‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 88 sur 180 · LEÇON DU 6 MARS · texte numérisé non relu

LEÇON DU 6 MARS

Je me propose de vous entretenir cette année des procédés riels de la peinture à l’huile, et particulièrement des huiles, des ve des enduits ou subjectiles, c’est-à-dire des dessous propres à peinture, et des couleurs. Les développements dans lesquels je devrai entrer me conduiront naturellement à vous dire quelques mots de # ; peinture à la cire ou peinture à l’encaustique. L'étude des gerçu des embus, de l’art de la conservation et de la restauration des table:

je puis ainsi de. mr

Quant au point de vue sous lequel j’envisagerai ces A su; vous pouvez assez le pressentir par le titre même de cette chaire en va fase je suis Hnorant de 10e né dont ". »se) rais

apprécier. Il y a cependant des circonstances où je vois Mira

Déclarer, sans née ici de la sotidité des couleurs. TRUE ce chef-d'œuvre de M. Ingres, le portrait de Cherubini. Et que vous aurez satisfait votre curiosité d'artistes et que vous aurez isamment admiré la puissance du maître, regardez attentivement

emps après avoir achevé la tête de Cherubini “es M. Ingres eut ensée d'agrandir son tableau et d’y placer la muse de l'inspiration

ibreux à énumérer), il y a tel procédé matériel, tel modus faciendi, emploi des couleurs, des huiles, des vernis, qui, même entre les S des plus habiles et à leur insu, peuvent compromettre entièret la furse de leurs œuvres.

ique et de chimie lee à aux beaux-arts évat été instituée il y que vingt ans, des recherches auraient surgi et que peut-être on t mieux aujourd’hui faire de la peinture durable, les causes des ons et les moyens de les éviter. La chose n’est pas impossible, elle a été cent fois réalisée, et il est vraiment étrange que ce t les premières écoles de peinture qui aient sous ce rapport une > supériorité.

mai certes pas la prétention de vous enseigner à faire des res durables. Mais je chercherai, j’éveillerai votre attention, vous erez à votre tour, et de cet ensemble d’efforts naîtra peut-être la

, et que les seuls genres de peinture pratiqués autrefois, aux aux ones de l’art grec ou de l'art romain, étaient la détrempe, la

fresque et l’encaustique ou peinture à la cire. Et sans nul doute c’est la détrempe qui a dà venir la première et précéder même les autres, de beaucoup, probablement. Il est difficile, en effet, d'imaginer un procédé plus simple et plus commode. Les couleurs humides n'adhèrent

pas aux objets. L'observation la plus vulgaire l’indique. D'autre part,

la propriété caractéristique des gommes et des colles est d’adhérer aux

objets après l’évaporation de l’eau. Quoi de plus naturellement indiqué, par conséquent, que le mélange des couleurs avec l’eau

gommée pour provoquer l’adhérence des couleurs aux objets ?

Le grand inconvénient de cette peinture, et de toutes ses ‘variétés, | la gouache, l’aquarelle, la miniature, aussi bien que de ce genre mis à la mode vers le milieu du xvrr° siècle, le pastel, est dans leur peu de" ne durée, lorsque l'influence nuisible de l’action de l'air et particulières =

ment de l'humidité peut se faire sentir.

Or, vous avez beau faire, il est absolument impossible de défendre. de l’humidité les grandes compositions de la peinture. Elles sont. presque toutes forcément exposées à toutes les injures de lair. Elles décorent des temples, des palais, quelquefois des portiques, autant de. lieux que l'humidité, bien plus, une couche de gouttelettes d'eau recouvre chaque année à plusieurs reprises, de quelque soin qu'on les environne, dans nos climats du moins. Car personne ne peut faire, par exemple, qu’il ne dégèle pas pendant l'hiver. Or, considérez parti=

culièrement ces grandes surfaces, ces voûtes, ces vestibules, ces gale-

ries propres à recevoir les œuvres des peintres et dés architectes. Ils. sont, au moment où arrive un dégel, pendant plusieurs jours encore, à la température des jours précédents, c'est-à-dire des jours froids. 24

L'air s'échauffe tout à coup, c’est-à-dire le dégel arrive. Il se produit

alors sur l'air atmosphérique cet effet que produit une carafe d’eau … fraîche transportée dans une chambre chaude. L’humidité de l'air atmosphérique se condense, et toutes les peintures se recouvrent de

gouttelettes d’eau. Or, la gomme et la colle sont solubles dans l’eau. De là, par conséquent, une altération profonde des peintures à la détrempe, que d'excellents vernis, de très bons enduits, dont nous parlerons, ne protégeaient pas toujours.

C’est bien dommage, car vous connaissez tout l'éclat de la peinture en détrempe. Elle l'emporte considérablement sur la peinture à l'huile

par la fraîcheur du coloris. Et c'est ce qui la fait vivre. On la réserve encore aux décorations de théâtre, à la représenta-

tion des fleurs, des arbres, des objets d’histoire naturelle, des oiseaux, des insectes, aux vignettes, aux blasons, aux lettres ornées, aux enlu- …

minures pareilles à celles des manuscrits du moyen âge.

Quoiqu'il en soit, la découverte de la peinture à l'huile constitua un immense progrès parce qu’elle se prête merveilleusement aux grands sujets et que, abstraction faite de son obscurcissement graduel, elle a ine durée remarquable. On n'est point parfaitement fixé sur l’époque cette découverte qui, probablement d’ailleurs, n’a pas une date bien ise. Comme toutes les autres découvertes, elle aura eu divers âges ne sera pas arrivée du premier coup à son dernier degré de perfec- \ relative. Voici, on peut le croire, sous quelle influence cette de innovation de l’art a pris naissance.

Vous savez quel découragement s'était emparé des peuples de ident vers la fin du dixième siècle. Au milieu des guerres, des »s, des famines qui marquèrent cette époque, on croyait généraleat que la fin du monde allait arriver. | lusieurs chartes [de ce temps], rapportées par les historiens. itées par M. Michaud : /listoire des Croisades, t. I, p. 47, com- “ent par ces mots : Mundi terminum appropinquante... Appropix-

ile elenim mundi terminio.…. (1), la fin du monde approchant. Elle

ais, lorsque l’an 1000 fut passé et qu’on reconnut que la nature nuait d’obéir à ses lois immuables et que le 1% janvier de l’an 1001 il s'était levé comme il avait fait la veille, une sorte de joie et de aissance fiévreuses s’emparèrent de tous les esprits. Et pour cier Dieu le plus dignement, on ne trouva rien de mieux que de des temples, des cathédrales, des abbayes, des monastères. L'art eilla alors pour les orner et les embellir. C'était à qui se uillerait pour les monuments consacrés à la gloire du Très-Haut. nul doute c'est au milieu de cette vie nouvelle et de ces grands s que naquit la peinture à l’huile, comme ils furent l’occasion de couverte de l'architecture gothique. On s’accordait généralement, vers la fin du siècle dernier, et cette opinion a été encore soude nos jours, à regarder les frères Van Eyck, et surtout Jean Van dit de Bruges, ville où il mourut, comme les inventeurs de la ture à l’huile. Jean Van Eyck, né vers 1370, est mort en 1440. Mais, 1781, un Anglais, le D' Raspe, fit paraître un opuscule (#) dans lequel

P. r-ux des « Préliminaires » de Tnéopice : Essai sur divers arts. Paris et Leipzig, in-4. — V. Duruy (Histoire de France. Paris, 1862, in-18), dit p. 234 : mundi fine pinquante.

Les détails suivants sont également empruntés aux « Préliminaires », p. 1-n1.

3. Raspg. A critical essay on oil painting. London, 1781, in-8°. (Notes de l'Édition.)

il déclare que c’est mal à propos que l’on a attribué la découverte de la 1 peinture à l'huile aux frères Van Eyck; et, à l'appui de son opinion, il produisit un manuscrit latin, jusque là inédit, composé vers le xrr° siècle par un moine nommé Théophile, dans lequel est décrit l’art de. là peinture à l’huile, dont le moine Théophile ne se donne pas le moins du monde comme l'inventeur, de telle sorte que, si son manuscrit, comme on le croit, date du xu° siècle, la peinture à l'huile était connue déjà antérieurement. C’est donc bien du x° au xn° siècle qu'il faudrait placer l’époque de sa découverte, car on ne peut supposer qu’elle date des siècles de barbarie qui ont précédé l’an 1000. Malgré les assertions contradictoires de celles du D' Raspe, émises par divers auteurs et notamment par M. Mérimée, qui a laissé un bon ouvrage sur la peinture à l'huile (1), on ne peut douter que l’opinion du D' Raspe est très fondée. k Mais enfin, d’où est venue l'opinion relative à Jean de Bruges? e Vous connaissez tous le célèbre auteur de la Vie des peintres illustres, Vasari (1512-1574), qui écrivait vers 1550. C’est lui qui dans cet ouvrage, si précieux pour l’histoire de l’art, a donné lieu à cett opinion que Jean de Bruges était l'inventeur de la peinture à l'huile. Voici les premières pages (pages 1, 2, 3, 4 de Vasari, t. III, édition Jeanron et Leclanché) de l’éloge d’Antonello de Messine par Vasari. En le lisant avec attention, il est facile de voir que Vasari parle d’un perfectionnement, bien plus encore que d’une invention ons s nouvelle : | « On est vraiment saisi d’admiration lorsque l’on songe aux efforts tentés par une foule d'artistes de cette époque pour améliorer la. peinture. Depuis l’an 1250, Cimabue, Giotto et tous les maîtres dont nous avons parlé jusqu'ici ne peignaient point sur toile et sur panneau autrement qu’à la détrempe. On avait bien reconnu que cette méthode manquait d’une certaine morbidesse qui aurait donné plus de grâce au dessin, plus de moelleux au coloris, et une plus grande facilité pour fondre et unir les couleurs; mais toutes les recherches n'avaient abouti à rien de bon. Les uns se servaient d’un vernis liquide, les autres employaient diverses sortes de détrempe; et jamais le résultat ne répondait à leur espérance. « Parmi ceux qui se livrèrent à de semblables essais, furent Alesso | Baldovinetti, Pesello et beaucoup d’autres qui n’obtinrent pas davantage le succès qu’ils ambitionnaient... Bon nombre d’artistes s'étaient à

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1. Mérimée. (J. F. L.). De la peinture à l'huile ou des procédés matériels employés dans ce genre de peinture, depuis Hubert et Jean van Eyck, jusqu'à nos jours. Paris, 1880, xxan-5238 | p. in-&. (Note de l'Édition.)

ssemblés pour s'occuper de ces matières; mais leurs conférences vaient produit aucun résultat. Ces difficultés préoccupaient vivent les peintres français, allemands et de tous les pays, lorsqu'un mmand, nommé Jean de Bruges, homme habile dans son art et pasné pour l’alchimie, fit des expériences sur plusieurs sortes d'huiles composer des vernis, et sur diverses couleurs. Un jour, après "achevé et verni une de ses peintures, il lexposa au soleil pour la er, comme c'était l'usage ; mais, soit que la chaleur fût trop violente, pour toute autre raison, le panneau se fendit complétement. Jean “uges, désolé de cet accident et dégoûté de la peinture en détrempe; a alors la manière de composer une espèce de vernis qui séchât re, sans mettre ses peintures au soleil. Après une foule d’expés, il trouva que l’huile de lin et l’huile de noix étaient les plus hantes. En les faisant bouillir avec d’autres ingrédients, il obtint ais que lui et tous les peintres du monde avaient si longtemps De nombreux essais lui prouvèrent que ce vernis, étant sec, ne it point l’eau, donnait aux couleurs une grande solidité, les it, les rendait brillantes, et (ce qui lui parut encore plus admiles unissait mieux que la détrempe. Enchanté de cette décou- Jéan de Bruges entreprit un grand nombre de travaux, qui lui rèrent d'énormes profits et émerveillèrent les peuples. De jour ur, éclairé par l’expérience, il faisait de nouveaux progrès. La mée de son invention se répandit non seulement en Flandre, encore en Italie et dans d’autres pays. Tous les artistes désiraient nt connaître ses procédés; mais ils ne pouvaient que le louer porter envie, car Jean de Bruges montrait bien ses ouvrages, consentait pas plus à travailler en présence de qui que ce soit, rer son secret. Enfin, étant devenu vieux, il le confia à Roger res, son élève, qui le transmit à Ausse et à plusieurs autres. Les nds achetaient toutes les productions de ces artistes et les ent de tous côtés aux princes et aux grands personnages ; mais t ne sortait pas de la Flandre. Ces peintures conservant, surtout w’elles étaient fraiches, l’odeur que produisent les huiles mêlées : les couleurs, il paraissait possible de deviner la recette; cepenjamais personne ne la découvrit.

Quelques Florentins qui commerçaient avec la Flandre et Naples, envoyé au roi Alphonse [* un tableau à l’huile de Jean de s, tous les peintres du royaume accoururent le voir et donde grands éloges à la beauté des figures et à la nouvelle tion. |

dans son art, qui vécut pendant plusieurs années à Rome, après avoir longtemps travaillé à Palerme, s'était arrêté à Messiné, sa patrie, où il avait réussi à établir sa réputation comme peintre. Ses affaires. l'ayant un jour appelé à Naples, il entendit parler du tableau à l’huile de Jean de Bruges, que possédait le roi Alphonse et qui, disait-on, résistait à l’eau et au toucher, et ne laissait rien à désirer pour être parfait. Antonello fut tellement frappé de la vivacité des couleurs, de. la beauté et de l’union de cette peinture, qu’il abandonna aussitôt s affaires et partit pour la Flandre. Arrivé à Bruges, il fit présent. dessins dans la manière italienne et de diverses autres choses à Je de Bruges et gagna si bien son amitié qu'il l’amena à lui confier procédés. Il ne le quitta pas sans avoir appris tout ce qu’il désirait connaître. Après la mort de Jean de Bruges, il quitta la Flandre p revoir sa patrie et pour doter l'Italie de son précieux secret (!) ». +

Ainsi Jean de Bruges serait l’inventeur, d’après Vasari lui-mêm bien plutôt d’un vernis excellent que de la peinture elle-même, et serait Antonello de Messine qui aurait importé en Italie le secret « ce perfectionnement dû à Jean de Bruges. Là où il donne prise le pl au doute, c’est lorsqu'il affirme positivement que depuis 1250 jusqu’ Antonello et à Jean de Bruges, c’est-à-dire jusqu’à 14505 en

point sur Asie et sur us autrement qu’en Astréstige)

Mais toutes les assertions tombent devant les procédés décrits par. le moine Théophile dans son célèbre manuscrit (2). Vatch PAR me un passage qui met fin à toute discussion :

« Si vous voulez peindre des portes en rouge, ou leur donner M + : autre couleur, dit Théophile, employez de l'huile de lin que vous ferez ainsi : Prenez de la graine de lin que vous sécherez dans une poele, sur le feu, sans eau; mettez-la dans un mortier, et triturez-la avec le pilon en poudre très fine; puis la remettant dans la poële et y versant un peu d’eau, vous ferez ainsi chauffer fortement. Après cela, enveloppez-la dans un linge neuf, placez-la dans un pressoir où l’on extrait habituellement l'huile d'olive, de noix ou de pavot, et exprimez de la même manière l’huile de lin. Avec celle-ci, broyez du vermillon ou du cinabre, ou telle autre couleur que vous voudrez sur une pierre,

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1. Vasari (G.). Vies des peintres, sculpteurs et architectes. Traduites par L. Lactanent | et commentées par JEANRON et L. LecLancHÉé. Paris, 1840, J. Teissier, t. III, p. 1-4.

2. PAsTEUR a emprunté des citations à la traduction française qui en a été faite : Taéo- PHILE, prêtre et moine. Essai sur divers arts (Diversarum artium schedula), publié par le. Comte Charles de L'EscaLoPtER et précédé d'une Introduction par J. Marie Guicxarp. Paris et Leipzig, 1843; (Préliminaires), p. 1-xvt; (Introduction), p. xvr-Lxxvit; + (TS latin et français, et Notes), 315 pages in-4 (Notes de l'Édition.)

IS eau. Avec un pinceau, vous en donnerez une couche aux portes ou à tables que vous voudrez peindre en rouge. (1) » ne s’agit ici que de la peinture à l'huile d’une porte. Mais voici autre passage.

Prenez les couleurs que vous voulez poser, les broyant avec de lin sans eau, et faites les teintes des figures et des draperies précédemment vous les avez faites à l’eau. Vous pourrez à donner aux animaux, aux oiseaux, ou aux feuillages les nuances distinguent (?) ».

, Voici une autre citation qui nous permettra de mieux comla question qui nous occupe et de rendre à Jean de Bruges ce ppartient et ce que la beauté de son coloris et la conservation rable de ses peintures proclament si haut, sans rien enlever à ses cesseurs. | peut broyer, dit le moine Théophile, les couleurs de toute vec la même sorte d'huile (lhuile de lin), et les poser sur un bois ; mais seulement pour les objets qui peuvent être séchés : car, chaque fois que vous avez appliqué une couleur, vous ne superposer une autre, si la première n’est séchée, ce qui mages et les autres peintures est long, et trop ennuyeux (3). » prétendu que l’on pouvait trouver une preuve nouvelle de neté de la peinture à l'huile dans un ouvrage sur les procédés s de la peinture de Cennino Gennini qui finit d'écrire cet en 1437 (#). Mais comme les Van Eyck ont peint à l’huile bien des ant 1437 (plus de dix années avant 1437, dit M. Mérimée (5), peut dire que Cennino avait eu connaissance non de leur exact, mais qu'il avait entendu parler de leur système en n’y a donc là que des preuves douteuses, pour qui veut est vrai, comme M. Mérimée. Ainsi, cet auteur prétend que n'avait certainement pas appliqué le procédé à l'huile qu'il

. Chapitre XX : De la manière de peindre les portes en rouge et de l'huile de

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