la végétation , bâtir en contrariant celles de la pesanteur, marcher en contrariant celles du mouvement, etc.
(c) La loi qui permet le célibat n'est point opposée à la loi qui règle le mariage. La lin du mariage est de conserver le genre humain par la reproduction ; la lin du célibat social est de donner à la société des minisires uniquement occupés de leurs fonctions, et qui conservent les hommes, les uns, en leur communiquant la force morale de vivre en paix avec leurs semblables, les autres, en les empêchant, par la force physique, de troubler la paix. Ce sont des lois de conservation des familles, et la société se perpétue et s'accroît bien plus par la perpétuité des familles que par la lrcqiience des mariages.
Plus un peuple est coustitué, plus il l'ait de
lois politiques des lois religieuses, et de ses lois religieuses des lois politiques, non pas en civilisant
la religion, mais on consacrant la politique. Ceux qui veulent sans cesse séparer Tune de l'autre n'ont jamais compris l'homme ni la société : ils peuvent être des savans ou de beaux esprits, mais ils ne sont pas des philosophes.
(d) Le franc ou libre arbitre , qui consiste dans la faculté de choisir entre le bien ou le mal, ne peut pas être en Dieu , souverainement libre, c'està-dire nécessairement parfait et déterminé par sa nature à ne vouloir et à ne faire que le bien. C'est le sens de cet axiome des thomistes que Malebranche cite avec complaisance : Moins la volonté est suspendue , plus elle est libre. Ainsi l'homme, à mesure qu'il est plus vertueux, et qu'il conforme plus sa volonté à la volonté divine , gagne en liberté ce qu'il perd de la faculté de choisir le mal, comme en devenant vicieux , il perd de sa liberté, à mesure qu'il perd en faculté de choisir le bien.
La liberté pour un être consiste dans la faculté de parvenir à sa fin naturelle j elle est donc pour l'être intelligent dans la raison et dans la vertu.
(e) Cette distinction de légitime et de légal est d'une haute importance, et résout de grandes difficultés. La loi générale et fondamentale est l'état légitime } les lois locales et particulières sont l'état légal. La loi générale est éternelle, immuable, et