CHAPITRE III. s
de la vie claustrale. Les supérieurs n'aperçurent pas, ou dissimulèrent les inconvéniens de ces changemens , qui les délivroient du soin de surveiller, et adoucissoient pour eux-mêmes l'austérité de la règle , toujours plus relâchée dans les maisons moins nombreuses. Quelquefois même la maison y gagna sous le rapport de l'administration de ces biens , puisqu'elle acquit pour de modiques honoraires un homme d'affaires , résidant sur les lieux , et intéressé à la fortune de la communauté , et ce motif fut quelquefois la seule raison de l'établissement des cures. Il arriva encore que des décimateurs, las de la campagne et de leurs fonctions, , payèrent un desservant, en se réservant la dune, et donnèrent naissance aux bénélices simples. Souvent aussi il se forma des paroisses, beaucoup trop éloignées des monastères où le desservant ne put plus faire sa résidence habituelle , et ainsi , soit nécessité , soit dégoût de la vie claustrale, les prêtres isoles dans les campagnes cessèrent d'appartenir à une maison commune.
1-e gouvernement, défenseur et gardien naturel de tous les établissemens religieux et politiques consentit à ces arrangemens, ou même
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les favorisa : il s'occupa du bien-être de chacun , plutôt que de l'intérêt de tous. Il ne vit pas qu'en fait de devoirs , il n'y a jamais de motif pour épargner de la peine à l'homme , et qu'il y en a toujours pour lui en donner, parce que l'accomplissement de tous les devoirs, ou la vertu, n'est qu'un continuel combat. Les gouvernemens cherchèrent même à tirer parti de ces innovations pour accroître leur crédit personnel, en conférant les bénéfices comme une faveur à des ecclésiastiques de leur choix, et quelquefois même à des laïques qui les possédèrent comme un patrimoine , et en trafiquèrent comme d'un héritage.
Ce fut une insensible, mais véritable révolution. Jusque-là le prêtre avoit eu sa part de la considéra lion dont jouissoit le corps auquel il appartenoit, et qui se compose de toutes les idées d'antiquité, de perpétuité, de propriété, de discipline même et de régularité, qui rendent un corps puissant et respectable; car il ne peut exister de règle que pour les corps, parce que l'autorité qui l'établit n'a de prise que sur les masses, et de là vient qu'on voit des corps politiques si bien réglés, composés