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ÉPÎTEE AU MALHEUB

Quel lien eu efiel qu'une même souffrance ! Unis par la douleur, ils se tendront les bras. Âh! s'il était ainsi, tu perdrais ta puissance, Indomptable malheur, et tu ne le veux pas ; Il vaut mieux diviser les amis et les frères. Dévorant le passé, sans juger l'avenir, Ils pensent soulager le poids de leurs misères En découvrant au loin un sujet de haïr. Égarés par la haine, ah! quelle triste ivresse ! Leur premier intérêt pour elle est oublié. Et, sans cesse exhalant leur fureur vengeresse. Eux-mêmes du malheur ont distrait la pitié.

D'autres , pleins de vertus , livrés à la vengeance, Par autant de douleurs comptent leurs sentiments, Ne peuvent secourir la vieillesse et l'enfance, Et les plus doux liens sont leurs plus grands tourments.

Ce n'est pas tout encor : les fureurs de l'envie

Peuvent poursuivre même au comble des malheurs ;

Sur les débris du monde on voit la calomnie

Seule rester debout, et régner sur les pleurs.

Vous avez ressenti ses atteintes cruelles,

Par ces lâches poisons vous êtes déchirés,

Vous, de la liberté les défenseurs fidèles ,

Et de tous les excès ennemis déclarés.

Échappés à la France , une erreur implacable

Des plus purs sentiments s'apprête à vous punir;

Aux yeux du préjugé , qui pensait est coupable ,

Et qui raisonne encor sans doute veut trahir.

De la postérité l'équitable balance.

Un jour, de la raison rétablira l'honneur;

Le temps et la vertu font toujours alliance :

C'est beaucoup pour la gloire , et bien peu pour le cœur.

De tout ce qu'on aimait la vie est séparée;

Sans cesser d'être , on craint de ne se voir jamais ;

Vers un monde nouveau notre ame est attirée,

L'Amérique ou la mort nous promettent la paix.

De la nature enfin le cours invariable

A travers tant de maux ne s'est point arrêté ;

ou ADÈLE ET EDOUARD. 027

La mort, comme autrefois, se montre impitoyable, Et l'hymen le plus saint n'en est pas respecté. L'amour peut être ingrat , ou l'amitié légère ; Et, sous le poids affreux des communes douleurs, Nourrissant en secret une peine étrangère, Seule, à d'autres chagrins on donne encor des pleurs.

Dieu clément, du malheur daigne borner l'empire ; Quand l'Océan grossi répand au loin ses eaux, Dans son lit, à ta voix, bientôt il se retire : Fais rentrer le malheur au fond de ses tombeaux. Préserve l'univers englouti parla France, Viens rendre son éclat à ton flambeau divin ; Il est de l'opprimé la dernière espérance. Par le torrent des pleurs s'il s'éteignait enfin , Si jamais la vertu, dans sa douleur profonde, Ua jour avait cessé de croire à ta bonté. Une nuit éternelle aurait couvert le monde, Le signal de sa fin eût partout éclaté.

Et vous qui respirez sous un ciel tutélaire ,

Vous, d'un autre pays, d'un autre sens que nous ,

Pour aimer votre sort, voyez notre misère;

Ne le comparez point à des rêves plus doux.

Des révolutions les vo'cans so,nt Fimage :

Le savant qui dépeint leur affreuse beauté

Dit qu'aux jours de terreur causés par leur ravage

La terre avec le temps doit sa fécondité.

Mais des contemporains l'espérance est perdue ,

Mais le sol ébranlé menace leurs enfants.

On veut dans l'avenir égarer votre vue.

Fixez de la douleur les tableaux éloquents.

Par la pitié notre ame au présent est unie ,

Des intérêts des temps Dieu seul peut transiger.

Malheur à qui voudrait agiter sa patrie !

Les Français n'avaient pas leur exemple à juger.

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