CHAPITRE XV jig
des hommes , les hommes sont souvent meilleurs que leurs lois ; mais dans les institutions qui sont l'ouvrage de la nature, les lois sont toujours plus parfaites que les hommes (1). Nos neveux diront la part que les deux ordres chargés des fonctions publiques ont eue à la conservation de la société civilisée, en faisant connoître dans toute l'Europe, par le scandale de la persécution dont ils ont été l'objet, les terribles et inévitables effets des doctrines populaires , ou en entretenant en France, par leur exemple, une opposition salutaire à ces maximes désastreuses, depuis si solennellement désavouées (2) : ils remarqueront que si ces deux ordres de citoyens n'ont pas contribué de leurs personnes à l'agrandissement de l'Etat, toujours destinés
(1) C'est ce qu'on ne doit jamais perdre de vue, quand on compare certaines institutions religieuses ou politiques avec d'autres institutions , certains homme* avec d'autres hommes, et qu'on cherche à s'expliquel pourquoi les hommes sont si rarement d'accord avec Leurs principes, «•! qu'ils sont tantôl meilleurs que leur
doctrine, Cl tantôt pins mauvais.
(a) Elles le furent un moment..** mais nous v revenons aujourd'hui, et elles seroient plus ddtasin encore — Qttod dii avêrtêntJ [Noté </<■ l'Editeur*)
{20 TRAITE DU MINISTÈRE PUBLIC, à le servir, même involontairement, ils y ont contribué de leurs biens, devenus à la fois pour le fisc, par l'invention prodigieuse des assignats, dont ils supportoient l'hypothèque, la matière, l'instrument et le prix de leur propre vente (1); et peut-être la plus malheu-
(i) L'intention première de l'Assemblée constituante fut d'abolir sans rachat les droits féodaux ou honorifiques, et avec rachat les droits fonciers ou utiles. Cette distinction étoit conséquente au projet de détruire le noble et de respecter le propriétaire, parce que les droits seigneuriaux, ou simplement féodaux, représentoient ou étoient, si l'on veut, la propriété politique du noble, et que les rentes foncières étoient évidemment la propriété domestique de la famille, et formoient pour cette raison, dans les pays à inféodation, une partie considérable du patrimoine des familles riches de toutes les conditions; car le paysan avoit quelquefois dans une terre plus de rentes foncières que le seigneur. La cupidité trouva cette distinction trop subtile, et s'étonna que le même pouvoir qui abolissoit sans rachat des droits simplement honorifiques, ou purement éventuels, s'ils étoient lucratifs, n'abolît qu'après rachat des rentes annuelles, qui étoient bien autrement onéreuses. Le principe étoit posé : de secrètes instigations, des déclamations publiques, la haine et l'avarice , tirèrent les conséquences , les droits du seigneur furent abolis, et les droits du propriétaire cessèrent d'être payés, et ne furent pas rachetés. Bientôt les