DEUXIÈME PARTIE
On sait que la valeur vénale des vins s’accroit dans une certaine mesure avec leur richesse de coloration. Destinés souvent à faire des coupages avec des vins plus faibles d’autres localités, on trouve utile qu'ils apportent une certaine intensité de coloration et qu’ils fournissent à la fois au coupage alcoolicité et la couleur. Cette destination fait appeler ces vins pins teinuriers. Il eût donc été possible que M. Guerre, voulant faire acquérir ce mplément de qualité aux vins, très naturels d’ailleurs, qu’il avait récoltés, eüt renforcé leur nuance par l’addition de quelques matières colorantes étrangères, se livrant ainsi à une pratique à laquelle semblent provoquer en … quelque sorte la vente publique de ces matières et l'indication de l'usage - frauduleux auxquelles elles sont destinées.
__ On conçoit que, dans cette nouvelle recherche, nous ne pouvions plus trouver la même rigueur absolue qui avait caractérisé la première partie de notre travail. En réfléchissant que ces matières colorantes étrangères sont mélangées avec des quantités notables de celles du vin lui-même, on est même frappé a priori de la difficulté qu’il peut y avoir à les isoler et à les caractériser. Et puis, quand on a tiré des réactifs les indications les plus … délicates qu'ils peuvent fournir, pourrait-on en déduire avec certitude … complète l'absence absolue d’une proportion moindre encore que la limite … à laquelle la sensibilité des réactifs avait forcé de s’arrêter ?
Mais en considérant qu'après tout on ne fait pas la fraude pour la fraude - même, qu'il faut qu'elle soit fructueuse pour qu'on la tente, nous avons pensé que, dans les cas où la recherche de la matière colorante étrangère … était le plus difficile, nous étions autorisés à ne pas poursuivre cette - recherche quand nous avions constaté que cette matière colorante y inter- venait pour moins que 1/8.
… L'expérience nous avait d’ailleurs démontré que cette proportion de 1/8 était inférieure à celle qui eût été nécessaire pour faire passer la teinte du vin le plus clair des vins naturels examinés à la teinte du vin moyen de … l'expertise, et a fortiori à celle du vin le plus coloré.
. Nous avons donc préparé des solutions de ces matières colorantes | étrangères, de manière à les amener à avoir l'intensité de coloration du vin …. incriminé, et, mêlant ces solutions avec sept volumes d’un vin naturel analogue au vin incriminé, nous avons eu ainsi des vins renfermant des doses de matières colorantes connues de nous.
… Ici se présente une objection. Ces mélanges, faits au moment même, - offrent-ils les résultats qu'on eût obtenus si nous eussions opéré sur ces …. mélanges faits depuis quelques mois ? Il est impossible d'admettre que l’alté- … ration, par le temps, des matières colorantes ajoutées puisse être telle … qu'elle supprime de la part de ces matières toutes réactions propres à les déceler, en laissant aux vins falsifiés une identité absolue de propriétés avec des vins naturels du même âge. Or, l'expérience nous a démontré que, entre le vin moyen de l'expertise et les vins naturels récoltés dans la - commune de Mèze, tous les réactifs n’ont pu manifester de différences
appréciables autres que celles qui sont propres à des vins naturels de
différentes colorations.
Pour procéder à la recherche des matières colorantes étrangères que
pourrait contenir le vin, nous avons essayé de réaliser sur les mélanges soumis à notre étude des expériences dont les résultats caractéristiques et permanents, pour la plupart, fussent de nature à être appréciés de la même manière par tous les observateurs.
Frotter du vin sur la paume de la main, sentir l’odeur qu’il exhale, et de cette ‘appréciation toute personnelle conclure, sans autre preuve, à l'existence de tel ou tel corps ajouté au vin, ne peut suffire à apporter la conviction dans les esprits. On a droit à réclamer des démonstrations plus sérieuses.
La nécessité de rechercher des matières colorantes diverses, en quantité petite, et plus ou moins masquées dans leurs propriétés par la matière colorante du vin elle-même, a exigé de nous un examen préalable et une discussion des diverses méthodes générales fondées sur les propriétés des matières colorantes, et propres à les manifester.
Si l’on peut isoler, du moins d'une manière relative, la matière colo-
rante, il convient de la faire servir à teindre un tissu convenablement :
mordancé, ou une matière minérale blanche, sur laquelle elle se dépose en la colorant. Ce procédé est excellent quand on parvient à l'appliquer. On peut d’ailleurs, en traitant l’étoffe teinte par certains réactifs, acquérir la
* preuve de la nature spéciale de la matière déposée, et, en variant les
mordants, obtenir, avec les mêmes matières colorantes, tell ou telle nuance plus ou moins caractéristique.
On peut constater comment se comportent les matières colorantes sous l'influence des agents de déshydrogénation; à cet égard, nul agent ne nous a paru plus utile pour ces recherches que l’hydrosulfite de soude récemment préparé.
Il y aurait aussi quelque chose à tirer de l’action des agents oxydants : chlore, brome, iode, acide hypochloreux, dont nous avions commencé l'étude. Elle n’a pas été poursuivie, notre conviction ayant été acquise par d’autres moyens; mais cette étude mériterait d’être reprise plus tard.
La seule expérience de cet ordre que nous ayons tentée est relative à l’action d’un mélange d'acide chlorhydrique et de chlorate de potasse sur le vin moyen de l’expertise et sur le vin naturel. Elle a eu pour but spécial de contrôler une assertion qui avait été émise concernant l’action de ces réactifs sur le vin suspect, assertion que nous avons reconnue dénuée de fondement. à
On peut modifier par quelques réactifs la nuance de la matière colorante ajoutée, de manière à distinguer le vin qui la renfermerait du vin naturel pris pour terme de comparaison.
Enfin, outre les procédés qui permettent d'isoler, d’une manière relative au moins, la matière colorante cherchée, on peut jai directement les étoffes imprégnées de mordants divers comparativement par le vin incriminé et par le vin type exempt de toute altération; de la différence ou de la similitude de couleur observée, on peut conclure à l’altération du vin ou à sa pureté.
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Les matières colorantes diverses que nous avons cherchées dans le vin de
’indigo, La rose trémière, La fuchsine, Le sureau, a cochenille, L’hièble et la myrtille. Pampéche,
Les matières colorantes du dernier groupe sont très analogues à la lätière colorante des vins eux-mêmes. Quant aux matières du premier oupe, elles sont tout à fait étrangères à leur nature; c'est dire, dès lors, ue e leur recherche est plus facile, et c’est par elles que nous allons
mencer.
Indigo.
Nous mettrons en première ligne l'indigo, sous forme de carmin d’ indigo, e que, d’une part, cette matière colorante est employée fréquemment te seule dans la falsification des vins, et que, de l’autre, elle aide à n troduction. d’autres matières céleri dont elle ramène la teinte à lle du vin, et qui n'auraient pas pu être employées seules, parce qu’elles pas la nuance que l’on veut imiter.
C’est par la teinture que l’on peut constater dans un vin la présence e cette couleur, quelque exigué, en quelque sorte, qu ‘en soit la proportion. Dn introduit dans deux petites fioles semblables du vin contenant pour 50 centres cubes un dixième de milligramme d’ indigo, soit 2 milligrammes litre, quantité qui ne change la couleur du vin auquel on l’ajoute que une manière inappréciable ; après avoir déposé dans ces deux liquides une ande de laine mordancée avec de l’acétate d’alumine, d’une surface de ntimètres carrés environ, l’on soumet les deux vases à une température ie de l’ébullition pendant quinze ou vingt minutes. La petite bande re la presque totalité de l’indigo contenu dans la liqueur, et les deux antillons, dégorgés et séchés, le celui qui a été teint dans le
> par le rouge du vin.
On peut aussi ajouter au vin additionné d' indigo un peu de sulfate de que l’on précipite par le chlorure de baryum ; le sulfate de baryte, 3 se dipcss et qui se serait montré, après lavage, à peu près blanc s'il n'y our eu d’ indigo, se montre comme coloré en bleu d’ une manière sensible.
stante, peut être soumis à toutes les expériences qui auraient pour ultat d’en faire connaître nettement la nature.
- En exécutant les expériences que nous venons de décrire sur le vin yen, nous n'avons obtenu aucun indice de l’existence de l’indigo; mais jus ne pouvions pas oublier qu'une note qui nous a été remise le février 1874, par l’avoué de l'une des parties, mentionnait la présence l'indigo par la formation du chloranile; nous avons, dès lors, répété xpérience indiquée, et voici les résultats que nous avons obtenus :
Le vin moyen de l'expertise et le vin naturel du pays ont été traités
comparativement par le chlorate de potasse et l’acide chlorhydrique, en vüe* ; de vérifier l’assertion dont il s’agit sur la formation du chloranile. ! A 200 centimètres cubes de chacun des vins on a ajouté :
10 grammes de chlorate de potasse, 20 centimètres cubes d'acide chlorhydrique pur.
La liqueur a été chauffée doucement jusqu'à l’ébullition. La couleur a d’abord passé au rouge vif, puis il s'est formé un précipité floconneux rouge, avec teinte brunâtre. Dès que la liqueur a été en pleine ébullition, ces flocons se sont convertis en un précipité jaune, lequel est resté suspendu dans la liqueur et dans la mousse formée; on a alors arrêté l'opération, on a laissé déposer et on a filtré.
Le précipité jaune, lavé à l’eau, a été examiné au microscope, il s’est … présenté sous forme de granulations amorphes, exactement semblables dans ; les deux cas.
Chauffé au fond d'un tube, le précipité formé avec l’un et l'aëtée vin s’est charbonné en émettant une vapeur blanche acide. II s’est dissous dans l'alcool froid en formant une solution orangée, laquelle a passé au rouge « brun par l’addition d'ammoniaque. Ici, identité complète de réactions entre … les deux précipités. L’ expérience ayant été répétée avec une dose moitié moindre de chlorate et d'acide chlorhydrique, les mêmes phénomènes se sont produits, mais plus lentement. Les précipités jaunes amorphes ont | encore paru dans les deux liqueurs. Impossible de confondre le précipité jaune dont il s’agit avec le chloranile, composé défini jaune cristallisable et se sublimant par l’action de la chaleur.
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Fuchsine. ‘4
Nous aurions pu nous dispenser de chercher directement la fuchsine dans À È le vin incriminé. En effet, cette matière colorante est loin d’avoir la couleur b du vin. Or, en ajoutant à du vin très clair de M. Marès de la fuchsine, même concentrée en toutes proportions, il nous a été impossible de l’amener jusqu’à la teinte foncée du vin de l’expertise. Cette matière colorante n’a donc pu être employée seule; si l’on fait intervenir l'indigo, celui-ci, ajoutant sa teinte bleue au rouge trop vif de la fuchsine, eût pu reproduire la nuance du vin suspect. Mais il aurait fallu pour cela une dose d'indigo bien supérieure à celle dont nous avions constaté l’absence dans les expé- = riences antérieures; on peut conclure, dès lors, de ce fait, que la fuchsine | ne pouvait être intervenue dans la thaiRaiton ;
Nous n'avons pas moins essayé de caractériser la fuchsine d'éds manière directe, soit par le procédé que l’on emploie à Montpellier, soit par des méthodes analogues. te
Ces méthodes sont basées sur ce fait que, si l’on ajoute au vin incriminé 4 son volume d’eau de baryte, la liqueur filtrée et jaunâtre, saturée par l’acide w acétique, se colore en rose; et ce qui la colore est bien de la fuchsine, car Ë cette matière est tnhétia tement décolorable par les hydrosulfites, et ce es. ce qui arrive à la liqueur rose.