JANE GRAY, CLARICE
JANE GRAY. L'ou uc saitricu encor : quelle mortelle peine!
CLARICE. Non, mais déjà l'on dit la victoire certaine. Northumberland commande à de nombreux soldats, Et son talent répond du succès des combats ; D'avance jouissez...
JANE GRAY. Dicu ! quc je suis à plaindre ! Je ne désire rien, et trouve tout à craindre. Ah ! si Northumberland dans ce jour est vainqueur, Si je m'oppose seule aux désirs de son cœur, Il ne met plus alors de bornes à sa haine ; Mais au moins j'obtiendrai sa grâce de la reine. Lorsque je remettrai le sceptre entre ses mains, Pourrait-elle jamais,,.? ô désirs incertains!
Malheurs trop assurés ! Ah ! dans ce moment même,
Ma Clarice^ la mort menace ce que j'aime ;
Le comte de Pembroke, irrité contre hii,
Peut-être espère- 1 il se venger aujourd'hui. CLARicE. Pembroke t'adorait, et combat pour Marie. JANE GRAY. Il hait Northumberlaûd, dont la main ennemie
A signé le décret qui condamnait à mort
Son père malheureux, digne d'un autre sort.
Northumberland, jaloux de garder la régence,
Craignait ce concurrent à la toute-puissance.
Quand Pembroke à Guilfort me vit donner mon cœur.
Son désespoir alla jusques à la fureur;
Tout devient passion dans un tel caractère,
Et la douleur en lui se peint par la colère ;
Méprisant la raison, ignorant le devoir.
De la nature seule il connaît le pouvoir;
Et, suivant constamment le désir qui l'enflamme,
Le crime et la vertu se partagent son ame.
On m'a dit qu'il me hait, et que de son amour
C'est le seul souvenir qu'il conserve en ce jour.
Vois si je ne dois pas craindre que sa vengeance
JSe s'attache à Guilfort.
CLARICE. Tu connais sa vaillance,
Son bras avec succès saurait le repousser.
Mais je vois Halifax : que vient- il annoncer?