CHAPITRE XV. 4i
guesclin, et l'Eglise sous Anne de Montmorency, appartenoit exclusivement à la noblesse, et elle a été dangereuse, lorsqu'elle a été confiée à des mains plus puissantes. Les rois, en France, n'ont pas assez senti combien ce premier officier étoit nécessaire au pouvoir dont il étoit le vicaire, et trop alarmés sur les trames ambitieuses de quelques hommes, ils ont fermé les yeux sur le danger des révoltes populaires : à la place des dignités, ils ont créé des commissions ; le prince a été entouré de courtisans, et l'Etat n'a plus eu de serviteurs.
Ce premier officier du pouvoir existoit chez les Germains : lièges ex nobilitate , duces §m virtute sumunt; il existoit même chez les Romains, lorsqu'ils se constituaient en monarchie, et le maître de la cavalerie, lieutenant du dictateur, véritable monarque, avoit les mêmes fonctions et presque; le même titre que le connétable, cernes etahuliy comte prépose à la cavalerie. Dne dignité, qui étoit en quelque SOrte le liras du pouvoir, et qui soutenoit
un roi (bible sans alarmer un roi fort, ■ toujours existe en France jusqu'à Louis \11L sous un nom ou sous un autre, .le dis jusqu'à
j,t» TRAITE DU MINISTERE PUBLIC,
Louis XIII, car il est à remarquer que cet office, conservé, agrandi par les rois les plus forts, a été aboli par le roi le plus foible. Ce fut saint Louis qui donna au connétable les attributions militaires de la Charge de grand sénéchal , devenue héréditaire dans la maison d'Anjou, et entrée avec les autres biens de cette maison dans celle d'Angleterre. Les offices ne peuvent être dangereux que lorsqu'ils deviennent héréditaires contre la nature des offices, qui doivent être électifs, duces ex virtute. Les survivances pour les grandes places étoient un des grands abus des derniers temps. On retrouvoit encore quelque vestige de la juridiction personnelle de connétable dans le corps de la connétablie > et même de la dignité elle-même dans le tribunal des maréchaux de France, présidé par le plus ancien d'entre eux. Les maréchaux de France étoient autrefois les lieutenans du connétable, qui avoit en eux ses lieutenans-généraux pour l'ordre militaire, comme il y en avoit dans l'ordre judiciaire. Mais les lieutenans-généraux étant devenus, sous le titre de maréchaux de France, les premiers officiers militaires , il s'éleva à leur place d'autres lieutenans-généraux des armées, qui »\istoient encore de nos jours, comme dans