LIVRE II, CHAPITRE XIX
tolérance, pour ne pas dire la protection accordée depuis cinquante ans en France à des hommes et à des opinions impies, n'ait, même politiquement, été la première cause de ses malheurs. Il y a des désordres impunis ailleurs, que la France ne peut pas se permettre, et elle n'est pas dans le monde une société sans conséquence. Si Dieu est le pouvoir suprême de la chrétienté , la France est son premier ministre : elle a été le grand moyen de la Civilisation en Europe, et elle peut encore y rétablir les vraies maximes. On a toujours devant les yeux quelques entreprises surannées de la cour de Rome, et l'on ne sait pas que les progrès, la force, la civilisation, l'existence même des Etats de l'Europe est due à l'intervention perpétuelle de la COUt de Rome, et même à ses écarts, et qu'elle a été la mère qui a allaité, ('levé et souvent corrigé ces en fans à demi sauvages. Quand on en ira l'histoire avec cette pensée, au lieu de se traîner sur Les pas de nos historiens soi-disant philosophes, qui se sont traînés eux-mêmes sur les pas de AYielel et de Luther, et qui ont rappelé, exagéré, commenté jusqu'au dégoût les vices de quelques papes (1), on sera étonné des nouveaux points de vue qui
(l) Lcilniil/ , U)Ut lutlu'i un qu'il ettj ;i\.uuv qn .iiiruii Item n'.i « u-
ooeup pu ua plui grand nombre oYhonmei éminemment vertu • iv .m . - 1 polia , que li trône p*pa1 •
s'ouvriront en liistoiro et en politique. On est confondu , lorsqu'on pense aux livres qu'il faut refaire, surtout en histoire, et même en histoire de France, où nous n'avons presque que Daniel, et Héuault qui rend au P. Daniel la justice qu'on a refusée à la robe du Jésuite. L'Europe depuis long-temps fait fausse route, et malheur aux gouvernemens que la révolution n'aura pas remis dans le bon chemin! Il est vrai que tout le mal fait depuis un siècle ne peut pas être réparé dans dix ans, comme il y a des maux faits dans l'espace de dix ans qui ne peuvent pas être réparés dans un siècle : mais quand le pouvoir commence bien, le temps achève -, car le temps est le premier ministre de tout pouvoir qui veut le bieu.
Tous les gouvernemens anciens donnoient ou laissoient donner des biens à la religion. Les gouvernemens modernes tendent tous à la dépouiller de toute propriété , et à la réduire à l'état précaire et avilissant de mercenaire. De grands désordres, dont le premier sera l'asservissement de la religion et l'avilissement de la morale , seront la suite de ces théories où les gouvernemens sacrifient tout aux systèmes de quelques beaux esprits, et à l'avidité de quelques courtisans. La religion est un rempart que les gouvernemens en Europe cherchent à abattre, parce qu'il borne l'envie qu'ils ont de s'étendre. Quand ils l'auront renversé, ils seront ton'