‹ ŒuvresChapitre 8 sur 15 · XLII · texte numérisé non relu

XLII

Ce qu'enseigne à notre piété la céleste Apparition de la grotte.

Au point do vue de la piété, nous pouvons et nous devons tirer, de la contemplation de Notre-Dame de Lourdes, des conséquences pratiques de la plus haute importance.

Toutes les fois quelle est apparue à la petite Bernadette, la Vierge Immaculée s'est montrée sous la même forme, avec les mômes vêlements, dans la même lumière ; en un mot, avec le même ensemble de mystérieux détails qui sont pour nous autant d'enseignements muets.

D'abord, elle n'apparaissait jamais qu'enveloppée de lumière; et cette lumière était si pure, si splendide, si suave, que la terre n'en connaît point de semblable. — C'est le symbole de la divine lumière de la foi, dans laquelle nous plonge pour ainsi dire notre baptême, qu'alimente la sainte Eucharistie, et dont un vrai chrétien doit toujours être pénétré et enveloppé. La foi, c'est la vraie lumière, « la lumière de vie » dont nous devons briller devant le monde. Oui, nous devons rayonner la foi, par la sainteté de notre vie ; et cela, je le répète, en tout et partout. La foi, c'est l'atmosphère céleste du chrétien. N'en sortons jamais. La lumière de l'Apparition était tranquille, et profonde : telle est aussi la foi

catholique, en qui nous trouvous le repos de nos Ames.

Dans ses miraculeuses apparitions, la Vierge de Lourdes était belle, si belle que l'œil de Bernadette ne put rien trouver qui lui pût être comparé. — La Sainte- Vierge, notre Mère, nous enseigne par là que nous devons travailler à acquérir la beauté véritable, afin que le ciel puisse nous contempler avec complaisance. La vraie beauté, ce n'est point celle qui frappe les yeux des hommes, comme la vraie richesse n'est pas celle que renferment les coffres-forts : la vraie beauté, c'est la beauté de l'âme; c'est la beauté que Dieu voit, qui charme Jésus-Christ, qui attire les regards de sa Mère et de ses Anges. Il ne dépend pas de nous d'être beaux aux yeux des hommes ; mais il dépend de nous, en nous unissant très-intimement à Jésus, par la grâce, de participer à ce qu'il est. Or, Jésus est la Beauté infinie ; et la beauté de la Sainte-Vierge, des Anges et des Bienheureux n'est que le reflet de sa divine splendeur. Plus nous ressemblerons à Jésus-Christ, plus nous nous revêtirons de lui par la sainteté, et plus nous serons beaux de sa beauté, la seule qui ne passe pas. La belle Vierge de Lourdes est, devant nos yeux, le modèle parfait de cette beauté céleste dont elle veut voir resplendir l'intérieur de tous ses enfants.

La robe de l'Apparition était blanche, mais d'un blanc si pur, si délicat, si splendide, que jamais étoffe précieuse n'a su approcher de cet éclat. — La Vierge trèspure montrait par là à Bernadette, et à nous tous en sa personne, de quelle pureté parfaite et délicate notre âme baptisée doit être revêtue devant Dieu. Le péché souille notre belle robe blanche ; le moindre péché véniel, la

moindre imperfection volontaire en ternit l'éclat. Donc, évitons le péché, et gardons-nous purs, immaculés, pour ressembler à notre Mère du ciel. Surtout, gardons avec un soin jaloux, avec une scrupuleuse vigilance, la pureté proprement dite, la très-belle et' très-sainte chasteté. Chaste en son corps, chaste en son cœur, chaste en ses regards, en ses paroles, en ses pensées, en tout son être : tel doit être le vrai serviteur de Jésus et de Marie.

Un long voile blanc, aussi pur, aussi éclatant que la robe, enveloppait l'Apparition tout entière; de la tête, il tombait sur les épaules, jusqu'aux pieds. N'était-ce point l'image de ce qui enveloppe et conserve l'innocence: la pudeur? La pudeur est cet ensemble de précautions, de vigilances, de mortifications, qui enveloppent pour ainsi dire et qui conservent la pureté. Si nous voulons rester chastes, soyons modestes; et que cv la modestie du Christ, » comme dit saint Paul, soit le modèle et la règle de nos moindres actions.

La blanche robe de l'Apparition de la grotte était comme nouée à la taille par une ceinture d'un bleu céleste. Bernadette disait que l'azur du ciel lui-même n'était ni aussi bleu ni aussi céleste. — Image de ce que doit être le cœur d'un fidèle, qui veut se garder pur au service de son Dieu. Or, c'est l'oraison, c'est le recueillement intérieur et l'union avec Jésus qui, dès ce monde, nous rendent ainsi tout célestes. « Si tu le veux, tu seras un ciel pour Jésus-Christ, » disait jadis saint Ambroise. Et saint Paul avait dit au nom de tous les fidèles : « Notre vie est dans les cieux. » Vivons d'avance, par les aspirations de notre âme, là où nous sommes appelés à vivre éternellement.

De plus, la ceinture qui retient le vêtement et le relève pour la liberté de la marche, est le symbole de ce que nous devons être par rapport au salut éternel : toujours prêts à partir, détachés de la terre, mortifiés, tempérants, libres et agiles dans la voie des commandements de Dieu.

La Sainte-Vierge apparaissait les pieds nus, et sur chacun de ses pieds brillait une rose lumineuse. — Les pieds nus de Marie nous prêchent la pauvreté évangélique, cette belle et sublime vertu à laquelle le Sauveur a promis le royaume des cieux. « Bienheureux les pauvres a en esprit, parce que le royaume du ciel est à eux. » Et qu'est-ce que l'esprit de pauvreté, sinon le détachement sincère de toutes les choses de la terre, l'humilité de l'esprit et du cœur, la simplicité qui s'attache à Dieu seul et qui lui sacrifie sans hésiter tout ce qui ne s'accorde pas pleinement avec son saint amour?

Rien de plus édifiant que cette humilité, que cette simplicité et pauvreté d'esprit: comme les roses de l'Apparition, elles répandent partout la bonne odeur de Jésus-Christ, le parfum divin de l'Évangile

Enfin l'immaculée Vierge avait toujours les mains jointes pour la prière, et tenait, soit dans ses mains sacrées, soit suspendu à son bras, le beau rosaire, blanc et or, que nous avons décrit plus haut, d'après Bernadette.— Par là, Notre-Dame de Lourdes a voulu nous rappeler a qu'il faut toujours prier et ne jamais se lasser; » que la prière doit être à notre âme ce que la respiration est à notre corps, et que la pureté, la ferveur, la sainteté se résument en ce seul mot: la prière.

L'Apparition ne récitait point le - rosaire; mais elle

nous le présentait, d'abord comme une excellente manière de prier utilement, de bien prier; puis, parce que le rosaire ou le chapelet est la prière des simples, des petits et des pauvres. La bonne Vierge nous recommandait ainsi elle-même la fidélité au chapelet. Avons-nous tous un chapelet? Le portons-nous habituellement sur nous? Le disons-nous chaque jour? Le disons-nous avec dévotion et recueillement?

Tels sont les muets enseignements que nous donne X Immaculée-Conception de la grotte de Lourdes. Ne les oublions pas.

Marie tenait ordinairement ses yeux admirables attachés sur la petite Bernadette : ce regard de la Reine du ciel est fixé sur chacun de nous ; oui, Marie nous regarde, comme Jésus nous regarde... Il ne faut jamais rien faire qui puisse contrister ce maternel regard.

0 douce Vierge, gardez-nous au milieu des dangers du temps présent ! Gardez le Pape, gardez l'Église, gardez tous vos enfants ! Et donnez-nous de vous imiter si fidèlement sur la terre, que nous ayons le bonheur de vivre et de mourir en l'amour de votre Fils, notre Sauveur et Seigneur-JÉsus-CmiisT.

Gloire au ciel et sur la terre, gloire à I'Immaculée- Conception !

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