‹ ŒuvresChapitre 52 sur 186 · LIVRE II, CHAPITRE XI. q · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XI. q

porté dans l'ordre visible, l'homme n'auroit plus de libre arbitre, il ne seroit plus l'homme, le monde présent ne seroit plus. Le grand mal de l'impunité dans la société, est de faire douter au peuple de la Providence. C'est aux gouvernemens une impiété de ne pas punir; mais ils ne doivent pas créer des délits. Les criminalistes modernes se sont élevés contre la distinction que faisoient nos anciennes lois des attentats contre les choses religieuses, appelés sacrilèges. Us n'ont pas vu que, plus l'ordre auquel on attente est général, plus on est coupable. Ainsi le faux monuoyage est un plus grand crime que le simple vol.

(c) La peine de mort, contre laquelle les philosophes s'élèvent, n'est pas une compensation pour l'ordre social que le coupable a troublé; car il n\ a nulle proportion entre la mort d'un homme qui doit mourir tôt ou tard, et l'ordre social qui ne doit jamais être troublé. Cette compensation ne peut se faire qu'avec l'amc immortelle de l'homme, et par 1rs peines de L'autre vie, auxquelles elle peut être condamnée par le juge souverain, devant lequel le pouvoir humain renvoie le coupable. Mais la peine de mort est le moyen qu'emploie la société pour empêcher un homme convaincu par ses actions de vouloir iroubler L'ordre, de persister

dans ses tentatives criminelles. Or. comme \,\

ciété est un être nécessaire, elle ne peut employer pour se conserver que des moyens infaillibles.

Il n'y a pas aujourd'hui en Europe d'homme éclairé qui ne regarde l'institution du jury en matière criminelle comme une institution de l'enfance de la société, et qui ne convient pas plus aux progrès de la corruption de l'homme qu'aux progrès de sa raison. Quand le crime est devenu un art, la fonction de le juger est une étude qui suppose l'instruction de plusieurs années et la pratique de toute la vie , et qui demande des hommes retirés comme dans un sanctuaire , loin de l'influence des intérêts et de la séduction des passions. L'esprit de l'ancienne jurisprudence étoit de venger la société; l'esprit de la nouvelle est de sauver l'accusé. Le jury, sorte de machine intermédiaire entre le juge et le coupable, et qu'il faut faire joue'* ne peut que condamner sur des faits consommés, ou absoudre sur des intentions présumées. Le juge, instrument de la loi et non pas son ministre , s'attache servilement à une lettre qui tue ou qui absout. Il n'y a que des évidences physiques et point de motifs moraux. Selon les matérialistes, le coupable est une machine, et le jury, le juge, l'instrument même du supplice, ne sont aussi que des machines dont le coupable ne peut , quoi qu'il fasse , être atteint, pourvu qu'il ne se meuve pas dans leur direction. Nous connoissions en France leju-

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