‹ ŒuvresChapitre 174 sur 186 · CHAPITRE \IV. joi · texte numérisé non relu

CHAPITRE \IV. joi

publics dcvroient être sévères comme leurs fonctions, et graves comme leurs devoirs; tout devroit s'y rapporter au bien de la société , peu à la satisfaction personnelle de l'individu. Il faut laisser à l'homme la science qui enfle; c'est assez pour le ministre de celle qui édifie. Ainsi l'homme dévoué au ministère politique devroit être instruit dans l'art de l'agriculture , le premier et le plus noble des arts domestiques, dans la science de la guerre et dans celle de la paix ; il doit connoître l'histoire, la politique, la jurisprudence, la littérature même, instrument universel des sciences morales. Au reste, les opinions des Romains sur la culture des arts frivoles, qu'ils abandonnoient aux esclaves et aux affranchis, ne nous étoient pas totalement étrangères, et peut-être ne s'étoîent-elles que trop affaiblies chez nous. La culture de certains arts n'est qu'un plaisir : elle est un ridicule, si elle devient passion; cl quoique les arts agréables soient un délassement honnête ou même une parure utile, qui ajoute la perfection des manières;'» celle des mœurs, il ne l'aul pas perdre

de vue qu'il n'y a de noble que les devoirs. Je

ne crains pas de dire (pie la jeunesse aujourd'hui cultive jusqu'à l'excès certaines sciences

jo2 TUAITE DU MINISTERE PUBLIC, qui dessèchent le cœur, rendent le corps inhabile à l'exercice , et l'esprit à la méditation des vérités morales. Bossuet estimoit peu ces sciences exactes , « vaine pâture des esprits curieux » etfoibles,... qui croient savoir quelque chose, » parce qu'ils savent les propriétés des gran- » deurs et des petitesses. » Fénelon redoutoit la satisfaction attachée à l'évidence de leurs propositions , et Descartes lui-même en faisoit assez peu de cas. Elles ne redressent pas un esprit faux, et n'apprennent pas à raisonner en morale à un esprit naturellement droit ; et pour quelques génies qu'elles n'étendent que parce qu'eux - mêmes en reculent les bornes , elles étouffent un grand nombre de bons esprits qui se forcent , et peut-être qui s?épuisent dans ces pénibles et ingrates contemplations. Au reste, il est à remarquer qu'on n'a jamais débité plus d'erreurs sur les principes de la société, ni fait plus de fautes dans la conduite des affaires publiques, que depuis qu'on a découvert plus de vérités dans les sciences physiques , et qu'on en a fait des applications plus heureuses ; ce qui prouve qu'on peut savoir tout ce que Newton et Lavoisier savoient en géométrie et chimie, sans connoître un mot

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