‹ ŒuvresChapitre 103 sur 202 · PREFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PREFACE DE L'AUTEUR

Les sujets historiques me paraissent mériter la préférence sur ceux qui sont purement d'invention ; les noms illustrés par nos souvenirs captivent d'avance l'intérêt ; la vraisemblance est commandée par la vérité, et l'imagination, loin d'égarer à son gré la pensée, renouvelle à nos yeux l'expérience , et rend sensible à la génération présente la grande leçon des siècles passés. Je crois avoir suivi l'histoire avec exactitude , dans cette tragédie de Jane Gray. Le comte de Pembroke est le seul caractère qu'elle ne m'ait pas donné, mais il ne lui est pas contraire, et Rovve, dans un ouvrage sur le même sujet, l'indique assez pour autoriser un autre à le peindre. Sa tragédie n'a pas eu un grand succès en Angleterre, et cet auteur lui-même l'a tellement effacée par la touchante pièce de Jane Shore , qu'elle est restée dans l'obscurité. Le plan que j'ai suivi n'a point de rapport avec celui de Rowe : ne voulant pas le traduire , j'ai cru qu'il ne fallait pas l'imiter. Le caractère de Jane Gray m'a transportée, en le lisant dans l'histoire. J'avais à peu près son âge quand j'ai entrepris de le peindre , et sa jeunesse encourageait la mienne. Je voudrais avoir pu faire éprouver l'admiration que j'ai ressentie pour ce rage mélange de force et de sensibilité, qui fait braver la mort et connaître le prix de la vie.

Je joins à cette tragédie une pièce composée avant elle, et dont le style , par conséquent , est encore plus incorrect. Je ne sais si j'aurais dû tenter de le corriger; mais la conception et l'exécution doivent être du même jet et de la même force ; et revenir sur ses pensées , changer à froid l'expression d'un sentiment , est un travail si pénible , que son succès doit se ressentir de l'effort qu'il coûte. Ces réflexions pouvaient me conduire à jeter ma pièce au feu ; cependant, déterminée à ne la faire connaître qu'à mes amis, quelques vers sensibles qui s'y trouvent m'ont suffi pour avoir du plaisir à la leur donner. C'est à ce bonheur que je me bornerais, quand je pourrais obtenir de la gloire : c'est à lui seul que je puis aspirer aujourd'hui.

JANE GRAYj ACTE I, SCÈNE I. G29

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