GUILFORT, JANE GRAY, NORTHUMBERLAND
NORTHUMBERLAND. Mou fils, après avoîr à votre souveraine
Offert les honneurs dus à ce grand nom de reine ,
Venez pour la défendre accompagner mes pas.
Pembroke en ce moment nous appelle aux combats :
Général de Marie, il croit que son armée
Sous une heure entrera dans la ville alarmée;
Mais que pourrions-nous craindre en cet heureux moment V
N'avons-nous pas pour nous Londres , le parlement ,
Des troupes, des amis, et surtout l'avantage
De vouer au bon droit les efforts du courage? JANE GRAY. Si sur ccttc raison vous fondez votre espoir,
Le succès de Pembroke est facile à prévoir. NORTHUMBERLAND. J'cspèrc qu'à moi seul vous tenez ce langage. .fANE GRAY. Dcvaiît plus dc témoius j'cu dirai davantage ;
Au parlement, seigneur, je saurai déclarer
Que cet auguste choix dont il veut m'honorer ,
Dépouillant d'Henri huit la fille légitime ,
Ne peut être accepté sans se souiller d'un crime.
636 JANE GBAY.
KORTHUMBERLAiNi>. Quc dit-cUe? MoQ fiIs, quel obstacle ioiprévu I .iA>'E GRAY. Seigneur; depuis loug-temps il vous serait connu,
Si vous aviez daigné , par votre coniiance ,
A vos projets secrets m associer d'avance. N0STHU3IB. Eh quoi ! quand votre père, approuvant mon dessein,
Vous fait en ce moment nommer reine à Dublin ,
Ai-je dû craindre encor que sa fille rebelle ,
Se montrant iasensible à ce qu'on fait pour elle ,
A peine en son printemps , oserait sans remord
Se soustraire à son père, et décider son sort? •lANE GRAY. Résolue en tout temps à respecter mon père ,
Malléguer ma jeunesse était peu nécessaire;
Mais à l'âge, seigneur, où l'on sait son devoir,
On a de l'accomplir aussitôt le pouvoir. ?40RTHUMB Mais pouvez-vous penser que votre auguste mère
Ne vous crût pas des droits au trôae de son frère ? JA^E GRAY. Ah! si vous l'ignorcz, apprenez que son cœur
D'une telle injustice aurait frémi d'horreur. NORTHoiB. Ainsi donc le pouvoir , l'éclat d'une couronne ,
Un peuple de sujets dont le cœur vous la donne.
Un destin glorieux...
JA^'E GRAY. Est-ce pourmoî. seigneur,
Que vous avez daigné désirer la grandeur?
Ah ! qu'aisément alors, terminant la querelle ,
Vous serez convaincu de mon mépris pour elle ! N0RTHL3IB. Non, ce n'est pas, madame, en un pareil moment,
Votre bonheur qu'il faut désirer seulement.
Mais la religion dont la sainte lumière ,
Disciple de Luther, vous guide et vous éclaire ,
Et qui , nouvelle encor , succombe ou s'affermit,
Si l'état la protège ou l'état l'abolit.
Voulez-vous la livrer au pouvoir de Marie ,
De superstitions dès l'enfance nourrie ;
Qui du crime s'est fait une secrète loi,
Croit qu'elle doit du sang au maintien de sa foi ,
Et, ne concevant pas ces sublimes pensées
Que la réflexion dans votre ame a laissées ,
Déteste dans son cœur la plus pure vertu ,
Si d'un mystère seul l'on n'est pas convaincu ?
C'est elle cependant que vous voulez pour reine ,