EX-VOTO
Le 17 octobre 1869, ma mère faillit être enlevée subitement à l'amour de tous les siens, par une terrible attaque qui, en peu d'heures, la réduisit à l'extrémité. Un habile médecin m'avertit du danger, ajoutant que certains symptômes alarmants ne lui laissaient guère d'espoir. La décomposition du visage était, paraît-il, effrayante et le pouls ne donnait déjà plus qu'une quarantaine de pulsations.
Après avoir reçu avec grande foi et humilité les derniers sacrements, la chère mourante, dont la présence d'esprit était entière, demeura dans le même état pendant quelques heures. « Ce sera pour ce soir, me dit-elle tranquillement; ce sera pour le coucher du soleil. »
Une pieuse amie de la famille, venue \ pour lui dire adieu et lui baiser une dernière fois la main, eut l'inspiration de recourir à Notre-Dame de Lourdes. Cette pensée fut accueillie de tous avec bonheur : par une coïncidence providentielle, le dernier livre que ma mère et moi avions lu ensemble à la fin de nos vacances, était précisément le beau et touchant livre de M. Henri Lasserre, sur les miracles de Lourdes.
Vers deux heures, notre excellente amie nous apporta un petit flacon renfermant de l'eau de la grotte miracu-
leuse; nous en mîmes quelques gouttes sur la compresse d'eau glacée qui rafraîchissait la tête de la pauvre malade, et je fis vœu, si la Sainte-Vierge nous laissait notre mère, d'aller célébrer, dans le sanctuaire même de Lourdes, une belle messe d'actions de grâces.
Quelques minutes après que l'eau de la bonne Vierge eut touché ma mère, celle-ci s'endormit d'un sommeil paisible, qui dura jusqu'à la chute du jour. Le soleil se coucha, et elle ne mourut point. « Alors, ce sera sans doute pour demain matin, me dit-elle encore, à moins que Notre-Dame de Lourdes... Ces sortes d'attaques reviennent presque toujours au lever ou au coucher du soleil. »
Le lendemain matin, le soleil se leva et le jour commença sans accident. Il en fut de même du soir, du jour suivant, et du jour suivant encore. Le danger proprement dit s'éloignait d'heure en heure, si bien qu'au bout de dix ou douze jours, la convalescence avait commencé tout de bon.
Le médecin, qui est un chrétien solide, constatait avec autant de bonheur que d'étonnement les progrès d'une guérison si fort inespérée. Sans vouloir présenter cette guérison comme un miracle, je n'ai pu m'empêcher de la regarder comme une faveur surnaturelle, et comme une très-grande grâce, due à la Vierge de Lourdes.
Plein de reconnaissance, j'ai donc accompli mon vœu. J'ai eu le bonheur de vénérer cette grotte sacrée, encore tout embaumée des parfums de la Mère de Dieu. Et comme j'ai voulu laisser à ce béni sanctuaire un petit ex-voto, en témoignage de ma gratitude et de mon amour, j'ai promis à Notre-Dame de Lourdes de résumer en un
petit opuscule populaire, à la portée de tous les esprits et de toutes les bourses, les merveilles que la miséricorde divine a daigné accomplir en ce lieu.
C'est ce petit travail que je dépose en ce moment aux pieds de la Sainte-Vierge, dans la grotte de Lourdes, et <iue j'offre ici à votre piété, mon cher lecteur.
Un mot sur les pèlerinages et 'es sanctuaires.
Il y a sur la terre un certain nombre d'endroits privilégiés, où la miséricorde du bon Dieu aime à se manifester avec une sorte de prodigalité. Ces lieux bénis s'appellent des sanctuaires, c'est-à-dire des endroits tout spécialement sanctifiés et sanctifiants. On les appelle aussi des pèlerinages, à cause de Taffluence des pèlerins qui vont y prier et y implorer des grâces.
Les pèlerinages sont, en effet, des sources, ou pour mieux dire des volcans de grâces. Un volcan est une montagne d'où s'échappe, sinon toujours, du moins souvent, le feu mystérieux qui remplit tout l'intérieur de la terre. Ce feu doni la puissance est inconcevable, se forme par-ci par là des ouvertures par lesquelles il communique avec le sol habité, soulevant le terrain tout à l'entour, jetant continuellement une fumée plus ou moins épaisse, et par moments entrant en éruption, comme on dit, et laissant jaillir de son cratère des torrents de lave ardente.
Tels sont, dans un sens spirituel,' nos pèlerinages, nos grands sanctuaires. « La terre est pleine de la miséricorde du Seigneur, » dit l'Écriture-Sainte ; cette divine miséricorde soutient et féconde nos âmes; comme le feu central de la terre, qui entretient dans le sol un certain degré de chaleur sans lequel tout périrait. Mais en outre, afin de satisfaire les besoins de son cœur et de ranimer sans cesse notre confiance et notre foi, le bon Dieu daigne faire éclater, faire pour ainsi dire déborder sur nous les trésors de son amour. Il choisit à cet effet certains lieux, qui deviennent ainsi des rendez-vous de prières, de piété, d'adoration, où les fidèles se retrempent et où les pauvres pécheurs se convertissent plus facilement. Toujours, dans cts sanctuaires, la grâce divine coule plus abon- ' damaient qu'ailleurs, comme la fumée des volcans qui ne s'interrompt jamais ; et souvent, soit pour la consolation des bons, soit pour la conversion ou la confusion des mauvais, la toute-puissante miséricorde de Dieu s'y manifeste par des prodiges, par des guérisons subites, et autres merveilles de ce genre.
On pourrait appliquer à chacun de ces lieux bénis d'où la miséricorde divine semble jaillir comme une source de vie, la belle invitation de TEpître de saint Paul aux Hébreux: « Approchons-nous avec confiance du trône de la grâce y afin d'y puiser la miséricorde ! » Oui, allons avec une foi simple, avec une humble confiance à ces sanctuaires de grâces, où nous sommes assurés de beaucoup recevoir. Puisque c'est là que le bon Dieu nous attend, nous appelle pour nous faire du bien, pourquoi ne pas répondre à une invitation si douce?
Quand on fait saintement les pèlerinages, on entre
comme à pleines voiles dans le courant de la volonté divine ; on est assuré d'être dans l'esprit de l'Église ; et l'on suit les traces des Saints, qui ont eu tous la dévotion des pèlerinages.
Maintenant, pourquoi Dieu choisit-il tel endroit plutôt que tel autre pour y faire ainsi éclater sa gloire, ou celle de sa Mère, ou celle de ses Saints ? C'est là le secret de sa providence, et le plus simple est de dire que nous n'en savons rien. En toutes choses, on arrive bien vite à un pourquoi sans réponse. Dieu est le maître de ses œuvres et de ses dons ; quand il daigne nous faire du bien, contentons-nous de l'adorer humblement et de lui rendre grâces.
Pour ne parler ici que des sanctuaires de la Sainte- Vierge, faisons remarquer combien notre France catholique a été privilégiée sous ce rapport. Il n'est presque point de diocèse qui ne possède quelqu'un de ces pèlerinages où le cœur miséricordieux de Marie se plaît à consoler et à sanctifier ses enfants, et cela quelquefois depuis des siècles. L'histoire de chacun de ces pèlerinages a été recueillie avec un pieux respect, et forme, sous le titre de Notre-Dame de France, un ouvrage plein d'enseignements et de touchants souvenirs.
Qui n'a entendu parler de Notre-Dame des Victoires, de Notre-Dame de Chartres, de Notre-Dame de Fourvières, de Notre-Dame de la Salette, de Notre-Dame de la Garde, de Bon-Secours, de Boulogne, de la Treille, de Liesse, de Séez, de la Délivrande, etc. ?
Le sanctuaire de Lourdes est le dernier venu. Sans vouloir rien enlever aux autres, il faut avouer qu'il brille déjà d'un éclat merveilleux, et que la Très-Sainte Vierge
semble y multiplier, y multiplier encore les prodiges de sa puissance. Afin d'éclairer et d'exciter tout à la fois la piété des pèlerins, j'ose leur présenter cet opuscule où je retrace en quelques pages les souvenirs incomparables du sanctuaire de PImmaculée-Conception.
La grotte prédestinée de Lourdes
Lourdes est une jolie petite ville des Pyrénées, dans le diocèse de Tarbes. Avant les merveilles que nous allons rapporter, Lourdes n'était guère connue que par son excellent chocolat. Elle est située à l'entrée de plusieurs gorges de montagnes qui conduisent aux eaux thermales les plus fréquentées des Pyrénées, entre autres Cauterets, Saint-Sauveur, Barèges, Bagnèresde Bigorres, Bagnères de Luchon.
A quelque distance de la ville, à l'ouest, se dresse un mur de rochers presque à pic, connus dans le pays sous le nom de Roches Massabieille, c'est-à-dire vieilles roches. Presque au pied de ce rocher coule le gave ou torrent, formé de toutes les eaux qui descendent des montagnes environnantes ; et à cette époque, un petit canal se détachait du gave et longeait les Roches Massabieille, pour le service d'un moulin et d'une scierie.
Dans cette muraille de pierres grisâtres, la nature a creusé une grotte d'environ douze pieds de haut, et d'une égale profondeur. La voûte, unie et lisse, forme une
courbe et va rejoindre, au fond et à gauche, le sol, à angle aigu. Le côté droit est presque perpendiculaire.
A Tintérieur, à droite, en face du spectateur, et environ à six ou sept pieds du sol, on remarque une excavation en forme de niche, haute d'environ six pieds, et assez semblable à un 0 allongé. Cette excavation est naturelle, comme la grotte elle-même. Jamais la main de l'homme n'avait touché à ces rochers sauvages. La niche est peu profonde ; et, par sa conformation même, la grotte n'était ni sombre ni humide. Des arbrisseaux sauvages encadraient gracieusement la grotte dans un arceau de feuillage. Le sol s'enfonçait en montant.
Cette grotte était le lieu prédestiné par la Providence pour la manifestation de la gloire et de la bonté de la Très-Sainte Vierge.
Au mois de février de l'année 1858, un églantier ou rosier sauvage était le seul ornement de la grotte Massabieille. Il poussait capricieusement au pied de la niche, et ses longues branches tombaient en dehors.
Personne ne venait dans ce lieu désert, si ce n'est quelques gardiens de troupeaux, qui, surpris par le mauvais temps, cherchaient un abri dans la grotte. Lo sol de cette caverne était, en effet, très-sec.
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La petite Bernadette.
Marie-Bernarde Soubirous, de Lourdes, à qui nous donnerons son nom familier de Bernadette, était, en 1858, une petite fille de 14 ans, petite entre les petits de ce monde. Sa famille vivait de travail et d'épargne, dans une pauvreté voisine de la misère.
Bernadette naquit chétive; à 14 ans, elle était grêle encore, petite, maladive : un asthme fatiguait sa faible poitrine, dès le berceau. Elle avait été nourrie dans la paroisse voisine de Bartrés ; et une bonne partie de son enfance s'écoula, sur les coteaux tranquilles de ce village, à garder un petit troupeau de brebis.
Rien ne la distinguait des enfants vulgaires, L'oppression habituelle de son souffle éteignait en elle la vivacité du premier âge.
Cette frôle enfant cachait une richesse que Dieu gardait : c'était son cœur, c'était son innocence. Simple, naïve, extrêmement docile, très -.ai mante, tout était, candeur en elle : le regard, la parole, le visage. Ses traits étaient communs; mais sa physionomie était douce, agréable, très-sympathique. Elle avait de beaux cheveux noirs, et ses yeux bruns étaient pleins de douceur.
A 14 ans, Bernadette n'avait pas encore fait sa première communion. L'innocence baptismale devait vivre intacte en son âme.
Elle avait horreur du mal, et souffrait des fautes commises en sa présence. Sa sœur, de trois ans plus jeune, raconte avec attendrissement et respect, que Bernadette la grondait souvent sur son peu de goût à prier, sur sa brusquerie et ses allures décidées.
Pendant la prière qui se faisait chaque soir en commun et à haute voix, la petite Bernadette avait toujours une tenue très-respectueuse ; jamais elle ne s'appuyait sur un meuble; elle était portée au recueillement.
Malgré son ignorance, la simple enfant priait beaucoup. Elle aimait la prière, bien qu'elle ne sut encore que le Chapelet. Avec son pauvre chapelet, elle parlait souvent, pendant le jour, à la Sainte-Vierge Marie, qu'elle connaissait à peine. La Vierge-Mère de Nazareth aimait Bernadette, la laissait grandir, humble et pieuse, et l'attendait.
Le prêtre qui dirigeait la paroisse de Bartrés, à l'époque où Bernadette allait quitter le village pour se préparer dans sa famille à sa première communion, la rencontra un jour, conduisant son troupeau. L'air d'innocence et la candeur de l'enfant allèrent à son âme. Il la salua avec une sorte de respect; et se retournant pour la regarder encore, il se dit : « Les enfants à qui la Sainte- Vierge s'est montrée sur la montagne de La Salette, devaient être comme cette petite. »
Le bon prêtre ne se doutait pas que dans cette parole il y avait une lueur de prophétie.
Le jeudi, 11 février 1858.
Le jeudi, 11 février 1858, la femme Soubirous permit à sa fiile d'accompagner sa petite sœur Marie et une autre petite voisine, pour aller chercher un peu de bois mort sur le bord du gave, du côté des Roches Massabieille. Bernadette avait une pauvre robe de grosse laine noire, toute rapiécée, et sa tête était recouverte de cette jolie coiffure des paysannes des Pyrénées, appelée capulet. Son capulet de laine blanche lui couvrait les épaules.
Les trois enfants se mirent gaiement en route vers onze heures et demie. Une demi-heure après, elles étaient à l'ouvrage, sur le terrain communal qui bordait le gave, en face de la grotte dont nous avons parlé. Il faisait froid ; le temps était couvert, mais calme.
Bernadette était un peu en arrière ; moins heureuse que ses deux petites compagnes, elle n'avait pas encore trouvé de bois mort. Celles-ci venaient de traverser le lit du canal, alors presque desséché ; elles l'avaient franchi pieds-nus, et en remettant leurs petits sabots, elles crièrent à Bernadette que l'eau était bien froide.
Débile, fatiguée par son asthme, la pauvre Bernadette hésitait à se mouiller les pieds. «Je n'ose pas me mettre à l'eau, leur dit-elle, enrhumée comme je suis.» Elle se décida cependant, et commença à se déchausser, appuyée sur une grosse pierre. Un bruit soudain, semblable à un
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souffle impétueux, lui fit relever la tete et regarder autour d'elle. Chose étrange! les peupliers qui bordaient le gave étaient absolument immobiles. « Je me serai trompée, » se dit l'enfant tout étonnée; et elle se baissa de nouveau pour ôter ses bas. Mais le bruit mystérieux recommence aussitôt et semble se concentrer dans la grotte. Bernadette relève la tête, regarde en face d'elle... Elle veut pousser un cri ; mais l'émotion étouffe sa voix ; stupéfaite de ce qu'elle aperçoit, elle s'affaisse sur elle-même et tombe à genoux.
Une apparition merveilleuse se dressait devant elle au fond de la grotte, dans la niche ou excavation que nous avons décrite.
En ce moment-là même, les cloches de Y Angélus retentissaient de toutes parts.
La première apparition.
Au milieu d'une lumière éblouissante, splendide comme celle du soleil, mais paisible et suave comme tout ce qui vient du ciel, une Dame admirablement belle apparaissait aux yeux de l'enfant.
Elle paraissait de taille ordinaire, dans tout l'éclat de la jeunesse. Elle était vêtue d'une longue robe blanche, toute resplendissante aussi et d'une étoffe inconnue à la terre. Cette robe était nouée à la taille par une ceinture flottante couleur d'azur.
Un long voile blanc, tout uni, et semblable à la robe, couvrait la tête et le9 épaules, et tombait jusqu'à terre, enveloppant le corps. Les pieds, d'une pureté virginale, étaient nus, et semblaient posés sur l'églantier sauvage. Deux roses lumineuses, couleur d'or, ornaient le dessus des pieds de la Vierge. Ses deux mains étaient jointes devant sa poitrine avec l'expression d'une fervente prière; elles tenaient un long rosaire, blanc comme la neige, dont les grains semblaient reliés par une chaîne d'or étincelant ; une belle croix d'or, lumineuse comme l'or des roses, terminait le rosaire
Le visage de l'Apparition était d'une ineffable beauté. Il respirait tout à la fois la majesté, l'innocence, la bonté, la paix, la tendresse. Le front était uni et merveilleusement beau; les yeux, d'un bleu céleste, répandaient un charme, une suavité qui faisait fondre d'amour le cœur de la petite Bernadette. Les lèvres respiraient une bonté, une mansuétude divines.
Rien de vague d'ailleurs, rien d'indécis dans cette apparition céleste. Ce n'était point un fantôme, c'était une réalité vivante qu'apercevait l'heureuse enfant; et tout glorifié qu'il était, c'était un vrai corps vivant et agissant.
Ravie d'admiration, l'humble enfant ne pouvait en croire ses yeux. Du milieu de la lumière, la belle Dame lui souriait délicieusement; de ses deux mains, de sa tête qui s'inclinait avec bonté, elle semblait la saluer.
Bernadette se frotte les yeux, cherche d'instinct dans sa poche, saisit son chapelet; et, pour se protéger, veut faire le signe de la croix. Mais sa main retombe impuissante. Une vague inquiétude s'empare d'elle. Mais à ce
moment, la Dame, de sa main droite, prend la croix du rosaire qui pendait au poignet gauche, fait un grand signe de croix, et par un sourire d'une bénignité ineffable semble dire à l'enfant : fais comme moi. L'enfant l'imite, et son bras obéit librement. La Dame joint ses mains et roule les grains de son chapelet entre ses doigts. Bernadette récite son chapelet.
Sa sœur la regardait faire depuis un instant. Elle la vit pâle, l'œil fixe ; elle remarqua le double mouvement du bras, l'attitude immobile et attentive de la prière. « Tiens, dit-elle à sa compagne ; regarde Bernadette qui prie. — Quelle idée de venir prier ici ! répondit l'autre. C'est bien assez de prier à l'église ! — Bah î laissons-la faire. Celle-là ne sait que prier Dieu. »
Elles ne firent plus attention à Bernadette et, pour chasser le froid, elles se mirent et à sauter à courir en ramassant de petites branches. Elles passèrent là tout le temps que Bernadette mit à réciter son chapelet.
Bernadette était toujours immobile, à genou, regardant toujours cette Dame mystérieuse, si douce et si belle.
La Dame, avec une grâce et une bonté ravissantes, lui fait du doigt signe d'approcher, sans autre appel que ce geste et son sourire. Bernadette n'osait remuer. Enfin, la Dame étend les bras, s'incline doucement, sourit comme pour un adieu...
Bernadette revoit le rocher froid, l'églantier nu, entend et aperçoit ses compagnes qui jouent. La vision céleste avait disparu.
L'Immaculée Vierge Marie (car c'était elle) était ren* trée dans le secret impénétrable de ce monde du ciel qu'à
moins d'un miracle nos sens ne peuvent entrevoir icibas.
Bernadette se releva, se déchaussa vivement, traversa le canal, et se rapprochant de ses deux compagnes, leur dit d'une voix encore tout émue : « Est-ce que vous n'avez rien vu? » Et comme les enfants répondirent tranquillement que non, elle se tut; et toutes trois ensemblo reprirent le chemin de Lourdes.
Questionnée cependant par sa petite sœur, elle finit par lui raconter en détail ce qu'elle venait de voir, mais en lui faisant promettre de lui garder le secret. La mère ayant appris la chose, ne voulut point y croire, et dit à Bernadette que c'étaient là des lubies, des imaginations, et qu'elle lui défendait de retourner à la grotte. Elle craignait pour son enfant quelque piège du démon. Bernadette se tut; mais elle sentit son petit cœur se serrer. A la prière du soir, elle éclata en sanglots, lorsqu'elle en vint à son invocation favorite : O Marie, conçue sans péché priez pour nous qui avons recours à vous. — Elle ne se doutait cependant pas, la chère petite, que l'apparition de la grotte fût la Sainte- Vierge ; mais depuis qu'elle avait vu « la belle Dame, » elle éprouvait un désir irrésistible de retourner à la grotte, dans l'espérance de l'y revoir.