SCÈNE IV
GUILFORT, JATNE GRAY.
JANE GRAY. Et cc matin, ô ciel , je croyais au bonheur ! L'exposer, ou trahir... Quelle horrible contrainte ! La vertu... son danger...
GUILFORT. Écoute-moi sans crainte.
Mon père devant moi t'a su long-temps parler Sans que j'aie un moment tenté de le troubler; Et, je l'avouerai même, avant que de t' entendre, De son opinion n'ayant pu me défendre, Je venais dans ces lieux pour obtenir de toi Que ton cœur à ses vœux se soumît comme moi. Mais je n'abuse point de la plus pure flamme Pour vaincre la vertu qui règne dans ton ame. Eh ! qui donc a le droit de descendre en ton cœur. Pour y cliercher l'amour dont je fais mon bonheur? A moi seul appartient d'en exercer l'empire, Et je me l'interdis. Je dois enfin te dire Que mon cœur maintenant veut exiger du tien Que tu comptes mon sort et mon danger pour rien ; Sans moi choisis, prononce, et crois ta conscience : Me la sacrifier n'est pas en ta puissance, Et je ne saurais pas s'il faudrait croire plus A l'excès de l'amour qu'au manque de vertus. Es -tu libre à présent?
JANE GRAY. Quc j'aime ta grande ame !
Digne de mon estime autant que de ma flamme. Quand peut-être l'amour t'eût rendu triomphant, C'est toi qui me défends de ton propre ascendant. Mais si la vérité par ma bouche t'éclaire, Pourquoi donc seconder les projets de ton père ?
GUILFORT. Ah ! je ne choisis pas, pour lui désobéir, Le moment oîi mon bras peut encor le servir ; Et j'ai vu trop souvent croire sa conscience, Quand la vertu se trouve unie à la prudence.