LIVRE II, CHAPITRE V
même à côté du père de famille. On ne peut assez le dire , la société des êtres moraux n'est formée que de rapports de personnes, et non de rapports d'animalité. Il y a des rapprochemens entre les corps; mais il n'y a de réunion, et par conséquent de société , qu'entre les êtres intelligens. Les brutes se rapprochent, et ne sont pas en société.
(d) La civilisation d'un peuple est la perfection de ses lois, sa politesse est la perfection de ses arts. Les Romains et les Grecs, avec leurs lois atroces ou licencieuses, étoient de vrais barbares, malgré toute leur politesse, leur urbanité, leur atticisme, et les Germains (s'ils étoient tels que nous les peint Tacite), avec leurs lois naturelles, étoient des peuples plus civilisés, malgré leur état inculte et grossier. La perfection des lois amène nécessairement la politesse des manières, et le peuple de l'Europe qui avoit les meilleures lois avoit les manières les plus aimables et le caractère le plus aimant. La différence des nations anciennes aux peuples modernes , sous ce rapport^ est que les aurions commencèrent par les arts, et furent polis sans être civilises, et que lea peuples modernes ont commencé par les , et ont été civilisés avant d'être polis. Les anciens furent comme ces fruits qui se corrompent lana mûrir, et ne laissent point après eux de germe
oui puisse Les reproduire, et tes modernes, au con-
traire , sont comme les fruits qui ne se corrompent qu'après leur maturité, et qui renferment dans leur sein des germes de reproduction. En un mot, les révolutions des sociétés païennes avoient pour terme leur anéantissement et l'établissement du christianisme : les révolutions des sociétés chrétiennes ont pour terme leur perfection par les progrès du christianisme ; où l'on voit combien est insensé le reproche que Gibbon fait à la religion chrétienne d'avoir détruit l'empire romain, comme si un culte contre la nature des êtres pouvoit et devoit subsister, et n'entraînoit pas à une perte inévitable les gouvernemens qui le professent, ou que le genre humain dût regretter ce grand scandale de la domination romaine, qui, sous quelque forme qu'elle ait paru dans l'univers, et quelque éclat qu'elle ait répandu, n'a jamais été que licence au centre et tyrannie aux extrémités.
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