‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 124 sur 180 · La Presse vétérinaire, n° 9, 9 année, 80 septembre · texte numérisé non relu

La Presse vétérinaire, n° 9, 9 année, 80 septembre

PP DISCOURS PRONONCÉ A L'INAUGURATION DE LA STATUE DE J.-B. DUMAS A ALAIS (!)

Messieurs,

La France a eu, depuis dix-neuf ans, un sentiment de gratitude infinie pour ceux qui l'ont consolée et relevée.

Que ce fût un vieillard qui, après avoir accompli sa destinée gloeuse, descendiît dans la tombe, ou que ce fût un homme frappé en pleine force, emportant avec lui nos regrets et nos espoirs lointains, ous également aimés et pleurés ont reçu à leur mort l'hommage d’une douleur publique. Ces pieuses funérailles n’ont pas suffi à la reconnaissance d’un peuple. Les noms acclamés qui représentaient ou ‘intelligence ou le courage ou la bonté — parfois tout cela ensemble on a voulu qu’ils fussent impérissables. Alors, dans la plupart des villes, des statues se sont dressées. Tout un groupe de morts est ainsi

lant de beaux travaux, tant de découvertes fécondes, tant de services s vous seront rappelés tout à l'heure. Je ne veux et je ne puis en

t de votre comité que comme le disciple et l’ami de celui qui revit ant nous dans son éloquente et sereine attitude. C’est bien là, non ement le professeur incomparable que nous avons connu, mais me npte à à toutes les HeRes et dominant roue les fonctions.

les, ont pour le tumulte des idées une pitié Mie ou une ilgente ironie. Ne s’inquiétant pas de l'opinion générale, — que s leur esprit trop délicat ils confondent volontiers avec l'opinion du aire, — ils ne visent qu’à exercer une influence directe sur un

In : Imauguration de la statue de J.-B. Dumas, à Alais, le lundi 21 octobre 1889. Paris, Firmin-Didot et Cie, brochure de 73 pages, in-4°; p. 3-6.

encore dans l’activité et le spectacle de leur propre intelligence un intérêt vif et prolongé.

D’autres, emportés au contraire par le besoin de faire triompher leurs idées, se jettent dans les batailles de la vie publique.

Il est enfin un petit nombre d'hommes aussi bien faits pour le travail silencieux que pour les débats des grandes assemblées. En dehors des études personnelles qui leur assurent dans la postérité une place à part, ils ont l’esprit attentif à toutes les idées générales et le cœur ouvert à tous les sentiments généreux. Ces hommes-là sont les CRpÉS | tutélaires d’une nation.

M. Dumas en fut, dès sa jeunesse, un type souverain. S’agissait-il d’une grande école à fonder comme l'École Centrale, ou d’un inventeur à encourager comme Daguerre, par exemple, plus que méconnu dans les premiers temps, M. Dumas était toujours là. Ses avis, pleins d’une douce gravité, pesaient comme des oracles. Outre cette pénétration immédiate qui lui faisait démêler en toute idée neuve ce qui était praticable et durable, il avait pour chaque personne et dans chaque cas particulier le don de conseil. Aussi, entreprendre un travail qu'il n’eût pas approuvé nous eût semblé, à nous ses élèves, une tentative téméraire et comme un manque de respect.

Pour moi, messieurs, je puis dire que pendant quarante ans je n'ai cessé de travailler en ayant devant l'esprit cette figure vénérée dont un mot encourageant d’abord, puis mieux, puis plus que je n’osais espérer, était une récompense et un honneur qui dépassaient tous les autres. Son enseignement avait ébloui ma jeunesse; j'ai été le disciple des enthousiasmes qu’il m'avait inspirés. Son autorité, son pouvoir d'âme étaient si grands que, quand il me demanda, en 1865, le.plus dur des sacrifices, celui d'interrompre mes recherches sur les fermentations pour venir dans votre pays étudier, sans que rien m'y eût préparé, le fléau qui ruinait la sériciculture, je lui répondis ce simple mot : « Disposez de moi. — Ah! me dit-il alors, avec une intonation où éclatait tout son cœur d'enfant d’Alais, ah! partez! La misère dépasse tout ce que vous pouvez imaginer ! »

Ce qu’il me fallut d'efforts durant cinq années pour triompher de cette maladie des vers à soie qui désolait vos magnaneries, je n'ai pas à le rappeler. Mais dans l’expression de votre reconnaissance dont je suis si profondément touché, n'oubliez pas la part d'initiative qui revient à M. Dumas.

Je vous remercie, messieurs, de m'avoir permis de dire une fois de plus, en m’appelant au milieu de vous, le ce que je garde à ce grand homme de science et de bien.

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TOAST PORTÉ AU BANQUET QUI SUIVIT L'INAUGURATION DE LA STATUE DE J.-B. DUMAS (1)

Si je n'avais consulté que mes forces, j'aurais dû décliner l'honneur . de venir présider cette touchante cérémonie. Mais comment aurais-je pu my dérober si ma santé me permettait seulement de faire le

mon esprit. Il y a vingt-cinq ans, j’arrivais dans cette ville à la demande de mon illustre maître. Il m'avait sollicité de faire des recherches sur

ture méridionale. Quelles furent mes PAPA Res avant d'accepter une 4 telle tâche! Je vous le laisse à penser. Je n'avais jamais vu un ver à — soïieet il me fallait, pourrépondre aux désirs de M. Dumas, abandonner s travaux commencés qui m’'absorbaient tout entier. Mais comment, autre part, hésiter à concentrer tous mes efforts sur la solution d’un oblème posé par lui dont la parole, comme professeur, m'avait insé tant d’admiration au début de ma carrière et dont les travaux orables avaient changé la face de la chimie organique, sa science prédilection ! Je me laissai donc entraîner par cette sorte de fascition que les hommes supérieurs exercent parfois sur l'esprit de rs disciples. Je vins parmi vous et, après cinq années consécutives forts persévérants, j’eus la joie d'apporter à l’Académie des sciences preuves expérimentales que j'avais trouvé des moyens sûrs de prér des graines saines de vers à soie, propres à fournir des rendets moyens de beaucoup supérieurs à ceux d’autrefois. La régénéation de la sériciculture fut dès lors assurée et le temps n'a fait que nfirmer ces prévisions.

Ce progrès est dû à l'initiative et aux encouragements de Dumas.

1. Ces pages ont été trouvées dans les papiers de Pasteur. (Note de l'Édition.)

CÉLÉBRATION DU SOIXANTE-DIXIÈME ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE PASTEUR

chirurgie (2). %

Une personne obligeante m'avait retenu hors de la salle. Pl fait. J'aurais été trop ému pour remercier comme il convene Confrères de l’honneur excessif qu’ils me réservent. Auj

encore, je ne puis exprimer tout ce que je ressens d’émoti reconnaissance.

DISCOURS

CXV, p. 697-698. (Note de l'Édition.) Ne 3. In : Jubilé de M. Pasteur. Paris, 1893, Gauthier-Villars et fils. in-4°; p. 24-26. 3 « La voix trop émue de Pasteur n'aurait pu être entendue jusqu’à l'extrémité d amphithéâtre de la Sorbonne; ses remerciements furent lus par son fils. » (RENÉ Rapor. La Vie de Pasteur, Paris, Hachette éd., p. 666.) [Notes de l'Édition.]

Monsieur le Ministre, Messieurs,

À travers cet éclat, ma première pensée se reporte avec mélancolie

mseil municipal eussent donné à la science de magnifiques demeures, homme que j'ai tant aimé et admiré, Claude Bernard, n’avait pour boratoire, à quelques pas d'ici, qu’une cave humide et basse. Peutre est-ce là qu’il fut atteint de la maladie qui l’emporta! En apprenant que vous me réserviez ici, son souvenir s'est levé tout d’abord devant | esprit : je salue cette grande mémoire.

Messieurs, par une pensée ingénieuse et délicate, il semble que s ayez voulu faire passer sous mes yeux ma vie tout entière. Un de | compatriotes du Jura, le maire de la ville de Dole, m'a apporté la tographie de la maison très humble où ont vécu si difficilement père et ma mère. La présence de tous les élèves de l’École Norme rappelle l’éblouissement de mes premiers enthousiasmes tifiques. Les représentants de la Faculté de Lille évoquent pour mes premières études sur la cristallographie et les fermentations m'ont ouvert tout un monde nouveau. De quelles espérances je fus quand je pressentis qu’il y avait des lois derrière tant de phénos obscurs! Par quelle série de déductions il m’a été permis, en le de la méthode expérimentale, d’arriver aux études physioloues, vous en avez été témoins, mes chers confrères. Si parfois j'ai ) é le calme de vos Académies par des discussions un peu vives, que je défendais passionnément la vérité.

lous enfin, délégués des nations étrangères, qui êtes venus de si lonner une preuve de sympathie à la France, vous m’apportez la a plus profonde que puisse éprouver un homme qui croit invincint que la science et la paix triompheront de l'ignorance et de la , que les peuples s'entendront, non pour détruire, mais pour r, et que l’avenir appartiendra à ceux qui auront le plus fait pour ianité souffrante. J'en appelle à vous, mon cher Lister, el à vous illustres représentants de la science, de la médecine et de la rgie. |

eunes gens, jeunes gens, confiez-vous à ces méthodes sûres, puis-

cal

santes, dont nous ne connaissons encore que les premiers secrets. Et “AE tous, quelle que soit votre carrière, ne vous laissez pas atteindre par le scepticisme dénigrant et stérile, ne vous laissez pas décourager par les tristesses de certaines heures qui passent sur une nation. Viv e: dans la paix sereine des laboratoires et des bibliothèques. Dites-vou d’abord : « Qu’ai-je fait pour mon instruction? » Puis, à mesure « vous avancerez : « Qu’ai-je fait pour mon pays? » jusqu’au mome vous aurez peut-être cet immense bonheur de penser que vous contribué en quelque chose au progrès et au bien de l'humanité. que les efforts soient re où moins favorisés par la vie, . faut,

j'ai pu. »

Messieurs, je vous exprime ma profonde émotion et ma viv naissance. De même que, sur le revers de cette médaille, grand artiste, a caché sous des roses la date si lourde pe

jeunesse si vivante et si aimante.

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