Le Génie civil, VI, n° 17, 21 février 1885, p
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te. Outre notre chagrin personnel, nous mesurons la perte que eur disparition fait subir à l'École Normale et à l’Université. Le nom L . Bertin est un de ceux-là. M. Bertin a donné à l’Université quafante-cinq ans de services ; et jamais le mot service a-t-il mieux mérité appliqué dans la plénitude de son beau sens ? Ce que fut M. Bertin, art de ceux qui m’entendent le savent. Ils l'ont vu à l’œuvre dans maison ; ils ont mis à l’épreuve ce dévouement qui se donnait entier et qui ne souffrait pas qu’on le remarquât. Échappant par plaisanterie à toute expression de reconnaissance, sa modestie, aussi que sa bonté, arrêtait net le moindre mot qui aurait pu l’offenser. as ! cette figure souriante ne peut plus aujourd’hui nous inter- > et je remercie notre cher président de m'avoir choisi pour hommage à notre vieil ami. |
père de M. Bertin avait été soldat du premier Empire. Il apparà cette forte race de Francs-Comtois que l’on vit dans toutes les 1es de Napoléon, durs à la peine, fougueux de patriotisme, par la gloire de l’empereur. Après le désastre de Waterloo, il rer à Besançon, accrocher son uniforme glorieusement usé de ficier et gagner son pain. Nommé teneur de livres chez un de forges, il se maria, eut trois fils dont notre camarade était vécut avec des appointements de 1.400 francs par an. « Ma tenait la maison avec un si grand ordre, disait un jour notre ec un mélange de gaîté et d'émotion, qu’elle trouvait encore yen de faire des économies. »
t de son père que Bertin apprit les premières notions de l’ins- 1 primaire. Quand le maître improvisé fut au bout de sa science,
In : 39% réunion générale annuelle (11 janvier 1885) de l'Association des anciens élèves de Normale, p. 38-41.
n-Mourot (Pierre-Augustin) naquit à Besancon le 13 février 1818. Il était de la promo-
1841. 11 mourut le 20 août 1884. (Note de l'Édition.)
il conduisit son élève au petit séminaire d’Ornans. Le séjour de notre
camarade n’y fut pas de longue durée. C’est au collège royal de. 4
‘Besançon qu'il alla se préparer au grade de bachelier ès lettres. HI l’obtint sans peine et bientôt après celui de bachelier ès sciences.
En Franche-Comté, lorsque le travail, même sous sa forme la plus rude, est venu apporter dans une famille l'honneur, la dignité de la vie, et quelque grain d’ambition, le rêve des parents est presque toujours de faire de leur fils un professeur. L'Université, voilà le grand but. Et pour peu qu’un enfant soit bien doué et qu’il ait eu quelques succès d’écolier, le nom d’École Normale revient sans cesse dans toutes les causeries. On cite volontiers ceux qui ont passé par la grande École: En ce temps-là on avait souvent sur les lèvres le nom de Pouillet, physicien très habile, membre de l'Institut, le premier des Franes-
Comtois élèves de l’École Normale qui soit entré à l’Académie des
sciences. Ce but de l’École Normale brillait à l'extrémité de la route d’écolier du jeune Bertin comme un point lumineux ; maïs tout en ne le perdant jamais de vue, notre camarade entendait ne rien ajouter aux lourdes charges qui pesaient sur ses parents. Il demanda un emploi de régent de mathématiques dans un collège et, en attendant qu'il fût nommé, il entra comme précepteur dans une famille comtoise. Une année à peine s'était écoulée qu’il devint en 1839 régent au collège de Luxeuil. Après avoir prélevé pendant deux ans sur ses maigres appointements une épargne d'étudiant, il vint à Paris se préparer à l’École
Normale en suivant les cours de mathématiques spéciales du collège
Louis-le-Grand. En 1841, il fut reçu premier de sa promotion. J’entrai moi-même deux ans plus tard à l'École, mais moins victorieusement que lui. C’est à cette date que commença entre nous une amitié normalienne, et, pendant quarante ans, nous ne nous sommes guère quittés. Nous avons inauguré ensemble, lui en physique, moi en chimie, la modeste mais féconde institution des agrégés-préparateurs; nous avons préparé ensemble nos thèses de doctorat ; en 1849, nous étions collègues à la Faculté des sciences de Strasbourg. En 1867, je le retrouvai maître de conférences de l’École et suppléant de M. Regnault au Collège de France. L'année suivante, tout en restant maître de conférences, il fut nommé sous-directeur de l’École. Enfin, de 1867 à
1884, j'ai vécu de nouveau dans l'intimité de cet aimable esprit qui
possédait à un rare degré les meilleures qualités françaises.
La sûreté de ses connaissances, la clarté de ses expositions, la manière dont il simplifiait, avec son bon sens aiguisé, les questions les plus ardues, tout ce qui faisait en un mot le prix de ses excellentes leçons, des générations entières peuvent le dire. Ce qu’on sait moins,
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qu'il cachait même parce que, disait-il, « cela ne regarde personne », tait le soin qu’il apportait à la préparation de ses leçons. Comme s les vrais maîtres, il préparait difficilement ses conférences faciles. ur diminuer la tâche de ses élèves et augmenter les chances de leurs cès dans les examens, il avait organisé, vous le savez, des cours émentaires. Tout ce qu’il avait d'intelligence et de dévouement ppartenait à qui voulait le prendre; il ne pensait jamais qu'aux autres. ique ses travaux personnels fussent nombreux et fort distingués, en parlait rarement. Son goût pour l’enseignement a donné à ses noires une empreinte particulière qui fait le plus grand honneur à s qualités pédagogiques. Quand il avait réussi à vaincre les diffités d’un problème ardu d'optique mathématique, d'électricité ou de gnétisme, il mettait une sorte de coquetterie à traduire en figures bles, en dispositifs d'appareils propres à frapper les regards, les tions qu’il avait données à des questions souvent très difficiles. ’est ainsi qu’on trouve dans les cabinets de physique ses appareils mieux propres à mettre en évidence la rotation électro-magnétique iquides, son nouveau commutateur, sa table d'Ampère, ses repréations en plâtre des diverses surfaces relatives à la double réfracant à la valeur des travaux théoriques de M. Bertin, laissez-moi inter quelques-uns des jugements de l’un de nos physiciens >s, M. Fizeau, parlant au nom de la section de physique de l’Acades sciences, en 1878:
M. Bertin occupe aujourd’hui dans la science une position émi-
. « Les mémoires qu'il a publiés sur les phénomènes de la polari- »n rotatoire magnétique, découverts par Faraday en 1845, ont i la science de résultats nouveaux, confirmés depuis par tous les ateurs qui se sont occupés de ce sujet, notamment le pouvoir énergique de plusieurs liquides anhydres, tels que le bichlorure à et le sulfure de carbone. Il faut y joindre une table des coeffis de polarisation rotatoire magnétique et la proportionnalité de la on à la force magnétique développée dans l'électro-aimant. Ces ont commencé la réputation de M. Bertin.
hique et, en particulier, à l’étude des franges colorées si remares et si variées que l’on observe dans les cristaux avec la lumière isée.
.… En poursuivant l'étude des phénomènes de cet ordre,
concernant la forme et le lieu des franges produites par les lames cristallisées.
« … M. Bertin est parvenu à l’équation de la surface isochromatique rapportée aux mêmes axes que la surface de l’onde en introduisant dans l’équation connue de la surface de l’onde la condition que le rayon vecteur réponde en chaque point de la surface à une même diffé= rence de marche des deux rayons lumineux...
« La cristallisation de la glace a été l’objet d’études intéressantes de la part de M. Bertin.
« Les glaciers des montagnes étudiés pour l'orientation de leurs cristaux lui ont montré que dans les hautes régions les cristaux de glace sont petits et confus, tandis que dans les régions inférieures et après un long parcours le glacier tend à présenter des cristaux de plus en plus volumineux et tous orientés de la même manière, perpendicu= lairement à la surface. »
Après avoir mentionné les mémoires intéressants de M. Bertin sur la rotation électro-magnétique des liquides, sur les aimants creux, sur les courants interrompus, sur la cause du mouvement dans le radiomètre de Crookes, sur la météorologie de l'Alsace, sur les cartes d’orages de cette région, M. Fizeau signale comme un service important rendu aux physiciens par M. Bertin la revue des travaux de physique publiés à l'étranger, que M. Bertin a fait paraître, pendant plus de dix années, dans les Annales de chimie et de physique et qui montre chez M. Bertin, dit M. Fizeau, « l’heureuse alliance d’une instruction solide avec la compétence variée du physicien. »
Comment, avec de tels titres, Bertin n’est-il pas arrivé au point que ses amis souhaitaient qu’il atteignit? Parce que cet homme si bon et si dévoué rencontra, non pas des ennemis ou des détracteurs — les mots seraient trop forts et détonneraient —, mais quelques esprits prévenus qui, ne jugeant que les surfaces des caractères, ont méconnu notre ami. Ils ne lui ont pas rendu la justice qui lui était due. Comme il se livrait dès le premier entretien avec toute sa liberté d’allures, ne retenant jamais un bon mot qui lui venait sur les lèvres, certains juges, déroutés par la fantaisie inattendue de cet esprit gaulois, s’oftensaient dans leurs habitudes un peu guindées de cette bonhomie exubérante. Vis-à-vis de quelques personnes, il ne faut pas paraître trop détaché de soi-même, ni parler de soi avec une modestie excessive: elles sont heureuses de vous prendre au mot. Mais, quel que fût l’étonnement que lui causa dans certaines circonstances l'attitude de plusieurs dont il était en droit d'attendre une plus grande sympathie pour ses intérêts, rien d’amer ne troubla jamais ses sentiments. Sa philosophie douce et