CHAPITRE I
priétés, comme si un être vivant pouvoit subsister sans être propriétaire. Us étoient propriétaires de ce qu'on leur donnoit pour vivre, comme leurs successeurs sont propriétaires de ce qu'on leur a donné pour subsister. La seule différence est que les uns avoient une portion dans les fruits , et que les autres ont une portion dans le fonds. Ainsi le christianisme à son origine ressembla à toute société naissante qui quête une subsistance précaire par la chasse ou la pêche, avant de passer à l'étal fixe et assuré d'un peuple agricole.
Dès que la religion fut établissement public, il n'est plus question dans st\s annales des petites églises d'Ephèse, de Ihessalonique ou de Corinlhe, mais des grandes églises des Gaules, de la Germanie, d'Espagne, de l'église d'Orient et de l'église d'Occident, etc. ; et c'est aussi la marche de la politique, qui ne connoît
dans son dernier âge que les grands Etats, et
cette réflexion est applicable au temps présent. La monarchie des Francs avoit commencé
dans les forets de la Germanie; et , comme dans toute société, son chef, OOnstitué pour juger et pour combattre, avoit des ministre*
*5o TRAITÉ DU MINISTERE PUBLIC,
nécessaires de cette double fonction conservatrice de la société ; et Tacite le remarque expressément.
Ces ministres, qu'il appelle nohiles , comités, notables, nobles, compagnons, et plus tard convives du prince, n'eurent pas non plus , tant que la société ne fut pas fixée , des propriétés immobiliaires affectées à leur profession. Ils subsistoient aussi de présens qu'ils rece voient de leur chef, comme leur chef luimême subsistait de ceux qu'ils lui faisoient. C'est encore la même cbose dans les peuplades sauvages : mais le sauvage , peuple à son premier âge, n'a d'autres richesses que les productions du sol ; et les Germains , plus avancés d'un degré dans la civilisation, et qui connoissoient déjà les arts, et après eux les Francs, même sous la seconde race de nos rois , donnoient et recevoient des productions de l'industrie, des armes, des chevaux, des vases précieux.
Ce fut avec ces lois , ou plutôt avec ces coutumes politiques, que les Francs entrèrent dans les Gaules, où la religion chrétienne les a voit précédés. Leurs mœurs dures s'accom-