‹ ŒuvresChapitre 89 sur 186 · CHAPITRE I. j · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. j

des familles , vivoit encore dans ce gouvernement célèbre, qui, né dans son sein et soutenu par elle, la défendoit de toute la majesté attachée au nom et à la fortune de l'empire romain. La religion chrétienne osa attaquer sur son trône ce colosse d'erreur et de vice : la lutte fut terrible et sanglante, et dans cette guerre , qui dura depuis Néron jusqu'à Julien , dignes tous les deux d'être, l'un le premier et l'autre le dernier de ses persécuteurs (1) , la religion perdit les plus généreux de ses athlètes ; mais plus féconde par la mort de ses enfans , plus forte dans son apparente faiblesse , après trois siècles de combats et de victoires , elle triompha enfin sous Constantin, et convoquant à JNicée les chefs de sa milice, elle se fit reconnoître comme législatrice souveraine de l'univers, en iixant à l'homme ce qu'il devoit croire et ce qu'il devoit faire; et elle arbora sur les ruines du paganisme son étendard sacré, ce signe dans lequel elle devoit vaincre, et devant qui tous les rois de la terre dévoient un jour se prosterner.

(i) Julien l*Àposta1 lut le dernier persécuteur Montre i car Valens, qui persécuta après lui les catholiques, etoit Arien.

Tant que la religion vécut, pour ainsi direr dans les familles , elle ne subsista que des libéralités des fidèles, comme elle subsiste aujourd'hui en France , et partout où elle n'est pas ou n'est plus de l'Etat, et pour les mêmes raisons : mais à mesure qu'elle passa de la société domestique dont elle avoit réglé les mœurs, dans la société publique et politique dont elle de voit changer les lois, elle devint publique dans l'existence de ses ministres et dans l'entretien de son culte ; je veux dire qu'elle devint propriétaire, parce qu'il falloit qu'appelée à vivre au milieu des hommes et des évènemens, elle fût indépendante des uns et des autres.

La protection divine s'étoit assez montrée dans les progrès du christianisme : une fois établi, il rentroit dans les lois générales de l'ordre social, où tout ce qui n'est pas propriétaire du sol est, pour sa subsistance, nécessairement dépendant de l'homme.

Et qu'on ne dise pas. avec quelques sectes qui veulent toujours ramener le christianisme à son berceau, parce qu'elles n'ont pas la force d'en suivre les progrès, que son fondateur et ses premiers disciples n'avoient pas de pro-

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