CHAPITRE XIII
et pour le peuple, par mille raisons domestiques et politiques. S'il est une vérité d'administration généralement reconnue, c'est que les campagnes ont tout perdu par l'éloignement des grands propriétaires, et l'on peut, sans entrer dans d'autres détails, regarder comme un axiome de la science de l'économie publique, que tout ce qu'il y a de bon, de nécessaire à apprendre ou à inspirer au peuple en agriculture, en habitudes domestiques, même en morale pratique, tient à la constitution domestique des familles vouées au ministère public jet à leur résidence habituelle sur leurs propriétés. « Les bois et les champs, » dit un ancien auteur, « forment plus la noblesse )) que les villes (i). » On ne manquera pas de m'opposer les désordres de la féodalité, et toutes les déclamations que les esprits chagrins ou prévenus se sont permises contre cette institution plus naturelle qu'on ne pense, puisque, selon Condorcet, «on la retrouve à la )) même époque chez tous Les peuples. » La féodalité signifie la fidélité > et si les abus en
(i) Plus ru ru et ur/uus runfcrutit ad ct>risc<jurri<lum unhililatem quinu urbvs . dit Pog€, <|ui cYiivoit sur Itdroil
public au quinzième siècle.
39o TRAITE 1M MINISTERE IMJRLIC,
éloient devenus odieux , l'origine assurément en étoit respectable , et la nature essentiellement bonne. Les abus de la féodalité tenoient moins à la disposition des hommes, toujours et partout les mêmes, qu'au malheur des temps et à la faiblesse de l'autorité publique. Les vices de la politesse ont succédé aux désordres de la violence ; mais si l'on prenoit le tableau des jugemens criminels pour mesure de la bonté d'une nation à ses diverses époques, je crois qu'on trouveroit aujourd'hui des forfaits plus odieux et plus fréquens qu'ils ne l'étoient dans ces temps si décriés , et du moins on remarquerait que les grandes expiations et les sentimens de repentir sont beaucoup plus rares de nos jours, parce que l'homme alors étoit emporté, et qu'aujourd'hui il est corrompu. Mais en laissant à part ces récriminations , et le parallèle qu'on pourroit établir entre les siècles de la religion et les siècles de la philosophie , entre les temps de la féodalité et ceux de la fiscalité, nous nous contenterons de citer un passage extrêmement remarquable du plus grand ennemi de la féodalité, et de tout ce qui s'y rapporte. « Le gouvernement féodal, » dit Mably , « étoit sans doute ce que la licence a imaginé de plus contraire à la (in que lea